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3oG xriSTaïKÉ
qu'ils venaient d'éprouver : ils crurent plus sage de prendre l'hetnian par famine. Ses Kozaks et lui ne se désaltéraient qu'avec de la neige; les provisions de toute espèce, le bois même manquaient. Schmelnizki, dont nous avons vanté la présence d'esprit , en fit dans cette occasion un usage si à propos , qu'il sauva son armée. L'ennemi avait divisé ses forces pour le cerner dans son camp ; toutes les issues étaient tellement gardées , qu'un homme n!en pouvait sortir. L'hetman forme un bataillon carré de toute sa troupe ; il place sur les côtés les soldats les plus robustes , et les arme avec les timons des traîneaux ; il fait un mouvement en avant , sans dégager ses ^rempartsi; l'ennemi se porte de ce côté tandis que quinze cents hommes ouvraient un pas^* sage vers l'issue opposée ; quelques-uns des siens amusent les Polonais , lorsque le bataillon carré prend la direction de l'issue déjà balayée, et sort du camp. Ceux qui étaient restés à la défense des retrancliemens, s'enfuirent à toutes jambes quand les Polonais les forcèrent , et se mirent en sûreté près de leur corps d'armée déjà en marche. Schmelnizki se joignit au boyard Boutourlin près de Bielaczer- Icow. Ces forces réunies retournent contre les Polonais, les battent, ruinent Lublin , dont ils emportent de-grandes richesses, (i)
(i) Il est imprudent de nier des faits constates. Cependant, sahs les rejeter entièrement, il est sage de leur oppo-
"' {An i656. ) L'hetman des Zaporogues ayant fourni des troupes auxiliaires au roi de jSuède, et Adaniowitch qui les commandait s'étant distingué en * plusieurs rencontres, l'empereur d'Allemagne et le primat de Pologne députèrent vers Schmelnizki , pour l'inviter à rester neutre dans celte guerre.
Une nouvelle affligeante pour Schmelnizki lui parvint à la fois de Constantinople et du roi des Romains ; on lui apprenait que Cazimir se proposait de faire nommer le czar de Russie son successeur au trône de Pologne.
Tant de puissance dans les mains du czar menaçait les Kozaks d'une destruction prochaine , parce que devenus dangereux dès l'instant où ils ne seraient plus utiles, la politique conseillait leur suppression. Schmelnizki éprouva un si grand chagrin
ser rinvraisemblance qui les accompagne. En premier lieu, cjette manœuvre de Schmelnizki renfermé dans son camp^ ne peut être crue qu'en accusant de démence ceux qui ne l'ont pas empêchée. Secondement, les Kozaks étant pour la plupart à cheval, pourquoi avaient-ils autant de traîneaux? , IjCs historiens qui nous ont transmis ce fait auraient été effrayés , en y réfléchissant uii peu , de la quantité de trai^ xieaux qui est nécessaire pour entourer et fortifier un camp où toute une armée est renfermée. £n dernière analyse ,
comment osait-on entasser des richesses dans un pays ,
théâtre de la guerre, et sans cesse exposé aux invasions?
(Hist. de Tauride ; Hist, deg Hetmans ; Hist, de la Petite
Russie,)
Digiti
o8 HISTOIR15
qu'il en tomba malade. Son honneur devait dicter sa conduite , et puisqu'il avait prête serment de fidélité au czar, il ne devait pas souiller la fin de sa carrière par un parjure.
Le Turc , moins délicat , ne se croyant lié que par son intérêt, savait , par expérience , que lorsque l'hetman ne prenait point sur-le-champ le parti qu on lui conseillait ^ il ne Fembrassait jamais. Dans cette certitude, il eut la bassesse de désirer sa mort, et l'infamie de la hâter par un assassinat.
Qu'un grand homme périsse au sein des combats , en afirontant des dangers qu'il a provoqués , sa mort est la barrière où sa gloire s'arrête; mais qu'il succombe victime du poison que le crime a préparé, ou sous un poignard aiguisé par la main d'un lâche, c'est une atrocité que la vengeance doit poursuivre.
