‹ Essai sur l'histoire de la civilisation en ItalieChapitre 4 sur 12 · JUSQU'A CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

JUSQU'A CHARLEMAGNE

. — Le* Ducea et les Comités. — Le* .Indice* do

Scholic do» o*ti«M. — Les P^holrc cTéiranscre. — Le Wnnt. — Le! censuh. — Le l'i^ri: roMjiiLu. — Lu ui;iL r ^^rj>tB. — Venise. — ltn\enue. — Kaples. — Chiite. — AiuuLS. — l'crrare. — Antima. — Péruus;. —

Pendant que les Longobards introduisaient dans l'Italie septentrionale les institutions germaniques, à Rome et dans les autres parties de la Péninsule qui avaient échappé à leur domination, les vieilles institutions romaines subissaient de profondes transformations ou disparaissaient peu à peu. Nous avons vu que depuis le démembrement de l'Empire, l'Occident, envahi, foulé par les barbares, était eu proie à la confusion, a l'anarchie, à tous les abus de la force ; que l'Orient, conservant toutes ses prétentions au milieu de son impuissance, se mourait dans l'inertie avec des théologiens sur le trône et des eunuques à la tetedes années, et que dans ce grand naufrage, le Christianisme était l'unique étoile de salut pour l'humanité, le principe qui devait la relever et la renouveler. .Mais le Christianisme avait encore plus d'un combat à livrer, il n'élait point encore arrivé h. donner il l'Église sou organisation définitive, et le moment n'élait pas venu où Rome dicterait une seconde fois ses arrêts au monde. Les papes avaient déjà beaucoup fait ; il leur restait encore plus à faire. Ils avaient arrêté Attila, ils avaient conquis sur les peuples divers qui composaient le royaume frank une grande influence ; mais, par delà le Rhin et le

en Italie n

Danube habitaient d'autres ■barbares dont les instincts farouches ne connaissaient pas de frein. Il fallait les convertir, en faire des sujets pour qu'ils ne devinsent pas des maîtres, et les initier par l'Évangile à la civilisation. L'Église de Home, grâce aux largesses des empereurs et aux donations des particuliers, possédait de vastes domaines en Italie, en Sicile, en Gaule, en Corse, en Dalmatïe, en Afrique, en Asie (1), domaines d'autant plus productifs qu'ils étaient exempts de la plupart des charges publiques, niais simples domaines sur lesquels elle n'exerçait pas d'autres droits que ceux de propriétaire. Il y avait loin de là à l'indépendance et à la souveraineté politique. Les évèques de Home étaient les plus puissants, de même qu'ils étaient les plus riches des évoques ; mais leur prima tic, reconnue par Justinien |2) , proclamée solennellement par les conciles de Constanlinople (3) elde Chalcédoine [i) , n'était guère qu'honorifique et se voyait chaque jour contestée. Il y avait loin de là à une juridiction effective sur tout l'épiscopat, au pouvoir absolu sur toutes les Églises de la eh rétien neté, à la souveraineté morale du monde. De si vastes conquêtes ne pouvaient être pour les papes l'œuvre d'un jour ; elles ne pouvaient s'accomplir que progressivement. Nous allons voir, les papes du sixième au neuvième siècle, sinon les

(1) Mumlori, AntkpiUlu lia»*, 1. V, p. 191 tt rniiv. — Suseuhcun,

(2) Cod, Jml., ]il>. I, Lit. i, leg. 6, 1, (J.

|3| Auiio.mi.

réaliser toute?, au moins en poser les bases et en

préparer le succès.

L'établissement des Longobards, qui semblait devoir porter un coup funeste à leur puissance naissante, ne servit au contraire qu'il lui donner un essor nouveau et provoqua une réaction d'où sortit leur grandeur temporelle. Les Longobards faisaient d'incessants efforts pour étendre leur domination sur toute l'Italie. Les empereurs grecs ne pouvaient leur opposer que des troupes insuffisantes. Les populations, abandonnées à elles-mêmes, se cherchèrent un chef et en trouvèrent un dans le Pape qui, devenu d'abord leur défenseur, finit par rester leur souverain.

Le pontificat de Grégoire I rr (t) inaugure brillamment celte ère d'émancipation pour la Papauté. Issu d'une illustre famille, ce grand homme, après être parvenu à la plus haute dignité civile de Home, celle de Préfet impérial, s'était par défont du monde jelé dans un cloître et avait distribué aux pauvres tout son bien. La voix publique alla le chercher dans sa retraite, l'envoya d'abord comme ambassadeur à Constantinople, et plus lard, malgré des refus sincères et réitérés, lui imposa la Papauté. Les circonstances étaient difficiles; il sut faire face il tout. Toujours prêt à la lutte, aussi ferme dans ses desseins que souple dans sa conduite, il réussit par son habileté, sa perspicacité et sa persévérance, à jeter les fondements de l'édifice dont Grégoire VII devait poser lo

(1. Amie S03-SIM,

couronnement ; fondements inébranlables , car ils n'étaient rien autre que les services rendus au peuple, la protection de ses intérêts, sa reconnaissance (1).

Partage entre les affaires italiennes et celles do l'Église , affaires distinctes quoique étroitement unies, si m inf.<tiir;il)Ie sollicitude lui permit de les embrasser toutes sans en négliger aucune. Il entretint avec les autres évêques une incessante cor-t respondance, s'appliqua à maintenir partout la foi et la discipline, envoya des missionnaires chez les Anglo-Saxons (2), combattit la simonie dans le royaume frank (3) et accrut en Espagne l'influence de la Papauté par la conversion au catholicisme du roi visigolh Reccared (i). Sans proclamer comme un principe la prïmatio du siège de Rome, il saisit habilement toutes les occasions de la faire prévaloir et s'autorisa ensuite comme d'un précédent" de tous les cas où il avait réussi. C'est ainsi qu'où le vit rappeler à l'évoque de Syracuse et an métropolitain do Ruvenne son droit de juridiction sur le patriarche de Constantinople (5), le revendiquer sans grand succès auprès de ce patriarche (6), et le faire reconnaître par les évèques de Salone (7) el de Justiniaua

(1) Grcgorii Magni, » : :'ra i.-mv.it, Pari -li*, 1TOS. — Grtjjor. I, A,i Gtem

(2) Greg. Mugn., Kp-, lib. XI, cp. 64.

(3) «., tt«.,lib.XI. ep.fiî.

(1| «., Ibld., IX, 122; XI II, 45.

(G) M., Mi., vi|i4,ie.

(T) Snloiioon Uulmaticj iih, i'W., IX, al. ;

D4 Dl£ LÀ CIVILISATION ■

Prima (1). Il profila de l'abaissement momentané auquel l'invasion des Longobards avait réduit les églisesde la Haute-Italie pour les soumettre à «ne étroite dépendance. Il les avait secourues et protégées a l'heure du danger, il ne renonça plus à cet le miellé quand le danger fut passé (2). Partout où l'Église romaine avait des domaines, elle avait aussi pour la représenter des sous-diacres ou défenseurs, memlires d'une corporation ou scliola, qui étaient plutôt des légats que de simples intendants (3). Par leur intermédiaire, Grégoire intervenait dans toutes les affaires religieuses et temporelles ; il dépensait sur place les revenus de ces domaines en secours aux Églises, aux populations atteintes par les malheurs de la guerre, rachetait les esclaves, payait les soldats, armait les populations, fortifiait les villes, et à mesure que les empereurs grecs faillissaient à leur tâche, il se sulisliluait à eux et méritait une autorité que les nécessités publiques, la défaillance du pouvoir, l'estime et la sympathie générale lui déféraient.

