‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 19 sur 44 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

abrégé historique des principaux peuples qui ont occupé la Nous^elle Russie.

Ainsi que nous l'avons annoncé , il nous a paru plus raisonnable de ne parler de certains peuples, dont nous n'avons qu'une connaissance incertaine , qu'après avoir dit ce que nous savions sur l'histoire ancienne de la Nouvelle Russie.

Les races d'hommes qui peuplèrent anciennement l'Europe n'en sont pas moins nos pères, malgré l'épilhète de barbares dont nous les gratifions.

Ces premiers peuples étaient les Celtes , les Ibériens, les Sarmates et les Scythes (i). Commençons

(i) Les savans, et même ceux qui ne le sont pas, ne sauraient payer par trop de reconnaissance les travaux de

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nos recherches par ces derniers , puisqu'ils ont habité le pays dont nous parlons. Il sera facile de les trouver auteurs de grand nombre d'autres peuples, connus depuis sous divers noms. Afin d'élaguer et d'abréger autant que possible , établissons des distinctions entre ces Scythes et les trois autres nations déjà nommées.

Les Celtes habitaient l'occident de l'Europe , les Ibériens, originaires d'Afrique, occupaient l'Espagne et le midi de la France, connu sous le nom d'Aquitaine. Les Sarmates , dont on parlera plus tard, possédaient en Asie un pays très-considérable; mais dont la position -eat incertaine, puisqu'on la désigne à la fois à l'est et au sud-ouest de la Tatarie. Les Scythes étaient originaires d'à Perse.

Distinguons maintenant les Tatars des Scythes , car les Tatars n'ont teommencé à être connus que depuis l'irruption des Huns en Europe , l'an 376.

Des Scythes.

Les Scythes possédaient depuis quinze cents ans une grande partie de l'Asie , lorsque Nînusles vain-

M. le comte Jean Potocki sur les recherches de l'antiquité des peuples ; nous y renvoyons ceux qui désirent remonter à la source des choses ; ils y puiseront des lumières que notre insufEsance ne peut leur fournir.

i66 HisTOiRir

4juit, délivra les peuples du tribut annuel (i) et

fonda le premier royaume d'Assyrie.

Un peuple nomade trouve sa patrie partout où ses troupeaux paissent abondamment. Ceux des Scythes qui se soumirent aux lois de Kinus , continuèrent d'habiter leur pays, les autres se dispersèrent.

Quoiqu'on ne soit pas très-certain de l'époque où les Scythes passèrent de la Perse dans le Bosphore cimmérien, cependant on sait par Hérodote qu'on la jugeait de son te^lps comme remontant à une très-haute antiquité , et que la tradition de leur venue de Perse était conservée. (2)

Ce ne fat pas seulement la partie du Pont Euxin servant de limite à la Nouvelle Russie, que les Scythes occupèrent, ils envahirent le Caucase et les pays d'alentour , les Palus Méotides, les régions considérables habitées depuis par les Ostrogoths et les Visîgoths ; c'est-à-dire l'espace séparant cette longue étendue de pays , renfermé entre le Tanaïs et la mer Caspienne , ainsi que celui qui se trouve entre ce même Tanaïs et le Danube : pays immense et dont la population devait être prodigieuse.

Les Gètes ou Goths , les Ostrogotlis , les Visigoths ne sont que le même peuple Scythe diver»

(i) Justin. , 1. 1 9 c. I j 1. 2 , c. 3.

(a) Hérodote » 1. 4 , c. 2 , dit qu'ils traversèrent TAraxe.

sèment nommé. La plus ancienne notion qu'on ait des Goths ne remonte qu'à l'an 179, ils étaient alors sur le Danube; à la fin du second siècle, ils occupaient la Thrace^ sous Décius, ils entrèrent en Macédoine; et en :î56, sous Valérien, ils fondèrent rillyrie. Tout^porte à se persuader que les Goths étaient les mêmes que les Gètes; le mot Gète n'est passé chez les autres peuples que donné par les Grecs. On ne peut attribuer cette différence dans le nom qu'à la manière de le prononcer , puisqu'on leur accorde le même lieu pour demeure, le même langage, les mêmes moeurs, les mêmes habitudes, le même costume; et si l'on se refusait à reconnaître leur identité, il faudrait au moins nous apprendre ce que seraient devenus ces Gètes : comment auraient-ils disparu tout d'un coup? d'où venaient ces Goths qui les ont remplacés?