Schmelnizki mourant assemble les colonels des Kozaks et les principaux de la nation, ce Je termine, » leur dit -il, une carrière noblement remplie, }} puisque j'ai combattu avec vous et vaincu par » votre aide : recevez mes remercîmens de votre » fidélité passée , et mes vœux pour votre prôspé- » rite future. Je dépose en vos mains le souverain » pouvoir que j'ai reçu de vous. J'étais Kozak avant }) d'être père : l'amour paternel ne m'aveugle point; w je laisse à mon fils mon exemple à imiter ; mais » ne pouvant lui transmettre , dans un âge aussi )) tendre, l'expérience que le temps^ donne, je vous
DE LA UrOUVBLLE RUSSIE. Sog
h invite à n'être pas séduits par votre attachement » pour le père, jusqu'à préférer le fils aux braves » qui m'entourent. Les temps orageux où vous » vivez exigent que je sois remplacé par un homme » qui joigne aux lalens de la guerre, de grandes » connaissances en politique; qui, long -temps » exercé parmi vous , sache apprécier le mérite de D chacun ; <jui , vous ayant déjà conduits à la vie - )) toire, continue à vous la rendre facile. Kozaks , » ne refusez pas à votre vieux chef la satisfaction >} de remettre , de sa main tremblante, le bâton du » commandement daas une main assurée , forte et M vaillante, puisque vous la choisirez. Si votre con- » fiance en moi s'étend assez loin pour ajouter un » prix à mes recommandations , je vous invite 'de » choisir mon successeur entre le colonel de Péré- » jaslaw , celui de Puïtava , et Jean Vigovski , se- » crétaire général. » (i)
Une rumeur soudaine remplit l'assemblée : 1»
gloire du héros , la noblesse de ses sentimens , la crainte de perdre ce chef chéri et respecté, tout porte dans l'âme des spectateurs un saisissement involontaire : des sanglots , des larmes , des mots commencés et expirans sur des lèvres comprimées ; des gestes de désespoir, des bras tendus vers le del j un silence universel , un état de stupeur et
(i) Fbyez^ snr tous ce» faits, et sur ceux qui suivent ^^ ÏHisL 4es Hetmans des Kozaks y p. 78 et suiv^
3io HisTom.»
cradmiration composent la plus éloquente oraison funt'l)re qu'un brave guerrier ail méritée. Cependant cet état de contraction est trop violent pour durer ; des cris de douleur pénètrent les voûtes ; leurs sons aigus se réfléchissent sur le cœur du mourant. Tout d'une voix , et transportée hors d'elle-même ^ rassemblée demande le fils pour stic* céder au père : « Votre génie veillera sur lui , â'écrientles Kozaks; et^ sous ses ordres, le nom de Schmeltiizki se mêlera encore aux cris de victoire. Choisissez un de nous pour son guide , créez -le son conseiller, son minisire; reposez -vous sur notre fidélité pour le faire respecter, et laissez-nous vous obéir phis long - temps en obéissant à votre
fils. )}
Cette noble conduite des Kozals prouvait combien il étaftt alors glorieux de les comipandei* : le vieux hetman est attendri ; il rappelle ce qui lui reste de forces , fait approcher son fils , lui remet les marques de sa dignité, promène sur les Kozaks en pleurs des yeuiç éteints, et expire.
Les Kozaks venaient de prouver, qu'ils étaient dignes d'un tel chef : c'est un jeune homme qui va être leur hetman ; mais il est fils de leur héros , et ils savent que le géniç s'agrandit- lorsqu'à côté du désir de bien faire on en a contracté l'obligation.
Si le véritable attachen:iient .de Schmelnizki pour la chose publique est digne d'éjoge , si l'oubli de son sang proixve combien il était attaché à la gloire
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de ses soldais, que ne peut-on pas espérer de son fds , par la conduite qu'il lient en ouvrant sa carrière ? Au milieu de ceux qui Torit élevé aux honneurs du commandement, au milieu des élo^s que sa noble modestie force toutes les bouches de lui prodiguer , « Kozaks , leur dit-il , je n'ai pas voulu » troubler les derniers momens de mon père par D un refus ; j'étais alors tout à ma douleur , je suis » maintenant tout à mon devoir : ce n'est pas à mon » âge qu'on ose se charger d'un fardeau aussi pé- )) nible que celui du commandement ; on doit ^in* w struire et apprendre à obéir pour savoir un jouF » commander : je respecte et j'admire votre dévoue- » ment pour mon père , mais je saurai n'en pas » abuser; souffrez que je me démette du souverain » pouvoir , faites un choix plus utile pour nous. »
Ce discours surprit l'assemblée sans changer ses résolutions; la démission de Georges Sdmîelnizki est refusée ; on Toblige de rejirendre le bâton du commandement , on l'autorise seulement à garder Vigovski en qualité de conseiller , en lui permet-** tant de prendre à la guerre les attributs de la dignité d'hetman , toutes les fois que Georges ne serait pas à l'armée.
On voit combien peu était réfléchie la politique des Kozaks. Il fallait supposer à Vigovski un désin* téressement extraordinaire pour lui supposer de même le sacrifice de son ambition à l'intérêt piH blic. C'était créer à la fois deux hetmana/ d,<J^t
3j2 histoire
Fun n'avait encore que la réputation de s&a père pour appui , tandis que Tauire réunissait à beaucoup d'ambilion un pouvoir suffisant pour déposer son rival. Les Zaporogues manquèrent leur but en iàisant partager lautorité à celui qui ne devait don^ ner que des conseils. ,
Moharamed-Ghéraï, le seul allié qu'eût la Pologne, vint à son secours et défit le prince de Transylvanie Ragozzi , qui s'était imprudemment avancé.
L'histoire des betmans dit que le* jeune Schmelnizki avait trouvé , dans les papiers de son père , des avis et des instructions sur les troubles qu'il prévoyait devoir bientôt diviser les Kozaks. EDe ajoute qu'il s'empara de l'argent quel'hetman avait laissé , et se ligua avec les Polonais contre le czar.