Sa conduite à l'égard des Longobards présente deux aspects. On le voit donner des ordres pour la défense de Home aux chefs militaires, signaler au monde les cruautés de ses ennemis (4), tenir tèleà tous

jj 1 ' 1 J ™' W ™ frim >- ™ Ulyti», III, 6. — Vojtt Hegel, ouïr, eiu

P) Sur co lait tri;î.(;iirni;lijrî-tii[MC nnr rapport h l'P.glise de Milan, voir 1m lettres Buvante lie aitt Givp.ivc : Cruji. Mil-., F.put., lib, III, 23,

siiiib, xi, s, ».

(>] a., au., iib. vin, h.

(1) Lrttrw. — nomelia sur Êzfahlt], — Dialogues.

EX ITALIE

les dangers, faire du patriotisme et de l'acceptation des formions civiles un devoir au cierge (i), tracer aux évoques leur rôle do défenseurs do leurs villes el en faire ses lieutenants dans cette infatigable résistance à la harharie (2) . Quand l'empereur ne paie plus la solde de ses Iroupes, il y subvient ; quand ltome n'a plus dans ses murs qu'un nombre insuffisant de soldats, il arme les populations; quand les Napolitains manquent de chef pour se défendre contre le duc lonpobaril rie liénevent, il leur en envoie un (3) ; quand il ne peut plus combattre, il négocie ; si l'Exarque refuse de traiter, il le menace do traiter pour son propre compte (4) ; après tout l'argent qu'il a donné aux Églises, aux pauvres, aù peuple (;>), il en trouve encore pour acheter la paix, et il peut fièrement écrire a l'impératrice Constantine qu'il est son trésorier. Mais en môme temps qu'il combat les Longobards, il s'efforce de les convertir; il sent que les faire catholiques est le plus sûr moyen de se les concilier, de mettre la Papauté et par suite Home à l'ahri de leurs incursions, sinon de leur convoitise. Il poursuit ce but sans relâche, réussit a y associer une reine, Théodelinde, issue des princesde Bavière, trouve la plus efficace coopération dans les femmes romaines mariées à des Longobards, est servi à souhait par plusieurs miracles, et prépare le

(1) GrcR. Mag., Ep. VIII, 18; IX, 13.

(3) u., ibid.,ix,4,e.

(3) Id., OU., II, 16.

(ô) U.,ibii„ v, al.

03 Dli LA CIVILISATION

succès d'une œuvre que Ut politique des rois longobards achèvera. La tâche n'est pas moins difficile au dedans qu'au dehors. Là encore il faut lutter contre un ennemi plus fourbe s'il est moins Tort, les fonctionnaires grecs (1). Grégoire surveille l'Exarque, contrôle ses actes, protège les Romains contre ses exactions et celles de ses subordonnés, et réclame contre ses abus de pouvoir par l'intermédiaire de son Ojiocbrisaire à Constanlinople. Et quel champ aux réclamations! Les impôts sont si écrasants en Corse, qu'on voit des mûres, pour pouvoir les acquitter, vendre leurs enfants. En Afrique, les employés du fisc exigent double tribut. Partout règne l'injustice et la spoliation. On ne peut plus compter les plaies de l'administration et du gouvernement ; et son impuissance serait le seul correctif aux maux qu'il cause, si elle n'était le premier des maux.

Le rôle que le Pape joue à Home montre assez à quel degré do nullité y sont descendus les fonctionnaires de l'Empire.

On y trouve encore des préfets, des magistri mitilum, mais ils n'ont plus guère qu'un vain litre ; sur une moindre échelle , il en est à peu près do même dans les provinces, et les évèques qui, conformément aux lois de Juslinien, y sont devenus les contrôleurs des autorités civiles, y partagent avec elles le pouvoir, et souvent les suppléent.

Deux grands changements s'opèrent ainsi dans la société. D'un côté, l'Église prend une part chaque

!» Gros. Hat, Ep. V,«.

EN ITALIE 0-, .10 au gouvernement ; de l'autre

prépondérance m les fonctions civil Ces deux point des parties de 1 quisesparles Loi

tracer d'une ■s, que d'orniinblo des pro-

n llilkhlttr, t'ader-

rieurcs et la guerre, cl abandonne l'administration, les finances, lu Justice, les affaires intérieures, au préfet d'Italie, placé auprès do lui dans un rang inférieur. La Sicile a un préfet ou prêteur particulier. Rome a aussi le sien (I). Dans les provinces, l'élection des fonctionnaires civils continue à appartenir aux notables. Ces fonctionnaires sont compris sous le nom générique de judices. Le pouvoir militaire est entre les mains des duces, qui commandent soit dans une province entière, soit dans les places de premier ordre. Au-dessous des duces sont les tribuni, les comités et les vice-comités, à la fois capitaines à l'armée

dumalu liocll ikr IVHur lv]il!!]il.- !"'ir:'i.-:..:L L ll !.:i'jtlo r-iA J:iss hkr dodi picht die l'r:i t'i'lui' ; :i. Ku t' ■ j-. l ciili-.M L'.-lII: in liai Jsilsr JÎO. —

Ccmwn»» lui Jiiliro :vi ((.r^:; :■!'.! i Tiirnucisîis .\, 1 j ans. ihill l'nulusund Jobïnnss Diiieiimis in ilirer l.u'iviiiK'-chruil.iN]); dus l'upitosj. Johannc» imJ»tira593 uSDltru;.,.;,!,. ii Gi-.-.-.,rii, I,. .:.,,. 111, 1 1) uiicl iv, 52 ois dn-

KX ITALIE

et commandants des villes tic second ordre (1). A Rome on no trouve pus de duces, mais des magîstri mititum (2). Les troupes et la solde viennent de Conslantinople. La légion a prie le nom do numerus ou de bandits, et chaque bandus est distingué par un nom particulier qui, tantôt indique lu nationalité des soldats qui le composent, Dacicus, tantôt rappelle

10 chef qui l'a forme* ou commandé, Theodosianus, tantôt désigne le lieu où elle doit tenir habituellement garnison. Caries troupes, depuis que leur rôle est devenu exclusivement défensif, sent presque immobilisées. L'Italie, la Sicile, lu Sardaigne et la Corse doivent pourvoir elles-mêmes aux (rais d'adminislralion et de défense qu'elles exigent.

