‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 17 sur 44 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Confusion des noms des peuples et des pays y dans le cours de cette première époque.

Avoir donné un état de Ja Tauride sous chaque peuple qui s'en est emparé , c'eût été répéter dans chacun des siècles , les faits déjà tracés du siècle précédent; c'eût été montrer l'oppression nue et dégouttante du sang qu'elle répandait sans avoir Ja possibilité d'établir une succession exacte dans les faits. Des hordes se succédaient , s'égorgeaient les unes les autres, enlevaient tout ce qui était susceptible de l'être , et destinaient à un esclavage pire que la mort ceux qui étaient en état de servir. Enivrés de forfaits^ rassasiés de carnage, surchargés de butin, ces hordes abandonnaient sur un sol dévasté une partie de$ leurs , tandis que la masse de la nation victorieuse allait écraser de son poids les peuples voisins sur les terres desquels elle se répandait. Ces inondations successives d'hommes féroces semblaient n'avoir d'autre but que celui de s'exterminer les uns les autres.

L'histoire du Bosphore , de Cherson , de Tana et de,Caffa étaient les seules exceptions à ces scènes sanguinaires. On a vu trois de ces états se maintenir, fructifier, et même dominer la Tauride à

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certaines époques^ et chacun à son tour. On les a vu se rapprocher, s'unir, faire cause commune contre les ennemis, et par une fatalité liée àrinié* rét, on les a encore vu se livrer de sanglans combats, imiter la férocité de leurs voisins , et s entredétruire comme eux.

La marche de l'histoire dans cette première époque, était par elle-même, par sa monotonie, par les vides qu'on rencontre à chaque pas , assez traînante , assez décousue , pour ne pas l'embrouiller encore en ajoutant à ce qu'on a su de vraisemblable , des faits incertains , même fabuleux , concernant tarit de peuples qu'on dit avoir habité la Nouvelle Russie : aussi avons-nous préféré de parler de ces peuples à la fin de l'histoire ancienne. Nous allons^ avant de les nommer > présenter quelques réflexions que. nous jugeons nécessaires.

Si l'on espère calculer les époques et traiter des principaux événemens d'une grande nation et en en général , il est possible que d'immenses recher- .ches conduiront en partie au but qu'on se propose. Si c'est d'un peuple très-ancien que l'on s'occupe, la difficulté me paraît insurmontable, et je m'appuierai à cet égard d'un des hommes les plus instruits et les plus éloquens du siècle dernier (i). Si là trace de ces anciens peuples est perdue , où » — '■ . I ■, . I ■

^ (i) « On ne ▼oit plus aucun reste, ni des anciens Assy- '^ riens, ni des anciens Mèdes , ni des anciens Perses , etc. La

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retrouver celle des nations errantes ? Il n'y a ici ni traditions^ ni chroniques, ni histoire à consulter : on retrouve des citations d'auteurs qui se sont contredits , qui voulaient en savoir plus qu'Hérodote qui les a précédés, et qui seul pouvait jeter de loin en loin quelques rayons d'une lumière vacillante sur la première partie de l'histoire ancienne de ces provinces : à plus forte raison , combien ne doit-on. pas être sur ses gardes quand on trouve des filiations de peuples anciens arrangées par des mo^ dernes ?

Avant la fondation des colonies grecques, et même long-temps après, les peuples qui occupaient précairement le territoire qui constitue la Nouvelle Bussie, ne vivaient que de brigandages ; ils se réunissaient par ht>rdes lorsqu'ils attaquaient un ennemi plus puissant, ou quand ils projetaient la conquête d'un état : leurs femmes, leurs enfans, les vieillards les suivaient sur des chariots ; c'était toute une nation en mouvement ; il aurait fallu se trouver sur son passage pour s'informer d'où elle venait et vers qiiels lieux elle portait ses pas.

Une horde nouvelle , plus cruellement dévastatrice que la première , lui succédait bientôt , et sans se contenter du pillage d'un pays déjà dévasté, elle en enlevait les premiers habitans, ou les forçait

» trace s'en est perdue. » Bossuet y Disc, sur VHist, un»'^ « t. I, p. 271.

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de s'unir à lelle pour conquérir de compagnie.

Les premiers occupans ne différaient des dévastateurs que *par le nom; ils avaient les mêmes' mœurs , la même cruauté , la même ignorance et surtout la même avidité; plus encore, ils étaient aussi des nomades. Quelquefois des masses d'hommes chargées de dépouilles, harassées, désiraient jouir de quelques années de repos. Elles s'arrêtaient de lassitude , elles voulaient jouir en paix du fruit de leurs rapines; mais cette injuste jouissance était troublée à l'improviste par l'approche d'une horde nouvelle.

Qui a pu suivre ces peuples errans ? Qui est remonté à l'origine de chacun ? Où a-t-on trouvé les preuves nécessaires pour les distinguer les uns des autres , les classer sans les confondre , les désigner par leurs vrais noms? Heureux ceux qui possèdent ce talent ! il manquait aux anciens Grecs. Ils donnaient aux Scythes vingt noms pour un, ils les confondaient tous sous le niot de Barbares ^ en ajoutant le nom du lieu qu'ils habitaient; mais ces peu[)les changeant sans cesse de demeures, le nom restait au pays et augmentait la confuision : les Romains ont renchéri, en substituant encore des noms nouveaux, et en latinisant les autres.

Hérodote a nommé les plus anciens de ces peu-* pies; il a décrit leurs mœurs, leur manière de ▼ivre , leurs usages , leur, religion , mais non leur histoire. Diodore de Scicile vivait sous Jules César;

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