Spartieriy écrivant cinquante ans après l'expédition des Goths en lUy rie, c'est-à-dire en 5o6, dit dans la vie de Caracalla et dans celle de Géta son frère, que les Gètes et les Goths sont le même peuple (i). Un auteur moderne dit : « Les Goths au- » trefois appelés les Gètes. (2) »

(i) Jules Capitolin, Claudien, Prudence, saint Jérôme , sont du même avis.

(2) M. de Bossuet , p. 96, année i58, dans son Disc, sur VHist, unh.

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Les Grecs portaient labus de ce nom Scythe jusqu'à le donner à tous les peuples qu'ils ne connais^ salent pas; ainsi les Russes étaient des Scythes (i) pour eux. Qu'ils eussent été humiliés ces Grecs si fiers , s'ils eussent Hen voulu réflécliir qu'ils descendaient eux-mêmes des Scythes! Tout barbares qu'étaient ces mêmes Scythes, ils se glorifiaient de leur ancienneté et se disaient antérieurs aux E^gyptiens. (2)

Si l'on veut se rappeler la fiiite d'Odin (3) , on trouvera qu'une partie de Scytlies l'élurent pour chef, et allèrent s'établir, sous ses ordres, dans la Scandinavie. On sait également que c'est de ce pays que les Goths débordèrent quand on ne parla plus des Gètes.

Une difficulté se présente^ non dans cette émigration, que l'histoire atteste, mais dans la personne du chef qui la conduisit. On assure que les Goths nommaient Odin la divinité qui présidait aux combats, c'était le dieu Mars des autres peuples; on lui offrait des sacrifices avant l'action, on chantait des hymnes à sa gloire, on le priait de répandre sur toute la nation ce courage bouillant qui ne pouvait émaner que de lui.

(1) Jnnal. comnen, , Nicéphor, Georges y Descript» des peuples de Russie,

(2) Jnstin. , 1. a ; Eschyle , dans Prométhée.

(3) Continuation dn Chap. II de cette première époq[iie*

DE èA NOUVEI^LE RUSSIE. 169

Cette difficulté n'en est une que sur l'origine du nom d'Odin. Était-il donné par les Scythes avant leur départ des bords du Borysthène et du Thyras? A-t-il pris naissance en Scandinavie ? Comme nous savons qu'Odi/i était révéré par les Gothsy et que l'histoire nous apprend qu'il quitta le pays situé entre les deux fleuves déjà désignés > nous pouvons en augurer que le nom vient des Scythes, (i)

Nous habitons dans ce moment le point d'où les Scythes partirent, et nous n'y retrouvons aucune trace d'antiquité , si l'on en excepte \escourgans ou tombes élevées en forme ^ de monticules; encore esl-il bien incertain de savoir si ces 'mausolées ne sont pas l'ouvrage des Tatars.

Quelques personnes, trompées par le nom de l'île de Goth-Landf ont pensé que c'était la véritable patrie des Goths, et que ces peuples ne l'avaient quittée que par la surabondance de leur population. Il était plus vraisemblable de dire que , répandus sur toute la Scandinavie, ils occupaient aussi l'île à laquelle ils ont donné leur nom. (2)

L'identité étant prouvée entre les Gètes et les

(i) Richer, a8* partie , c. 3 ; Mallet du Pan, Mythol. des Anciens y p. 20a j Pinkerton, Recherches sur V origine des Scythes et des Goths,

(2) Nous connaissons l'ile de Goth-Land , et nous pouvons assurer qu'elle n'a pas assez de surface pour avoir contenu les Goths rangés en bataille , à l'époque où ils commencèrent leurs incursions.