A chaque avènement, le nom du nouvel empereur était inscrit dans les prières publiques, et son buste envoyé à Homo, solennellement reçu par les autorités laques et ecclésiastiques, et placé an palais du Latrau. L'élection des papes était, comme ailleurs celle des évôques, réservée au clergé et aux principaux citoyens et devait être sanctionnée par l'acclamation

011 l'adhésion de tout lo peuple. Le nouvel élu ne pouvait prendre possession do son siège avant d'avoir reçu l'autorisation de l'empereur et d'avoir payé au fisc une somme déterminée. Celte obligation de l'investiture, que Justînien 11 permit à l'Exarque

Gicg. JIjr.Î «;■<'■'., li'j- X, <■-[<- 11 - d '"" '1= Ccnîmiicclla.' ,Cmta

YmcW*), d*M S. Crag., ZHntog.,lV, u-ï7 ( ftMtlMMM tt Termci™, Uuu.Grt^. ilajî-, t>'«-, lil't VIII, 1H.

(2) Cire;;, Jfag. F.piit., K: V, -M. ,

10(1 Dli LA CIVILISATION

de conférer, dura jusqu'à Grégoire lil (731) (i), et reparut plus lard pour ne finir qu'avec Grégoire Vif. Les papes, oulro l'autorité morale qu'ils tenaient du libre choix des Romains, ^dont ils étaient les représentants, autorité que les circonstances tendaient à agrandir chaque jour, avaient reçu expressément de Juslinien (2), le droit de nommer les judiecs dans la ville, de concert avec les primates.

L'ancienne division de Home en regiones continuait à subsister (3). Mais déjà se montrait la tendance du peuple à designer les différents quartiers par le nom d'un monument antique ou par celui d'une église vénérée.

Le sénat avait cessé d'exister (i). Cette assemblée illustre qui, après avoir longtemps gouverné le monde, avait conservé, mémo sous le despotisme des empereurs et jusque dans sa déchéance, de l'éclat sans pouvoir ; que Théodoric avait d'abord entourée d'honneurs, puis persécutée dans la personne de quelques-uns de ses membres soupçonnés de relations factieuses avec la cour de Byzance ; qui prenait ordinairement une part importante aux éleclious des papes (5); qui, pendant la guerre gothique, avait été eu partie massacrée, eu partie transportée en

(3) Morini, PapM, n" se».

(1) Vovdi Vcmlcttiihi, !'rl ïf.-urlri (iurnTui. ili.iiin, ai Curliu., flr

StnqfO Woiiinuo, Gcnev, 1Î6H.

(.il AnMtu, et (.tonal,, Vartor., VI1J, 13.

KX ITALIE

Campanie (i), était encore nommée dans la pragmatique do Justinieii (2); mais à partir de Grégoire le Grand, on ne la voit plus figurer nulle part. L'histoire n'en- dit rien, il n'en est pas une seule fois question dans les circonstances où elle devrait naturellement jouer un rôle, et le Liber Diurnus, qui cite dans ses formules les noms de toutes les autres autorités, est muet à son égard. Saint Grégoire et Agnellus en font mention, mais ce n'est que pour constater et déplorer sa ruine. Le peuple périt, dit le premier, parce qu'il n'y a pins de sénat (3). Peu à peu, dit le second, on vit disparaître le sénat romain et avec lui la liberté et la grandeur des Romains (i).

En dehors de Rome, la constitution municipale se conservait encore en partie, la circonscription territoriale des villes n'était pas changée, et la division des terres en parcelles imposables, était restée la même dans les registres du cadastre (î>). Le curateur était devenu le premier des fonctionnaires municipaux, une sorte de maire. Celui de Ravenne jouissait sans doute d'une grande influence, à en juger par le ton des lettres que Grégoire I" lui adresse, par le litre de Votre Gloire qu'il lui donne et par les services qu'il lui demande (0). Le patronus civitaiù

(1) Procop , 0< BclloGoik,, 111, e:ip. xnr, ïxxvii; IV, xiu, xxxiv,

(2) SancWo Pragmal., |J 1, 1S, 37.

(3) . ... Quia ciiim :niwii poi.ulns iiitcriii. • (<•»(,'•■ E'ocU., nomel., n.

(4) Jlgiicllus, npud Munllori, Scrijif., II, p. 123.

(5) Niebohl, H<rm. C«eA.,II,p. 719. (irep. Mng., BfUI., lib. XIII. pp. 3.

(6) Greg. Mng. Ejittl , IX, OTî X.iîj XII. H; XIII, 17.

qu'un trouve à Naples (1), les major populi, les senior qu'on trame ailleurs (iii, oui vraisemblablement dos fondions équivalentes; à mesure que la faiblesse du pouvoir central est plus grande, (ont tend à devenir local et particulier. L'uniformité ne survit plus, même dans les noms, à. plus forte raison dans les choses.

On trouve une trace, mais bien effacée, de l'existence des défenseurs, dont les fonctions, nous l'avons déjà vu, sont presque partout remplies par les évè- ' ques. Los actes privés continuent à être dressés par les tabellions. Le litre do notaire est réservé aux scribes des eliaiicellories impériale et papale. Les curies existent. La lettre écrite par Grégoire le Grand à l'évoque Caralis, pour lui recommander de no point ordonner comme prêtres ceux qui, étant sujets aux fonctions curiales, pourraient plus tard y être appelés (3) ; l'inscription dans les registres municipaux de donations faites à des églises ou a des établisselis par Mariui (,■>) ne laissent uunm doute à ce sujet. Mais si les curies n'onl pas disparu, on ne sait guère ce qu'elles font. Déjà au temps de Justinien (6) elles avaient peu de ressources et recrutaient difficilement leurs 'membres; au temps de Grégoire le Grand, elles

(1) Gn-ff. Map., Ëp,j|.,tX. M.

{i) U..OW., IX, 1111; x, i>.->.

(*j m , tut, to, IV, M.

(1) M., (Mil.; IX, «1. ; XIII, l'i.

(i] Mariai, Pajiîrf, a" 94. — Compara - Von Snvlgny, C»«*. d. r. [6) R'errti., 3B, sur,. 646.

EN ITALIE 103 devaient être lombéos dans un étal d'abaissement plus profond encore. L'Iïmpire, an milieu des troubles do la guerre et dans l'état d'impuissance auquel il était réduit, ne pouvait plus maintenir et faire exécuter les mesures coercitives par lesquelles il les

qu'on no pouvait plus leur imposer. Aussi voit-on que toutes les fouet ions importantes ont échappé aux curies, et s'il leur reste quelques attributions, elles doivent être plutôt judiciaires qu'administratives. C'est aux évèques qu'est confiée la défense des villes; ce sont eux (jui pi irlent le poids des a flaires avec les primates, et si parmi les primates il se rencontre d'anciens euriales, ce n'est point comme curiales qu'ils agissent.

Les exarques, ne, pouvant plus renouveler les troupes grecques «pii défendaient l'Italie, chaque ville est obligée de se défendre elle-même ; il commence à so former dans chacune d'elles une milice composée de citoyens qui constituent un ordre dans la cité (I ), cl les capitaines deviennent des commandants de places choisis par la place elle-même.

Les corporations conservent leur ancienne organisation (2), elles ont chacune leurs statuts particuliers, leur budget, leurs einplo\ és ; elles forment de petites sociétés qui semblent appelées à vivre d'une vie de plus en plus complète, à mesure que la vie échappe

(1) Orée. Mag., EpU., VI, 27, 31.

(2) M., ÎKJ.jIX, !U[X,M.