{jdn i658.) Cette conduite, loin de ramener l'union désirée, divisa les Kozaks: Wgovski s entendit avec les Polonais , qui le reconnurent pour betman. En cette qjiaUté , il envoya deux colonels pour traiter avec le khan de Grimée : ils forent pris et noyés par les Kozaks de la faction eontraire. Plus heureux dans une seconde ambassade, le khan lui accorda les secours qu'il sollicitait pour attaquer les Zaporogues de la rive gauche du Dnieper. Vigovski «ut des succés> sur ses rivaux, et sur les troupes du czar qui les protégeait, (f) -t i i • , I. , , ■ ■ — — , '
i^) l'ayoœ n'avoir pu saisir ki yraie version dans cette
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Un mécontentement gëner-al régnait parmi les Zaporogues. C'était contre leur avis que Vigovski avait quitté le parti du^czar^ qu'il s'était ligué avec les Tatars de Crimée, en un mot ^ qu'il avait usurpé une dignité qu'ils ne lui avaient pas conférée. Dans les premiers momens d'effervescence , ils se portent à Braclaw , nomment unanimement Schmelnizki pour leur unique betman , et se déclarent en fa* veur du czar Alexis*
Vigovski cria à la trahison, et reprocha au boyard Khitrow les menées sourdes par lesquelles il était parvenu à séduire les Kozaks. Khitrow répondit avec noblesse , k que l'alliance d'un souverain comme le » sien n'avait aucun rapport avec celle des brigands » de Crimée ; qu'en fait de menées sourdes , il n'é- « tait pas de force à lutter avec celui qu'on avait » choisi pour protéger l'hetman , et qui s'était mis » à sa place. »
On ne sait que penser du peu de tenue dsois tes traités^, du peu d'égard que toutes ces puissances avaient les unes pour les autres ; l'art de l'intrigue l'emportait sur celui de la guerre; suivant l'intérêt
partie de Thistoire des Zaporogaes. Il faut y ou que les historiens aient commis des erreurs dans les dates, ou que les Kozaks n'eussent pas le sens commun. D'après les faits, les deux hetmans sont rivaux ; ils sont tous deux ligués avec le* Polonais, tous deux en guerre avec le czar: et ce prince protège les Kozaks de la rive gauche restés fidèles à Schmelnizki ! Comment concilier tout cela ?
3l4 HISTOIRE
du moment , on voyait les traités consentis et révoqués dans la même année.
Malgré les- belles espérances que donnait le fils de Schmelnizki^ la perte de ce dernier avait détruit l'union et Ténergiesi nécessaires aux peuples ; la confiance qui concourt au gain des batailles n'existait plus, le respect qui lie les soldats à leur cheP et à leur devoir était à peine aperçu.
Ç^n 1 660.) Alexis envoie le boyard ChérémétofF^ pour traiter avec Schmelnizki et se concerter, aveclui. Plein de bonne foi, le boyard russe la développa dans sa mission ; mais il reconnut bientôt à quelles gens il avait à faire ; prévenir son mattre , se tenir sur ses gardes , ne rien hasarder fot le mobile de sa conduite.
Les Russes et les Zaporogues réunis battaient les Polonais à Doubno; mais Schmelnukî entretenait des correspondances seca'ètes avec le général ennemi ; il conclut un traité avec la Pologne , par lequel il s'engagea à cbasser les Russes de l'Ukraine, (i)
Parmi les Kozaks, en Pologne, en Russie et principalement en Crimée , la peste fit d'affreux ravages. Le khan sollicita des secours en argent du roi de Suède. Le traité d'Oliva ayant eu lieu l'année précédente, la Suède n'avait à réclamer du kban ,, que quelques prisonniers faits pendant la guerre
(i) Ce traité est du 18 octobre 1660, quatre mois après. . la convention conclue avec le boyard Chérémétoff.
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de Pologne; d'un aùlrc côté, le czar Alexis, prévenu par les avis de ChérémétofF, avait préparé de nouvelles troupes qu'il confia aux princes Rourakin et Romadanovskî ; cette reprise d'hostilités continua avec des succès divers jusques à Tannée 1667 011 la Russie et la Pologne convinrent d'une trêve de treize ans.
L'Histoire des betmans nous présente encore des contradictions : elle dit (i) que Schrùelnlzki, découragé par les pertes qu'il avait faites, abdiqua la dignité d'hetman et se fit moine. Plus loin (2) , elle ajouie que le roi de Pologne rappela de çon exil George Schmelnizki. Être exilé ou être moine, sont deux conditions très-diflférentes l'une de l'autre. On verra dans le chapitre suivant, que cet hetman fut pris., exilé, mais qu'il n'entra dans aucun monastère. Ce qu'il est douloureux d'avouer, c'est que Georges ternit , par ses cruautés, un nom que son père avait iUustré; il prouva que la gloire des héros leur est personnelle, qu'elle ne répand sur ceux qui leur tiennent de près, qu'une lumière de réflexion , s'éteignant avec la cause qui la fît briller.
(i)Pâgc loa.
(a) Page 118.
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