CHAPITRE XX
Du commerce en général; du commerce établi par les colonies sur les bords de VEuxin , re/ifermant tout V intérêt commercial de cette première époque*
Le but principal de cet ouvrage étant de donner au commerce delà mer Noire toute l'extension dont il est susceptible , celte partie de mon travail nécessite un grand développement. Aussi pour y répandre le plus d'ordre et de clarté possible, j'ai divisé le commerce de la nouvelle Russie en trois époques , ainsi que son histoire , en terminant chacune de ces époques par l'aperçu commercial qui la concerne ; j'ai taché de faire mieux ressortir et la marche et les avantages que ce commerce présente.
Du commerce en général.
Le commerce en général est la communication réciproque du produit des terres et de l'industrie.
Les besoins factices que les hommes se sont créés ont rendu le commerce dépositaire des objets d'opinion comme de ceux de première nécessité ; c'est ainsi que le luxe n'est qu une jouissance comparative des choses superflues.
L'influence du commerce sur le corps politique d'une nation est une de ces grandes vérités que
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l'histoire de chaque peuple démontre : l'Egypte ea fournira la preuve dans le cours de ce résumé. ;
Considéré sous le rapport politique, il ert de l'essence du commerce de faire utilement circuler dans toutes les provinces de l'état les productions qui leur sont nécessaires, et d'exporter leur superflu : de même il doit importer les productions et les marchandises étrangères , soit pour l'usage de ces mêmes provinces , soit pour les réexporter avec avau/lage.
La première opération commerciale a eu lieu en Asie , parce que cette partie de notre globe a été la première peuplée ; aussi par succession de temps estce vers l'Asie que tous les peuples aboutirent, parce que le commerce y avait introduit un luxe effréné. Les Phéniciens illustrèrent le point de la Syrie d'où ils partirent pour braver les dangers des mers, et accumuler les richesses dé l'Orient dans Tyr et Sydon. Cet exemple fut bientôt imité ; il en est de même de tout ce qui est couronné par le succès , avec cette distinction importante, que l'avidité aveugle souvent.
Il est plus que vraisemblable que les premières opérations commerciales se traitèrent par des échanges : l'impossibilité des transports , la variété dans les objets de convenance , les goûts opposés de divers peuples, la concurrence même, tous ces motifs, dis-je , donnèrent de l'âme à l'industrie ; les métaux devinrent des richesses de convention j ils
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représentèrent les marchandises aussitôt qu'ils furent eux-mêmes reconnus pour telles.
Ces progrès dans le commerce introduisirent le change qui le vivifia. En f i8i , les juifs inventèrent les lettres de change. Ces hommes ingénieux , devenus eux-mêmes un objet de commerce , étaient bannis, rappelés ou tolérés dans dîfFérens états ^ selon les besoins des gouvernemens qui les imposaient. Pour mettre leur fortune à l'abri des poursuites continuelles, leur industrie enfanta un projet, qui , fondé depuissur la confiance publique et particulière , est devenu Fâme du commerce.
Le prix du change n'étant qu'une compensation momentanée des monnaies de deux pays , en raison de leurs dettes réciproques , la balance du commerce sera la portion qui restera due par l'un des deux , lorsque ces dettes réciproques seront acquittées. ^
Il résulte de cette compensation momentanée , que l'abondance ou la rareté des créances d'un -de ces pays sur l'autre , fait la hausse ou la baisse du cfiange. A cette considération , il s'en joint liabituellement une autre , qui est la proportion dans le crédit public.
Commerce par les colonies.
Fonder des colonies devint une branche de commerce, que la politique conseilla à l'intérêt des gouvernemens. L'excès de la population devait faire
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redouter des désagréables conséquences au pays trop resserré ou trop peu fertile pour la contenir. Tant qu'il est possible d'occuper les bras à l'agriculture, l'état et le commerce en profitent ; lorsque ces bras restent oisifs et qu'ils ne peuvent être distribués dans les fabriques , le commerce et l'état en sont grevés. L'idée de conquête serait faussement supposée à rétablissement des premiers colons. La mère patrie a du traiter les hommes comme une production lirop abondante dont l'intérêt général demandait la séparation.