104 DK LA CIYlÙïUTIOS

à la grande société, cl elles passeront presque intactes et sans changements du monde antique au moven ilge. La position des classes laborieuses est restée la même. L' esclavage et les marchés d'esclaves subsistent; et, par une contradiction qui est une fidèle! image des idées du temps, ou voit Grégoire le Grand faire aclicler des esclaves païens ea Sardaigne, et s'efforeer de racheter partout les chrétiens qui sont devenus les esclaves de maîtres juifs, pour les rendre a la liberté (1). Les colons, toujours attachés à ta glèbe, continuent à payer, outre leurs redevances au patron (2), un impôt à l'État (3). Ils peuvent avoir une propriété, mais précaire et soumise à mille restrictions. Us ne peuvent se faire prêtres, car leur entrée dans les ordres frustrerait leur patron. Si .saint Grégoire adoucit leur condition eu Sicile, sur les terres appartenant ;i l'Iîslise de Rome, ce n'est là qu'une mesure loulc locale, et il ne faut pas taira qu'il aggrave cruellement en Sardaigtie la situation de ceu\ qui ne sont pas encore chrétiens, dans le triste espoir de les forcer, par l'excès de leur misère, à se convertir (4).

il) Grcg. Use, BpW.,lH, ep. SBjltti. XI, op. 23 s Hb. vn, ep. M- (2| H„ lit). XII, ep. 24.

(3) H., Iib.1, ep.44.

(J) M.,lil>. IV, cp. I».

UN ITALIE

.\piv= !r p'iniillcal flo Grégoire le Grand, l'influence des papes sur le monde chrétien grandit rapidement; leur autorité spirituelle sur l'Italie, qui n'avait été que partiellement et momentanément atteinte par la conquête des Longobards, continua a se développer, et leur pouvoir temporel dans la ville et le duché de Rome, s'appuyant chaque jour sur de plus solides bases, devint à la fois mieux défini et plus étendu. Forts de l'adhésion du peuple dont seuls ils défendaient les intérêts, ils annulaient complètement et remplaçaient déjà dans la plupart de leurs attributions, les fonctionnaires grecs, fonctionnaires qui ne faisaient plus sentir leur présence que par d'incessanles demandes d'argent, lorsque le décret de Léon l'Isaurien, relatif à la suppression des images, leur fournit l'occasion de devenir complètement indépendants et presque souverains. Ce décret, contraire à toutes les traditions, fut, malgré de vives répugnances, exécuté en Orient, où les patriarches do Constantinople, corrompus par le voisinage de la cour et ses funestes faveurs, ne savaient plus qu'obéir. En Occident, et principalement en Italie, il souleva une opposition unanime. L'empereur s'obstina d'autant plus sur cotte question de dogme, qu'elle se compliquait pour lui d'une question d'ar-

Dli LA CIVILISATION

lient; comme tous les despotes dont te pouvoir décline, il sentait plus vivement le besoin de faire montre de son autorité, à mesure qu'elle devenait plus chancelante (I). Il essaya de faire assassiner Grégoire II par le patrice Paul'. Alors la résistance devint une révolution. Le mouvement fut général. Les villes de la Pentapolo et de la Vénélie so donnèrent des durs indépendants. Les Sarrasins s'établirenl dans l'île de Sardaiimc. Les Longobards s'emparèrent momentanément de Rayonne. Les Romains renversèrent les statues de l'empereur, retinrent (es tributs qu'ils lui payaient, chasseront ses officiers et en nommèrent d'autres. L'empereur, en retour, confisqua les biens de l'Église romaine en Sicile c( en Calabrc; mais il ne put aller au delà de cetlc impuissante représaille (~2<ï). L'émancipation des papes était désormais accomplie, et sanfim lien apparent de suzeraineté qu'il n'eut tenu qu'à eux do rompre et qu'ils laissèrent subsister jusqu'à Cliurlemagne, elle était complète (2).

Dès lors, le Pape remplace l'Exarque. A Rome et

(U ■ Illia vsrn dii.-l>i!s p;iitii» l'utriciii", Kirrlins fnernt, Iiniwralori« jii'niuiic ctiiuilcm I'' >: i ( [ fi.-ati) cuunl>L.I nr intcrltrcce. eo qugj censum in provincin poni pra-poJiuliKl. • (AimHbii,, JiiH., II, SB.)

■ Léo Js.iurill«... int -..ii-ii- tlivjwio 11 min ub liuv.ii npinianr-, wlqnocl

curavit. > (Mavca, lie Ow-i.n.'n sj -.".Ij;;.. ci ieiym, M.. III, cap. u.) (2) • liespicienaego Pin* vwprofmi.™ Principes Jus*ioncm, jnm contr*

1'»:. «.! . iy„i Di 1C rt. VI, 48.) '

EX ITALIE 107 dans les nulles villes qui dépondent do son autorité, c'est lui qui nomme à loufes les fonctions cl centralise dans ses mains tous les pouvoirs. En dehors de Rome il se fait représenter par sesactorcs, qui portent ordinairement le nom do duces, quelquefois cecclui de comités (I). Les duces réunissent l'autorité, judiciaire à l'autorité militaire (2). Sont-ils, ainsi que leurs subordonnés, compris sous le nom générique dejudices, ou bien y a-t-il à c6lé d'eux, des judices investis d'attributions distinctes, et ces judtees leur sont-ils inférieurs ou supérieurs? C'est ce que la pénurie des documents ne nous permet pas de déterminer (3). A Rome, les fonctions" administratives, militaires, judiciaires, sont d'abord distinctes et les mêmes que sous le gouvernement grec ; mais elles tondent vite à se réunir dans les mêmes mains. Le dernier due que l'on rencontre est de l'an ~i3. Le préfet de la ville continue, au neuvième siècle, à y exercer en matière criminelle la plus liante juridiction. À celle époque, les seuls autres fonctionnaires qu'on puisse nommer et sans préciser leur emploi, sont les duces, dont le nombre sullil à montrer qu'ils étaient différents de l'ancien duc; les ckartularii qui, dans la hiérarchie, viennent immédiatement après (-1) ; les comités, les coiisutcs et les tribuiii, tous dépendants du Pape, à la fois juges

[I) On IronvB un mm» dnns In villa du Gaieltnm (8) Oimiiiirct : Ccnni, I. H, «p. 5. Léon. Ht. p) Voyez Von Sarigny, Outh. du nrm. fkctoi, aie, t. 1. (4) M l irii,i,P. I( Mri,nM3G. — Ànnstftt.,.nia Uad. — GnloUi, Dd Prfmf. aria, 190, 192.

et commandants militaires, et forraanl la classe des

judiees de militia.

