‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 38 sur 44 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

BegFie de Sélim^Ghéraî ; œntinuationde U histoire des Zaporogues.

(y^n i665. ) Le khan de Crimée mourut cette année ^ et Mahomet IV le remplaça par un prince de la même famille de Ghéraï , mais d'une autre branche : il se nommait ^del.

En 1667 les Kozaks choisirent Doroz pour leur hetman : celui-ci réunit aux Zaporogues une multitude de Tatars (1)9 et invita le grand-seigneur à recevoir l'Ukraine sous sa protection, (^jin 1669.) Indignés de passer sous la domination des infidèles, . plusieurs chefs de Kozaks , et principalement Georges Schmelnizki, se révoltèrent.

Le désespoir des Zaporogues, la bonté de leur cause, le grand nombre de leurs combattans n empêchèrent point Doroz de triompher. Les principaux chefs furent tués ou pris. Du nombre de ces derniers. se trouva Schmelnizki qu'on conduisit à Zaragrad.

Mahomet, sollicité par Doroz, se mit en campagne et fit le siège deKaminiekPodolsk. Le grande seigneur, mécontent de la tranquille insouciance du khan de Crimée, auquel les Kozaks avaient pille

(1) Hist. de Tauride, 1. 11 , p. 267.

Doroz ou Doroz-Chensko eut pour aide-de-camp ce fameux Mazeppa , que nous verrons bientôt donner des preuves de talent et de trahison.

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trois cents villages, le déposa et mit à sa place Sëlim-Gliéraï.

Le nouveau khan était un de ces hommes rares, qui, possédant une âme ferme, droite et souverainement juste, renfermait par conséquent le germe de toutes les vertus» Si elles ne se développèrent pas dans plusieurs circonstances , il n'en faut accuser que la barbarie du pays où il naquit; en effet, comment aurait-il pu braver les préjugés et régner sur des hommes que le préjugé conduisait? Aussi sa carrière est-elle remplie de triomphes et de disgrâces. On voit riipmme destiné par la nature à être grand, lutter long-temps contre le fanatisme, et sacrifier souvent à l'intolérance. Cette faute se liait aux principes religieux de sa nation ; la bonté de son cœur, la modération, la bravoure , le respect pour les lois étaient les dons de la nature agrandis par l'éducation ; son aveugle croyance au prophète obscurcissait son jugement et arrêtait son génie au milieu de sa course rapide.

* Sélim monta cinq fois sur le trône , et composa , dans ses quatre retraites, une histoire des Orientaux : il fut le premier homme de guerre que les Turcs puissent citer, puisque indépendamment de son courage héroïque , il connaissait l'art militaire par principes i et réunissait à ce grand coup d'œil qui èonstitue les habiles généraux, l'observation d'une discipline sévère, qui concourt au gain des batailles.

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Philosophe éclairé , patient, modeste, il descendait du trône sans r^ret , et y remontait sans orgueil;' jouet de l'intrigue, des caprices, de l'ignorance, de l'envie, de l'impérieuse volonté d'un souverain séduit, il ne lui échappa jamais une plainte; on pouvait l'humilier, mais son âme forte était au-dessus des passions. Peut-être n'a-t-il point existé d'homme qui ait passé par autant d'épreuves, qui ait supporté des secousses plus fortes et des revers de fortune plus grands.

(^An 1672.) Sélim-Ghéraï et Doroz joignirent Mahomet IV sous les murs de Kaminiek (i). Déjà le sultan s'étonnait de la longue résistance de la place : Sélim proposa l'assaut. Les assiégés , redoutant la férocité des Turcs, préférèrent de se rendre; les autels furent profanés, les églises pillées, le croissant remplaça la croix. En se détachant de la grande armée , Sélim s'empara de la Volhynie ; il fit dix mille prisonniers ; mais ses deux fils , moins heureux, moins expérimentés, furent battus à Kalisz par Jean Sobieski , général de la couronne.