Goths, essayons de remonter aux Scythes par les Gèles.

Les Grecs nommaient indistinctement ces peuples Scythes ou Gèles; dans leurs poésies ils se servaient alternativement de ces deux dénominations. Ovide dit plusieurs fois, « que les peuples )) qui l'environnent sont des barbares parlant deux » langues, la gétique ou scythique et la sarmate. »

D'autres auteurs disent que les Gèles et les Scytès sont le même peuple , et n'ont entre eux aucune différence marquée (i). Celte opinion est également celle de tous ceux qui ont cherché à approfondir leur origine. (2)

Il est néanmoins des objections qu'on doit avoir la bonne foi de se faire. Ninus, avons-nous dit, chassa les Scythes de la Perse; cette époque est antérieure à notre ère. d'environ 25oo ans. Observons que l'écriture sainte ne dit qu'un mol du premier royaume d'Assyrie ; qu'elle ne parle pas de Ninus y mais seulement de Phul^ un de ses successeurs ; objectons encore que le déluge de Noé arriva l'an du monde i656, par conséquent 2548 ans avant Jésus- Christ; ainsi il y aurait, religieusement parlant, un anachronisme. Si les anciens auteurs profanes nous égarent , c'est aux auteurs sacrés à nous ramener.

(i) Ammien Marcellin , Ptolémée, Strabon.

(2) Voyez , à cet égard , les ouvrages de M. le comte Jean Potocki ; ils peuvent fixer plus sûrement qu'aucun autre.

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Ces Scythes ou Gètes, que nous avons dit avoir habite les régions de lest, du nord et de J'ouest du Pont-Euxin, se répandirent, avec le temps, en Thrace, en Grèce, en Germanie, en Scandinavie. Ainsi, n'en déplaise aux anciens Grecs, si jaloux de leur origine divine, ils étaient des Scythes ou Gétes; ainsi la noblesse allemande, dont les titres sont si bien conservés et les races sans mésalliances, remonte directement aux Scythes ou Goths, si ce nest a^x. Visigoths, désignés ainsi comme Goths de l'Orient, (i)

Il est hors de doute que les Scythes , Gètes , ou Goths quittèrent les bords de l'Euxin pour aller occuper la Scandinavie , d'où la faim les chassa et les obligea de se répandre par masses sur les terres qu'ils dévastèrent. On doit supposer à une grande population un sol fertile , et par conséquent une grande facilité dans les moyens d'exister. Un peuple nomade jouissait de cet avantage dans les provinces qu'il n'abandonna que pour n'être pas subjugué par Mithridate. La Scandinavie suffit à peine de nos jours à la subsistance du petit nombre de ses habîtans; aurait-elle pu en nourrir une masse innombrable, à une époque où les forêts privaient

(i) Les Oatrogoths occupaient le pays renfermé par le Tanaïs , les Palus-Méotides , le Caucase et la mer Caspienne. On les nommait Ostro^ ou nation de Test. Les Fisigoths , ou nation de l'ouest , habitaient l'espace entre les Roxolans, les Sarmates et le Pont-Euxin.

lagriculture des deux tiers des fonds cultivés de nos jours ! Les Goths n y séjournèrent que peu de temps ^ et y laissèrent^ suivant Tusage de ces peuples, une petite portion des leurs.

Des Sarmates.

Les Sarmates n'étaient point des Scythes, par conséquent il faut les distinguer des Gètes ou Goths (i); ils venaient d'Asie, où ils avaient habité l'ouest de la Grande-Tatarie. L'époque de leur passage en Europe est inconnue, elle a précédé celle des Scythes. Sont-ce les Sarmates que les Grecs ont nommés Sauromates? est-ce bien eux qu'ils appelaient encore Syromèdes? Dans ce cas, ils descendent des Mèdes , et remontent à deux mille cent ans avant notre ère. On a dit qu'ils occupaient une grande partie de l'Asie; où est la garantie d'une aussi ancienne origine? Nous l'ignorons. (2)

On leur accorde le nom de Sauromates , c'est-àdirejeux de vipères (3). Leurs possessions d'Europe étaient situées au nord des Messagètes : elles embrassaient la Russie européenne et presque toute la Pologne ; c'est une erreur de croire les Germains issus des Sarmates : si l'on excepte la guerre en Tauride , pu Tauros fut pris , les Scythes ont eu

(i) Hérodote ,1. 4> c. 57.