Le Pape, en devenant chef du gouvernement, s'est entouré d'un véritable conseil de ministres, qui portent le nom de judiees de ctcro et prendront plus tard, lorsque l'Empire d'occident sera né, celui de judiees patatini. Ces ministres ont plus d'un des caractères de la moderne prélature, et semblent appartenir autant a l'ordre laïque qu'à l'ordre ecclésiastique. Étant sous-diacres, ils sont considérés comme faisant partie du clergé, et ne peuvent juger en matière criminelle. Au huitième siècle, ils n'exercent d'ailleurs aucune juridiction, et en dehors de leurs fonctions gouvernementales, ne "S lirent <I" e comme chargés de missions diplomatiques ou administratives. D'un autre coté, à cause du caractère exclusivement temporel des affaires auxquelles ils sont employés, ils ne peuvent s'élever dans la hiérarchie ecclésiastique, ce qui ne leur empêche pas du jouir de plus de considération et d'avoir un pouvoir bien plus grand que les évêques. Ils sont ou nombre de sept (1). Le primkerius et le secundice-

riui, qui nb ipsis otfrn- i„, m .-:i ;.™:,hii;l. Hi J^lcr.i IrrYnquc ïsUantv- Iroparatorein, qii'i'l-riini'jil'j r iiu i'.lo vi-LuTili:!- [VL-iniv ; sine quibus 'juid magni non po!r.-l ^■jiiïli;'.HTi; ;iu;icr:iiM. Scil r?li:im in Romnnn f'cricsin. in omnibus procefcsioiùuus mrrauiitirn durant Pdpim, ccdcuÛltl'S EpUeopli ci eotoris mtgnatlbui... Tcrtius est Arcarius qui proesl tribulis. Quarius Sacollnrius q„i stipendia orogat Tniliiilius ol Rom» .abulto iuliriiorum ,iui Elemosr:i:>ii] c; i;o:ii:ii^.- l^il-i'i-.pi. .'I ("Wiri* « ordinntiavirt* lugituT pmbjteria, id nt u pt:vbcnuo. Quintus esi preto»oriDÙm°»i 1"i pn-cit Htintrïli, qnos n 0 < ulwllîonw (ocamu, Soitus primus àe!ai-

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EX ITALIE

rius ttotariorum, Varcarius, h mceUarius, le protosciïuarius, le priants defensor et Vadminicutator. Le primicerius, dont on trouve déjà le nom vers le milieu du quatrième siècle, et qui originairement avait la haute direction delà chancellerie impériale, était le premier ministre du Pape ; son contre-seing, et, par conséquent, son approbation était nécessaire pour la validité de tous les aclcs importants. Pendant les vacances du siège, c'est lui qui était chargé de L'administration. Il avait pour substitut le secundicerius notariorum, sorte de sous- secrétaire d'État. Le primicerius et le secundiccrius étaient les premières autorités de Home et avaient dans les cérémonies le pas sur loutes les autres. L'arcarius était le receveur général des finances; le saecllarius le payeur général chargé d'acquitier la solde des troupes, de distribuer les aumônes aux pauvres, les prébendes au clergé ; à eux deux ils constituaient le ministère des finances (J). Le protoscrinarius, ou grand-chancelier, faisait rédiger par les notaires les lettres des papes et les actes qui devaient ensuite être revêtus de la signature du primicerius (2). Lo

primus defensor était chargé de l'administration du patrimoine de l'Église, et avait sous ses ordres tous les defensores et les actores. L'adminiculator était

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et I les

de ji le cl

s de la cour, avec les judices

ES ITALIE 111 de clero, les Évêques, les cardinaux, les notarii, les aclorcs, étaient compris sons le nom générique de proceres ecclesiœo» cleri. Ils formaient avec les judices de militia, la classe des axiomati, procercs, optimales. C'est dans les mains de celte classe qu'étaient réunies toutes les charges. Le gouvernement était devenu une aristocratie dans laquelle se balançaient les deux éléments ecclésiastique et militaire, et dont le Pape était le chef. Il n'y avait plus une seule fonction qui lut resiée exclusivement civile. C'est ainsi que, sous la pression des circonstances, par suite de la nécessité où étaient les populations de se défendre, Ions les pouvoirs se concentraient au point de se confondre. La complication des anciens rouages administratifs disparaissait avec la centralisation qui y avait donné naissance, et les anciennes institutions tendaient à se rapprocher sensiblement des institutions germaniques. De besoins semblables sortait une organisation analogue.

Comme le gouvernement, qui n'en était que l'expression et l'image, la société devenait militaire. L'habitude de porter les armes se généralisait, la milice comprenait chaque jour uu plus grand nombre de citoyens, et un moment vint où le mot exercitus servit chez les Romains, comme il faisait chez les Lûngobards, à désigner l'ensemble de la nation (I). La milice avait pour chefs des duces, comités, tribunj (2), qui appartenaient aux classes riclieset juin .\-.... ■.. . p. 100, It. et |>.. ÎIHC.

(î) Vfljsi Cenoi, Cad. Ctnt., I, !.* 1 ; op. èw/h. oJ Pipilt, fl.

flucnlcs, qui étaient nommés par le Pape, nommaient cii\-mcmes les officiors inférieurs, et roussirent peu à peu à rendre Icins charges héréditaires. Elle était divisée en schola, qui, probablement, à Rome comme à Raventie, correspondaient aux diiïéronts quartier de la ville. Chaque schola était sous le patronage d'un grand (1) et pouvait, comme toute autre corporation, acquérir des biens, avoir des revenus (2). I.esalliiires communes aux schola? étaient confiées aux/Jiw, secundas, terlins scholtv militum. Chaque membre d'une schola portait le nom de miles. Ce nom devint, plus tard, un titre d'honneur. Les milites formaient un des ordres de la cité; au-dessus d'eux étaient le clergé et les grands, procercs, optimales, uobiles; au-dessous, la masse du peuple, dans laquelle on distinguait les honesti cives (3). En d'au-

(1) Ana&las., 185, c. atpusira.

(2) Mariai, Piplri, n° 136. — (Jalletti, £s! frimfctrfe, p. 137, 1J9, 1B1. Comparai: Oregoroyin», Otuh, iirStadt Jtam. t. II, p. 435, nota 2;et Papenelcort , GtKÙ. dtr Slodi Rom. in Xittttalltr, VorfatÈUiig Eoms, I" Abach. 1>. s. HT, uni pu Us.

(3) ■Sodacfrliifacordolibujnlqiicpr^EribusEcdraîœet eunQloClgro

et civus lione.-l! uti]ii[] <mivrT-:i i'r:^r:.l'::i- l'r.i.i;3i k'.iki ■ lîojriLiua' nrl.i; ml Balulandum enm aient omnium Dominum properurs dtbeat. • (Mansi,

Omcfi,, t. xn, p. 719.)

i In unum eouvetjientiljLis iiolis u! mûris est, iil est, ciinotia snccnlo. tibut ao proceribua ereloLa 1 et n:iivevo (.'lero, 1 1 L . [ i if optirnatitiiu et univers! militari pra-sjnlia mu civilmi 1.0-iiwtis et cuneta gcaeralitate popnli. i (Liber Diurnus, Dwntwn tir ElcMont Pontifiât, c. II, tit. H. Comparai : Anaslate, p. 16T et 115, C.)

Les négociants paraissent iiTcir njir.;M i, i-n srauJc jinrlie, la clgacilnt AoMtfi (Vovci Mnrini, Vopiri, ir» 93, 112, 113, 111, etc. ; et K. Ho-

pl,ouï. eitC, 1" vol., p. 252, note 3).

très lermes, et avec une exactitude plus rigoureuse, une aristocratie composte dos sommités du clergé el de ia milice , le clergé, la milice et le peuple, telles étaient les classes entre lesquelles se divisait la société..