Ainsi le premier vœu a été de se débarrasser d'une multitude à charge , et par conséquent dangereuse ; le second de la rendre utile , en lui fournissant les secours nécessaires à ]a culture : le commerce parait n'avoir été que la troisième intention.
Qu'on veuille bien ne pas perdre de vue que je viens de parler des premiers colons ; ne confondons pas l'établissement de la colonie avec les effets qui en ont résulté : c'est pourquoi , lorsque le commerce a remarqué des avantages réels dans les relations entre la mère patrie et les colons, il a pu concevoir l'idée d'établir des colonies uniquement fondées dans les intérêts du commerce.
Toute colonie qui peut se passer de sa métropole, non-seulement cesse de lui être utile , mais elle est à la veille de s'en séparer. Ainsi en éloignant de la grande Êimille une partie des individus qui la
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composaient y la métropole a dû se réserver les moyens de diriger, de gouverner ces individus; elle a dû faire dépendre leur prospérité de ses soins continuels. C'est ainsi qu'on a vu Gênes non-seulement nommer à toutes les places civiles et militaires de Cafla , maïs encore y envoyer des commissaires pour inspecter les gouverneurs et les magistrats.
Épuiser les colonies , c'est les disposer à s'affranchir du joug , que Fart de ladministration devrait leur rendre insensible. Ne jamais retirer d'elles tout ce qu'on aurait le droit d'exiger , est le moyen le plus sûr de les maintenir dans la dépendence : on n'attache un homme a un sol nouveau , à un climat qui n'est pas le sien , qu'en lui assurant une existence pins agréable qiîe celle qu'il abandonne. Il y aurait bien de l'injustice de ne pas calculer pour l'homme simple et de bonne foi , les dangers auxquels il s'expose , le sacrifice de son pays , peut-être celui de sa santé. L'intérêt l'a décidé , il n'a vu que la promesse qu'on lui a faite , il serait affreux de ne pas la remplir , de ne pas veiller sur lui , de ne pas récompenser sa confiance par des avantages certains.
On doit distinguer la colonie politique commerciale de la colonie politique de conquête. Alexandrele-Grand perfectionna celle-ci. Ce prince, aussi sage politique que vaillant capitaine, distribuait les vaincus sur les états de sa domination , et les remplaçait par un certain nombre de ses sujets. Les
Romains adoptèrent ce genre de colonies, et en rétirèrent de si grands avantages que ces déplacemens leur réussirent partout , excepté en Scyihie , sous Trajan. Cette dei*nière manière de fonder des colonies étant étrangère à mon sujet, je n'en parlerai pas.
Les excursions de tant de peuples, dont il a été traité dans cette première époque, ne peuvent être considérées comme des colonies. C'était un fléau dévastateur qui parcourait une portion de l'hémisphère, jusqu'à ce qu'il fût détruit par la mésintelligence de ses chefs , ou par le fer des na-
tions réunies.
L'excessive population de la Grèce fit plus pour son commerce que ses exploits; il est vrai que ceux-ci servirent à protéger les colonies, dont cette population était la première cause; le commerce concourut au bien-être des colons, et fut la récompense des soins administratifs que dirigeait la prudence de la mère-patrie.
Si quelque chose pouvait dédommager du sang que firent verser les victoires d'Alexandre , ce serait la 'révolution, si favorable au commerce des Européens, qu'elles amenèrent. Généralement parlant, il est rare que le commerce d'un pays acquière une prépondérance marquée, sans porter atteinte au commerce d'un autre. Alexandre détruisit Tyr et la navigation de Syrie. L'Egypte qui refusait jusque-là de communiquer avec les
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étrangers, fut forcée de correspondre avec eux.
Alexandre en donnant son nom à la plus belle cité de l'Egypte, la constitua reine du commerce de l'Inde et de tout l'Orient.
Les Ptolémées, successeurs du héros macédo* nien, suivirent ses traces, et Finterruption de ce commerce n'a cessé qu'aux époques dont je vais rendre compte en liant ce qui précède avec le commerce de la mer Noire.