(2) Pline, 1. 4 9 c. 12 de son Histoire ; Hérodote y I. 6.

(3) Pline , 1. 6 , c. 7 , parle de leur arrivée de Médie.

dans tous les temps les liaisons les plus intimes avec les Sarmates. On a vu la cavalerie de cette nation combattre contre Darius à côté des Scythes. Lorsque les Homains dans leurs guerres contre les Goths avouèrent avoir trouvé un ennemi formidable et difficJile à vaincre , c'était cette même cavalerie sarmate couverte d'une cotte de maille.

Des colonies sarmates habitaient en bonne intelligence au milieu des Scythes^ comme on voit de nos jours des colons allemands en Russie et en Espagne : ces colonies conservant leurs mœurs , leurs usages , leur costume , leur langage , ont induit à erreur quelques écrivains qui ont pris les Jazjges, colonie sarmate sur les bords du Thiras , pour la nation sarmate elle-même. Voilà ce qui justifie ce que nous avons cité d'Ovide dans le cours de ce chapitre.

Sous Néron ^ en 63 , les Sarmates commencèrent à inquiéter les Romains. Us furent successivement battus par Marc-Aurèle , Garus et Gonstantin. En 898 et 407 , ils firent une irruption dans les Gaules, en se mêlant avec d'autres peuples; Attila les subjugua.

Quoique le caractère des Sarmates fut porté à la férocité, quoique leur costume fut efïrayant, ils avaient cependant moins de cruauté que les Scythes , et plus de recherche dans leur ajustement. Leur habit était long, suivant l'usage des Mèdes; leurs armes bien entretenues, et leurs chevaux pas-

saient pour rélite de tous ceux qui combattirent les Grecs et les Romains.

Des Slaves ou Slavons,

Les Slaves ou Slavons sont d'origine sarmate ; ils furent tellement confondus avec les Vénètes , qu'ils parurent ne former qu'un peuple; et ce fut de concert qu'ils firent beaucoup de conquêtes vers la fin du cinquième siècle.

Les Slavons occupèrent bientôt toute la Bohème, la Luzace , la Silésie , la Poméranie , la Pologne , la Servie ^ la Bosnie , la Dalmatie et une partie de la Russie. Les plus anciens habitans connus de la Russie européenne étaient Slavons , et les mœurs des Russes étant celles qui se sont le plus longtemps conservées , par le peu de fréquentation avec les Européens , avant le règne de Pierre-lc^Grand, voyons si ces mœurs ont encore quelque ressemblance avec celles de ces peuples , dont ils descendent.

Le Slave , dit Procope , est bon , quoique grossier; s'il rencontre quelqu'un , il le salue ou l'embrasse. Accueillir un étranger, c'est pour lui un principe de devoir : il lui offre sa table , sans y attacher aucun mérite; c'est un prêté rendu; il s'attend à recevoir la même hospitalité quand il sortira de chez lui (i). Son attention perpétuelle,

(i) Mohsens, Geschicte der iVissensch^ Scit. 65. Le même

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celle qui paraît innée chez ce peuple , c'est de soulager la pauvreté : à peine voit-on des raendians par la précaution qu'il a d'aller au-devant des besoins des malheureux ( i). Le courage des Slaves est indompté et n'est pas susceptible de direction , parce qu'il est fondé sur l'audace qui ne réfléchit point. (2)

Les Slaves avaient reçu des Grecs quelques notions de religion , qu'ils arrangèrent à leur guise : ils multipliaient leur dieux à l'infini , et offraient un culte particulier aux nymphes des bois et des eaux (3). Cette quantité de dieux nécessitait un prodigieux nombre dé fêtes , dont les principales étaient consacrées au printemps et à l'automne.

auteur ajoute qu'auciui peuple ne surpasse le Slave en hospitalité.