La substitution d"une milice do citoyens à une armée soldée n'avait pas eu lieu tout d'un coup ni . partout en même temps; elle s'était produite progressivement, à mesure que chaque ville dénouait les liens qui l'unissaient à l'Empire d'orient et à des dates qu'il est difficile de préciser. Rome, dans cette voie d'émancipation, a dû donner l'exemple. Déjà, au temps de Grégoire le Grand, elle était abandonnée a elle-même. S'il y restait encore des soldats, ils ne recevaient plus de solde de Conslanlinople ; ils durent passer à la solde du Pape et sous ses ordres immédiats. Quand l'empereur Constantin cliai'gca l'exarque Olympius de s'emparer de la personne du pape .Martin, il lui recommanda de gagner l'année de Rome ou do s'abstenir (1). Vers la Gn du septième siècle, cette armée était entièrement composée d'habitants, et divisée en scholœ, et nous la voyons, en 686, formant un des ordres de la cité, intervenant à ce titre dans l'élection du Pape, et curant en conflit avec l'ordre du clergé (2). Contrairement à ce qui se passait à Home, Ravennc dut être la dernière ville à avoir une milice. Elle était le siège du gouvernement; tant que le gouvernement y garda une ombre d'au-

(1) Ànnstss., 139 C„ 110 A.

[2) Annstne. in Conon, d. HT.

torité, il dut y conserver une garnison de troupes grecques, et les documents recueillis par Jlarini contiennent, pour la première moitié du septième siècle, les noms des régiments qui composaient celte garnison (1). Mais, en 692, il est question de la milite de Ravcnno (2), et au commencement du huitième siècle, en 709, à la suite d'un soulèvement populaire, nous trouvons les habitants de la ville divises en douze schoUe, dont la douzième, composée du clergé, organisation à la fois bourgeoise et militaire, qui durait encore au milieu du neuvième siècle (3), en 850.

A côte" des scholie militaires, se groupaient les schoUc industrielles ou commerciales, entre lesquelles le populus était divisé, Elles avaient chacune leurs statuts, leur budget, leur chef, leurs lieux de réunion, leur église ou leur chapelle, et un patron parmi les saints, comme autrefois les collèges ou corporations de métiers, dont elles étaient issues, avaient eu leurs divinités particulières (i). On trouve citées la schola des chantres pontificaux, celle des faiseurs de lits, celle des tailleurs (îi), celle des prêtres d"une église, celle des fabricants de sandales (C) ; Grégoire le Grand parle de celles des teinturiers de Home,

(1) llnrini, JMpiri, n" 90, SI, 93 , 95, 109. (3) Ann6tns.,mScrg..P 1*9.

(3) Agnellua, Lib. pMli[. ApelMmtori, Saiflmi, t. JI, port, i, pages ISO et sniv.

(■1] On n fait rctiioTitor lYMTtunca (le-s i;ollùïc' on corporations (io métiers i, Roms, jusqu'au temps Je Kumo. — (Voyez M. Th. Mommnu, JI' Cdlfuiis ftanioiunim.)

(5) Ccnni, Cod. Carat., 13, Bp. 35

(6) Gnllctti, li.I PWmfcfris, p. 193, 2us.

EN ITALIE 115 des fabricants de savon de Naples, des boulangers d'IIydruntum (1). Des autres il n'en esl pas question dans les documents, encore moins dans l'histoire, et ce silence n'a rien d'étonnant, les schoku n'ayant joué aucun rôle politique. La schola des étrangers devint l'une des plus importantes et ne tarda pas à se subdiviser. Chacune des nations de l'Europe envoyant incessamment à Rome un grand nombre de pèlerins, voulut y être représentée, y avoir son église, des prêtres, une hospitalité assurée pour ses enfants, et déjà, au temps de Léon III, on y comptait les schola; des l'ranks, des Frisons, des Saxons et des Longobards (2) .

Tous les hommes qui étaient unis par une communauté d'idées ou de profession, se rapprochaient, constituaient une petite société et se donnaient des chefs. On se serrait pour vivre avec plus de sécurité (3). La même cause, l'impuissance de l'État à protéger les individus, avait produit deux résultats en apparence opposés : la dissolution des anciens lieus sociaux qui portait chaque ville à vivre d'une vie propre et a se sulfire, et dans chaque ville la tendance de tous ceux qui étaient animés des mômes sentiments ou' qui prenaient part aux mêmes tra-

;m,2fi; u., ix.

toimK i[y Gré^i'iri; U: <<r.i:i<l i:: ii:ins l:i <,ui '•'Oconle eiilro sn mort

et le couronnement de Cbarlcmnfe'nc ; noua devons, pour être clair», ni nu.) eu rép'-ler le- ilétiiïl-. :-n n.u;i,- 'ji riL[.]ii'lei- 'Vsi.-^ir'e dans dlBCUll îles tnblcnui que- non- iv.ir jni, ;i iei déni q.oqucs successives iîo la con»titntiun puliiiiiuc ili, l'Italie.

vaux, à entrer en communication plus intime, à se lier d'une solidarité plus étroite, à prendre des engagements communs, à so donner des lois, des règlements, un chef (1). La naissance des scholœ militaires, le développement des schokc industrielles, étaient destinés à exercer une grande influence sur la civilisation en Italie, et contenaient en germe la vie communale, qui devait, quatre siècles plus tard, s'y épanouir avec tant d'éclat. En se faisant soldats, les citoyens reprenaient l'amour de l'indépendance et la dignité du caractère, et en s'associant ils apprenaient, pour s'en servir dans une plus haute sphère, la pratique de la liberté el des affaires.

En face d'une société où se montrait déjà toute formée une hiérarchie nouvelle, d'un gouvernement concentré tout entier dans l'aristocratie, d'une aristocratie où le principe d'hérédité commençait à poindre, mais qui ne se composait encore que des fonctionnaires de l'ordre ecclésiastique et militaire, et qui se recrutait presque exclusivement parmi les riches et les grands propriétaires, seuls capables d'acheter les hautes fonctions, on comprend qu'il ne restait plus aucune place pour les anciennes institutions municipales, et, en effet, elles avaient entièrement disparu.

A partir de la seconde moitié du huitième siècle (2), les écrivains contemporains font, il est vrai, plusieurs fois mention du sénat romain; mais ce nom,

(1) Coœparoi ; MaMIIon, .V allam ilalinm, II, ordlnu Romani. PI Le nom du Sfuat reparaît pou la première fuis en 75T.