Ces dernières défaites, les revers que les'Kozaks ses alliés éprouvèrent , avaient affecté et découragé le grand-seigneur : Sélim lui rendit l'espérance en se mettant à la tête de ses armées; les Polonais sont battus et mis à contribution , l'Ukraine est conquise , la Podolie suit le même sort.

(i) Hist. des Kozaks, p* i35.

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Jean SoLieski est élu roi de Pologne; ce prince , doué de mille qualités, employait avec art les ressources de la politique : à la sagesse de son administration se joignait une confiance générale de son peuple, qui savait apprécier ses lumières et son courage. Sobiesti gagna l'infanterie kozaque; il la sépara de son chef. Mais cette mesure tardive n'empêcha pas Doroz de s'emparer d'Houman. Le siège fut long 9 la place était forte, la garnison nombreuse et pleine d'ardeur. Doroz, lassé par la résistance, donna l'assaut et réussit. Tout ce qu'on peut imaginer de plus cruel (i) fut exercé sur les habitans de cette malheureiise ville. On égorgea tant qu'on eut la force de manier le sabre ; on martyrisa , lorsque le bras lassé fit tomber le fer homicide. Les vainqueurs devinrent des bourreaux. Les vieillards furent écorchés , leurs peaux remplies de paille et envoyées au sultan : on fit des femmes et des filles ce qu'on jugea à propos, on circoncit les enfans , qu'on emmena en captivité.

(c L'année suivante, le sultan fit sortir de prison .}) Georges Schmelnizki^ lui donna le titre de prince

(i) Hîst. des Hetmans, p. i44*

Un fait atroce , et qui prouve la barbarie des Tatars , ce fut de découper la peau des bras.de leurs victimes , en imitant l'antique vêtement des Polonais , qui permet aux manches d*étre àr volonté jetées sur Tépaule : « Maintenant ^ leur » disaient-ils , vous êtes nobles. ».

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» de la Peine-Russie , et d'hetmau des Zaporqg[ues; » il lui associa Ibraïm pacha ^ et Sélim ^ en don-- >i nant à chacun un corps de troupes , et leur per- » mettant d'aller en Ukraine, d'y rassembler le » plus de forces possibles , d'assiéger Câguirin , de » la prendre, et de se porter sur Kiow. » (i)

{An 1677.) Tous les corps nouvellement levés se présentèrent en juin sous les murs de Cziguirin. Les Russes soutinrent vaillamment le siège, et donnèrent le temps au prince Galliûn de venir à leur secours. Le i5 août l'ennemi se retira. Le sultan ordonna à Sélim de faire mourir les paysans qu'on avait pris dans les environs de la place assiégée. Quel ordre pour un homme comme Sélim !

Il faut qu'il obéisse ; il faut que sous ses yeux on égorge des gens faibles, innocens et désarmés, w Ah ! s'écria Sélim , puisse le sang de ces victimes y> ne retomber jamais sur moi ! »

Cependant le roi de Pologne repoussait les Tatars jusqu'en Crimée , et le sultan déposait Sélim qui lui avait rendu de si grands services. Cette politique de Mahomet ne pouvait être autorisée que par l'ombrage qu'inspirait un prince éclairé, brave, adoré des soldats, respecté dans tout l'empire, tel qu'était Sélim. 1

{An 1678.) Le khan de Crimée fat remplacé par

(i) Relation historique de la Pologne , p. 95 et 96 ; Hist. des Hetmansy p. 148 et suiv.

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le prince Murat-Ghéraï ; sous ses ordres , les Taiars ravagèrent la Basse-Ukraine. La paix de treize ans entre la Russie et la Pologne fut renouvelée pour le même terme. Cziguirin , attaquée de nouveau , la garnison se fît jour et se relira dans lés forts construits par le prince Romodanovski.

• Fédor III avait succédé au czar Alexis ; Doroz lui avait remis Cziguirin et quelques autres places sur le Dnieper. C'est ainsi qu'on peut justifier les faits précédens, d'ailleurs très-diversement racontés» Murât avait été battu ; son fils y huit murzas et dix mille Tatars restèrent sur la plao|. (i)

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