(i) Chron. slavica, p. 202.

(2) Pomponius Mêla, 1. 3.

(3) Je ne dois m'en prendre qu'à ma mémoire, si je ne peux rapporter le nom d'un geivtilhomme courlandais , qui m*a assuré avoir habité quelque temps un très-petit village , dont l^s paysans étaient pleins de vén^ération pour un vieux chêne ; ils s'y rendaient en secret, et y faisaient des prières.

M. de Thom a vu en Pologne un peuple immense à genoux et priant devant une fontaine. Ne pourrait-on pas faire remonter aux Slaves l'origine de beaticoup dé super ^ stitions que les druides pratiquaient?

Voyez «ncore ce que dit M. le comte de Potocki dans son Voyage en Basse-Saxe. C'est l'auteur qui renvoie luimême à cet écrit dans ses Fragm.surlaScyihie , t. 2, p. 104.

Les Slaves ne faisaient que deux repas , Tun à neuf heures du matin , 1 autre à quatre heures après midi. Leur nourriture était grossière et mal apprêtée (i) : le couteau qui servait à couper leur viande était une arme qu'ils employaient à Tarmée : ils le tenaient suspendu à une ceinture. (2)

Ils savaient hrasser la bière (3), et buvaient d'une liqueur fermentée qu'ils tiraient de l'écorce de bouleau. Les bains faisaient leurs délices ; ils les jugeaient indispensables pour l'entretien de leur santé f et cette habitude était introduite chez eux depuis leur existence en corps de nation. (4)

On conduisait les époux à l'église dans un chariot : ib étaient précédés d'une musique champêtre et d'un homme portant un plat^ où il y avait du pain et du sel.

Parmi les plus anciens Slaves ^ on ne distinguait les saisons que par des expressions qui leur fussent relatives : cette méthode est bien dans la nature. Ainsi ils nommaient le printemps la jeunesse de l'année ; elle commençait avec lui ; leurs calculs sur le cours des temps avait pour base les mois lunaires. Moins paresseux que les peuples dont ils étaient entourés , lagriciJturc était leur occupation pen-

(i) Procop.

(a) Fortis, p. 101.

(3j Mohsen, p. 210.

(4) Nestor, p. 43. -

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dant la paix ; d'où l'on peut conclure que tous les hommes en élat de travailler prenaient les armes en temps de guerre. *

Différens des Sarmaies dans l'art de combattre, ils étaient presque tous fantassins (i); une épée, un couteau et un bouclier composaient originairement leurs armes. Us y joignirent dans la suite l'arc, la lance , et la massue ; ils ont toujours cru que la Divinité combattait pour eux. (2)

Quand le chef d'un pays voyageait, il était porté par ce qu'il y avait de plus grand dans ses états (3). Ils ne cpnsidéraient la guerre , ni sous le rapport d'illustrer leur nation par une gloire durable , ni par des motifs de vengeance fondés sur une injustice reçue ; mais uniquement comme le grand art de devenir rapidement riches : ils donnaient le nom de hiigatir à ceux qui avaient fait fortune par leur valeur , et sous la protection, du dieu Mars.

Ils commençaient l'attaque par des cris affreux , et le chant de la victoire était celui de toute la nation. Leurs chefs étaient pris parmi ceux qui avaient le plus vaillamment combattu; leur général se nommait Woja-Woda. L'humanité se refuse à

(1) Procope , ubi suprà.

(a) Constant. , de Administ. imper. ^ c ^z, p. 98.