EN ITALIE 117 sous leur plume, a perdu comme lant d'aulros son ancienne signification. Il ne peut désigner une assemblée, un conseil délibérant, car alors on trouverait ce conseil mêlé à tous les actes cl à tous les événements importants de la cité ; on le verrait figurer dans l'éleclion des papes, . dans les rapports du duché de Home avec les Longobards, avec les Franks, avec les Grecs, dans la conduite des négociations, dans celle de la guerre, dans la demande de secours qu'Élienne III adresse à Pépin et à ses fils, enfin dans ce grand acte de la création d'un Empire d'occident et do l'élévation do Charlemagne au trône impérial. Dans aucune de ces occasions il n'est question de lui. Ce ne sont pas des sénateurs que le Pape charge de ses ambassades, ce ne sont pas des sénateurs qui l'accompagnent à la cour des rois franks, lorsqu'il va les implorer ou les sacrer, ce ne sont pas des sénateurs qui occupent les hauts emplois. Que peut-on donc entendre par ce sénat qui n'agit pas, qui ne se réunit pas, qui ne constitue plus un corps? Rien, sinon l'aristocratie, la classe des optimales. C'est ce qui ressort clairement des passages où ce mol de senatns est employé. Une lettre est adressée à Pépin par le peuple romain : Omnis scnatns au/ite universi populi gcneralitas (1), et le pape Paul I", parlant à Pépin des auteurs de celle lettre, se sert à son tour de l'expression cunctiis procerum senatus att/ue diversî populi congregalio (21. Pour

(1) Ccmii, Jlonum, domina riM fi po-fif., I. ], i V . 16. (Coi. forai., 3*.

(2) M., Mi., «p. K.

lui les mois profères et senalus sont donc équivalents. Dans plusieurs lettres d'Adrien 1" ou trouve citées les différentes classes ijiii composent la nation, et la place qu'occupe dans I Y 1 numéral ion lo mot senalus ne permet pas du douter qu'il ne signifie la classe aristocratique, les proceres, les optimales (1). De môme, Anaslase, dans plusieurs de ses récits, désigne sous le nom de scnalns les mêmes personnes qu'il a précédemment appelées proceres (2), et ce qui n'est pas moins concluant, on voit la noblesse frankc et espagnole décorée aussi par les écrivains et les chroniqueurs contemporains du titre de sénat (3). Lo mot senatus conserve à Rome, an neuvième siècle, la même signification que dans le septième et le huitième (-i). Au dixième il disparaît et l'on trouve seulement le nom de senator dans le sens de seigneur, de prince de la cité. Théodora et Marozzia sont sénatrices. Jean XI est appelé senator ainsi que Crescentius qui domine dans Home au temps d'O-

(1) • Cum ciinelo ("Wi, ?™a;n, et uniwr.o :;o populo. » (Ceoni,

<sp.S9,p. 351.)

■ Cum noîiria Epifopii MMtdotibm eloro «tqiie Milita, cl onîwno nMlro populn. . (H., bd. 63. |

PI Anostsa. t[md Montloil, SeriptW., t. III, p. IB1 B, lB.ï C, lyl D. — Vila II r.lrfan/. I (TT4).

H., Mi,, VU. Lan. Ul CI9SJ, p. 195, IBS.

(3) Chnn. Kolutae, un. 8»1: hd mnniu Francomni. Vita Valu, II] «put l'erti, Mmum. G«na.,n, p. 661.

Damu, Çntaliwj (îjnmhjii. i,i., mi., p. ï!>8.

Avilira, arclwi-.-.pi,. ,1,: Vi.Tiin', <li'-ii;iir> |..ir In nom ili> wimftu, 1b BobksM do ccllo ville, « l,i,l„ re U( , Hf.j.,, v „, ],. llu , me moti ]fs gn,,,,!,, d'Espagne. (Voyn V 0n Saflgoy, Ihith. Sa r. B.,I,v„ ut Ilngel, pngo 278.

W Voy« Anjutm., V. J> m b(, I, p. 213. - M., V. PaltnHH, E, 220.

EN ITALIE 119 llion III (1), et Romanus qui la gouverne sous le règne d'Henri II (2). Au onzième siècle, le titre de sénateur semble reprendre la signification qu'il avait au septième el ait huitième, de membre do l'aristocratie, et enûu vers le milieu du douzième, on voit reparaître le sénat comme formant une assemblée, un corps délibérant. Les historiens contemporains qui nous parlent de sa reconstitution ne nous laissent point ignorer qu'il avait cessé d'exister pendant cinq cents ans. n En ce temps, dit Gottfried, les Romains rétablirent le sénat, qui avait été supprimé pendant une si longue période, qu'il n'en était même plus fait mention a Rome « (3). « Voulant, écrit dans des termes presque semblables Olto Frisigensis, rendre à leur ville sa dignité antique, les Romains y reconstituèrent le sénat qui, depuis si longtemps, avait disparu (4) ».

Quelques savants, tout ou admettant que le sénat de Rome avait perdu son importance politique, pensent qu'il a cependant continue à subsister comme

— V. Crrjnr., IV, p. 221. Me. Voyei an»! Hegel, ony. ait Dir Smol., l«vol., P.280.S91.

(1) n™. (Wn., I.nrj 0=H"Ti-i<, np. Ihiralori. SrWjil., t. IV. p. 352.

(2) Clam. Fit/. t ip, Jlnmtori, S.-rr>lr,r f -, I. I!, pari. II, p. 521.

Jo sors ici, h pr ( i|ioi du iinv de »Hirnour, i-omino je ferai plus loir, à propos tin titre de consul, .le lu i^rio,!; lji.tt.ri.tao dont j'esquisse ]ea caractères pinérnns , afin do n'avoir pas a retenir sur une matière qnc la défunt do documents permet d'epauBr en lue] quel ligne*.

assemblée municipale, de même que les curies dans les autres villes. El à l'appui de celte supposition, ils en font une autre ; ils prétendent que les sénateurs et les euriales pourraient bien avoir changé de noms et pris celui de consules qui devient très-fréquent au huitième et au neuvième siècle (1), Leur erreur est manifeste. On sait que l'ancienne charge de consul, dépouillée à la chute de la république de la plupart de ses attributions, et réduite à l'honneur de donner le nom à l'année et à celui plus onéreux de donner des jeux au peuple, se prolongea en Occident jusqu'à la lin de la domination des Oslro^otlis (2) . lin Orient, après avoir été plus d'une fois momentanément confondue avec l'Empire, elle finit par être entièrement absorbée en lui , et jusqu'à Constantin Pogonalus les empereurs se firent appeler consuls. Mais, comme le consulat n'était plus qu'un vain titre, ils ne se le réservèrent point exclusivement. Ils le donnèrent ou le vendirent (3). Déjà au sixième siècle, on trouve à Home et à Con.-lantinnple un grand nombre de sénateurs qui en étaient revêtus ; leur rang était immédiatement inférieur à celui des palrices (i). Au septième et au huitième siècle, ce ne sont pas seulement les hanls employés de Home et de Ravenne, mais la plupart des hommes considérables qui portaient le

(1) Voyci Von Savigny, Oach., J>i ram. RkMj im HUM., 1. 1, j. 309. — Heimiob Lpo, Ouck., IM., t.l. — Papeudcort, Oath. ttrSladt flom

. EN ITALIE 121 nom de consuls, et l'on voit figurer ce nom dans loutcs les occasions importantes, dans les élections des papes, dans le concile oecuménique de Conslanliuople tenu on (i80, dans le concile rasscmbléàRome à l'occasion de la querelle des im;ipr. , .-=, dans les ambassades des papes (1). Les ducs de Napies et de Venise s'appelaient consuls; et ce titre, auquel s'ajoutait l'épithète Iiouorifique d'cmmenlissimus, devenait de plus en plus commun et semble même pouvoir s'appliquer à tous les membres de la haute noblesse (2}. Au neuvième et au dixième siècle, il devient plus commun encore, perd par conséquent de son importance et se trouve accollé à des noms d'emplois d'ordre inférieur, et même donné à des négociants. On trouve souvent dans les diplômes les expressions consul et tabeltio,co)isittetmagistercettsi, consul et dativus, consul et negociator (3) . Au onzième siècle le titre de consul semble devenu une pure distinction héréditaire dans certaines familles qui sont appelées consulaires comme d'autres sont appelées ducales. Enfin, au douzième siècle, il change encore de signification et désigne les magistrats librement élus par les cités ou par les corporations, et je ne

(1) Yoyei Ubtr W»rmw, c. Il, otAnastaa., spud llurotori, SeHftar., p. 13IÎ, 158.