(3) Théophanes , p. 367.

l'jd HISTOIRE

croire ce que Procope raconte de leurs cruautés envers leurs ennemis vaincus, (i)

On représente la nation Slave, en généra), comme composée d'hommes forts , très-robustes et bien bâtis; leurs cheveux blonds , leurs traits de caractère, leur manière de se tenir, imprimaient axes peuples une teinte nationale qui les faisait facilement reconnaître, (i)

Quelque divisées que fussent leurs tribus , le langage était le même partout : leurs habitations étaient misérables, presque ensevelies sous terre; ils étaient peu jaloux de la propreté , et vivaient assez mistfrablemeiit. A quoi leur servait-il de faire des conquêtes?

Ils promettaient à la divinité de leur ménage, car chacun se choisissait un dieu particulier, indépendamment de celui de la guerre , qui était , ainsi que ceux des bois , des eaux et des saisons , commun à tous les Slaves; ils promettaient , dis-je, le sacrifice d'un animal, chaque fois que leur vie était exposée (3). Ainsi , leur principale prière était à peu près conçue en ces termes : « Divinité bien- )) faisante , protégez ma vie dans ce combat ; à ma » place je vous donnerai un bœuf. — Délivrez-moi

(i) Procop., de Bell, Goth.^ c. 38, p. 558.

(a) Idem, 1. 3.

(3) Lomonossow, d'après Procope de Césarée, c. 4; Procope, 1. 4> c* i4*

»u΀ la maladie qui m'accable , je vous ferai présent » d'un veau. » Tel est le sens de ce que nous lisons dans Procope, Le même auteur ajoute (i) qu'ils n'obéissaient point à un roi, mais qu'ils vivaient sous un gouvernement populaire , et que les intérêts de IdNnation , discutés publiquement , se décidaient en commun.

A cette forme d'administration, nous pouvons néanmoins opposer diverses tribus Slaves , soumises à un chef ou prince , telles que les Slaves maharensès , bohèmes , wilzes , et les obotrites.

(c 11 y avait, sous Justinien, des forteresses en » lUyrie qui passaient pour imprenables, anciens » monumens sans doute du règne des Scythes ; les )) Slaves résolurent de s'en emparer ; ils traversèn rent le Danube , firent non-seulement des con- M quêtes en lUyrie ,- mais ils s'y plurent davantage » que chez eux , et dvjnnèrent au pays , entre la » Save et la Drave , le nom de Pannonie slaifienne; n c'est ce qu'on appelle à présent Esclas^onie. h

Des Tia^erzes.

Ils habitaient les environs de rHyppanis,et furent chassés par les Petschenègues. Je ne cite ce peuple que comme un exemple du peu de données que nous avons sur cette liste de nations déjà rapportée.

(i) Procop. , de BelL Gotk., l. 4 , c. 14.

l8o UISTOIRB

Cette phrase unique se répéterait pour pres<jae toutes.

Des Petschenègues , ou Patzinaces.

Ce nom barbare convenait parfaitement au peuple qui le portait. Il est hors de notre sujet de nous étendre sur les événemens qui ont signalé l'histoire de ces demi-sauvages, jusqu'au temps où ils passèrent en Nouvelle Russie.

Sous le règne d'Igor , on vit arriver des bords de l'Iaïk et du Volga une multitude innombrable, portant avec elle la terreur et la destruction. Ce fléau se répandu indistinctement sur les terres de Russie. Igor vainquit ces peuples farouches, mais il ne les subjugua pas. Il les prit dans la suite à son service , pour exécuter ses projets sur la Grèce; un traité de paix l'arrêta en Tau ride (i); c'est vraisemblablement alors que les Petschenègues qui l'avaient suivi , s'arrêtèrent aux environs de Cherson.

On prétend aussi que battus par les Uzes , ils se dispersèrent sur divers points : il est néanmoins fort souvent question d'eux depuis cette époque, et l'histoire de Russie est pleine de leur férocité. En ne parlant plus des Petschenègues , on leur fait

(i) Nestor, Nicon. (auteurs russes). Voyez ^ sur les P^£yirAe/iè^i/^^ , Striffer , Zonaras , Constantin Porphyrogénèle , Cedrenus , Lompnossow , 2^ partie ^ c. 3 , etc.

succéder les Polowtzi ou Polowces , habitant également les rives de l'Iaik. ( i)

Il ne faut pas confondre les Petschenegues , assiégeant Kiow sous Sviatoslav 1", et subsistant depuis comme nation , avec une colonie du même peuple rivalisant d'industrie avec les Chersonites ; mais très-éloignés de rivaliser de profits. Vainement a-t-on voulu se persuader que le commerce qui passait par leurs mains les avait enrichis; vainement leur a t-on accordé la qualité de facteurs, comme on la donne de nos jours aux juifs de Pologne j le litre ne change pas Fétat , et c'est beaucoup s'il en modifie l'amertume : nous voyons tous les jours, dans les villes de commerce, une légion de portefaix , par les mains desquels toutes les marchandises passent, sans qu'ils en soient pour cela plus riches. Où serait la vraisemblance que les Grecs de ce temps-là se fussent choisis des associés parmi des hommes dont ils ne pouvaient faire que des crocheteurs ?

Une autre portion des Petschenegues dominait en Tauride , dans le dixième siècle. Ce n'était plus les facteurs des Chersonites, mais un corps de nation laborieuse, travaillant avec intelligence,

(i) Les Polowtzi -paLTsàssent être les mêmes que les Pets^ cheneguesy mais ayant un surnom.

L*Évêque, HîsL de Russie , 1. 1, année 1061. Fojrezsaisû Constant. Poipb., de AdnUn, imper. ^ c. 87.

]8a HISTOIRE

cultivant les terres, faisant pour son compte et sans associes an commerce considérable, et méprisant ceux des leurs qui se vouaient aux colonies grecques. Ce furent ces hommes actifs qui portèrent tort à Cherson , et non les malheureux qui leur servaient de bêtes de somme. Nous ne pouvons dire, ainsi que quelques historiens l'avancent, qu'ils furent subjugués par les Polovrtzi, puisque nous avons pensé que ce n'était qu'un même peuple.

Des Chazares.

Cette nation , dont il est souvent parlé dans l'histoire de Tauride , était une tribu sarmate. Les Grecs, oubliant que les circonstances font les hommes, comme elles décident quelquefois des empires, se jouèrent du malheur de ces peuples expatriés, et les nommèrent émigrés. ( i )

Ces Chazares n'eurent à combattre ni l'aveuglement des passions, ni le fanatisme de la fausse liberté , ni la rage des assassins, ni le délire frénétique de l'inconstance, ni le machiavélisme des cours; ils furent bien servis par des circonstances di£férentes des premières , et fondèrentun royaume

(i) Comme il est puissant, le pouvoir de ITiabitude ! Les Grecs nommaient ces peuples Métanaste ^ qui veut dire émigré; les Slavons, d'après l'usage grec, les appelaient Chasar, qui , dans leur langue , renferme la même signification.

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qui eut beaucoup de pouvoir et de réputation. On est dispose à croire que la plupart des peuples nommés dans le chapitre précédent , tiraient leur origine des Scythes et des Sarmates , que ce mélange leur valait des noms divers, et ajoutait à la conAision qui a suivi.

Des Tatars.

Les Tâtars sont une classe distincte des Mongols : les uns et les autres paraissent avoir une origine commune avec les Turcs.

Cet Tatars et Mongols ont eu à différentes époques des succès incroyables. Le pays qu'ils occupaient en Asie embrassait à peu près la septième partie du monde. Les Turcs ne s'élevèrent que par la oKute des Mongols.

L'Asie devint trop étroite pour satisfaire l'ambition des fils de Jenguys-Khan , ils conduisirent leurs Tatars en Europe et y firent des conquêtes. La Tauride , ainsi que nous l'avons remarqué , devint la proie de ces étrangers. Nous aurons souvent occasion de parler d'eux dans la seconde époque de cette histoire.

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