(S) Anaslaa., VUa Grrgar, III, Vit*. J 3 o(/uraij, olo. . In uiium um» nieiilibua nol.ia, iil est Eieerdotiliu, cl rcli<|uo omiii CIcro, ™inciiti6simis tomu/iùui ot gtoriuii jaditibm ac oniveniiila civium ■ {Libtr Diùmvi PcnUf, roman,) De liclw:»; l'outiLi'-is i-.ii uri4: iq-i-- so[.iinj liavonuiv.

[3) Gdlattt, M Ptimiarà, T, H, a. — Muini, 101, 103, 1(13. — Dipl.

dois pas taire qu'on le rencontre déjà une fois au cinquième siècle employé dans ce dernier sens (1). A aucune époque, quelque obscure, quelque vague, quelque mobile que nous semble la condition des consuls, on ne peut voir en eux les membres d'une assemblée municipale. Une telle assemblée n'existait pas. De même que dans nos sociétés modernes, à l'heure des grandes perturbations, l'état de siège suspend dans une ville, ou la dictature dans uu Étal, toutes les libertés cl tous les pouvoirs auparavant distincts, pour les concentrer dans une seule main, de même a Rome et dans les parties de l'Italie que l'abandon des empereurs grecs avait livrées aux dangers d'une invasion longobardc, les anciennes institutions, déjà profondément altérées, s'affaissaient sur elles-mêmes, et une sorte de dictature passait aux mains do l'a ri si oc ratio militaire ou ecclésiastique.

L'organisation judiciaire elle-même, si intimement liée à l'organisation administrative, avait dû subir de grandes modifications, et le droit de juger se confondre avec celui de commander. Pour le septième

h !■■ luiili' I", l'i.i-i'-ir-- ii- i> iv- 1. •irrul '> ni

sujet aucune lumière. Nous voyons seulement au temps de Grégoire le (irand les jugements par voie d'arbitres, prendre dans les contestations entre laïques et ecclésiastiques, avec un plus grand développement, des formes mieux définies. Les prêtres no pouvant être traduits que devant l'évèque, et celui-ci

fl) . ... FsmrBbrorumiconsulibi.., . Cïl-il dil dans l'liMmrc de l'Eru.i;c Ampelius. Aet. SS 1 i mil, 1. 111, p. 1Û7.

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étant souvent récusé par les laïques comme suspect de partialité, les deux parties choisissaient leurs juges (1). Il en était de même pour les contestations entre Romains et étrangers.

Le droit romain n'avait pas cessé d'être en vigueur; on en a quelques preuves pour Ravenno (2), et à Rome, en ,on voit Charlemagne s'en autoriser pour condamner à mort ci;a>me coupables de lèse-majesté ceux des habitants qui s'étaient révoltés contro le Pape 1,3). Le système des lois personnelles commença à poindre dans les premières années du neuvième siècle. On trouve un jugement enlre Romains et Longobards rendu dans une ville romaine, à Viterbe, en 800, suivant le droit longobard (ï), et à Rome même on trouve un autre jugement rendu suivant la loilongobarde en (S). En 821, la constitution de Lotliaire étendit l'usage des lois personnelles qui n'avait été jusqu'alors que très-restreint et tout exceptionnel, et comme la conquête des Franks avait amené un assez grand nombre d'étrangers à Rome, chacun des habitants fut appelé a déclarer suivant quel droit il entendait vivre (6). Mais il n'est pas douteux, vu la .

(1) Greg. Hag., £pl*t„ VI, 11. — H., fùW„ llb. IX, 13, M.

(2) Fantmii, lf onum ™/; Ruminai., 1. 1. p. 134, 277 si. II, p. ZI, 31] i. IV, p. 215. SOI, etc. - M*rini, ï'npiri, n'BO,— Voyw Von Savigny, oiit. dW, 2' vol., etinp. XIII, % 73.

nam Ht inniastnlis re! cnpilit damnnti mnt. »

1 1) Apnn Troja, JWla ™<(ii. Rira., g M2, Dor,, n- vu. (51 «, lUd., Dwojn. n' Tin,

(fi) ■ Volnmni ut cimctns populua Bomiinua interrogelnr qoali legs

supériorité numérique dos Romains, que !o droit romain resta prédominant, et en 8i7, Léon IV nous apprend qu'il était en pleine vigueur (1).

Telles sont les vicissitudes politiques et sociales que Rome a traversées dans la période qui s'écoule entre la mort de Grégoire le Grand el le couronnement de Charlemagne. Délivrées en même temps qu'elle, el par le contre-coup des mômes événements, de la domination des empereurs grecs, menacées comme elle de l'invasion des Longoburds, les autres parties de l'Italie qui devinrent indépendantes curent pendant la même période des destinées analogues, destinées dont les nuances s'elïacent à travers la distance des temps et la pénurie des documents (2).

La révolution suivit partout les mêmes pliases. Les empereurs grecs, de plus en plus faibles, sentaient l'autorité leur manquer chaque jour davantage. Kilo leur échappa tout à fait lorsque, occupés en Orient par la guerre civile et la guerre avec les Sarrazins, ils ne purent plus envoyer en Italie de nouvelles troupes. Chaque ville dut aJors se suffire. Les habitants formèrent une milice, dont chaque quartier correspondit à un régiment ou schola, et en confièrent le commandement à uu duc. Ces ducs, dont le nom avait

HiM. » (Cou/ff. OTMorfJ ■ 1

(1) ■ ... Sïcut Hactcnuj Ilomana lei viguil. •

(3] Ko dehors iliss rtmuili .!e iii|.l,'.nn\ ijiii ^oiit trts-peu abondants pour rrllc ûnoqui.', nous ne trouvons fjirf <!,■ tiimrvn^i [.roorcs n lions iklairtr que dans Aiinatasiuf, JM6f. rttx rom. J'anlijtetiu», ot dans Agualhu, Lih" tntlftait, 1[u Vil* PetUflc, Rattnaat.

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désigné autrefois dos généraux d'armée et plus lard de simples commandants de place, tantôt réussirent à rendre leur pouvoir héréditaire, tantôt restèrent électifs. Partout ils réunirent ainsi que leurs subordonnés, les fonctions civiles aux fonctions militaires; en même temps que les défenseurs des villes, ils en furent les gouverneurs. Les évoques conservèrent à côté d'eux une large part d'autorité, qu'ils savaient mériter par leurs services et que rajeunissait d'intervalle en intervalle l'élection populaire. Ici plus ecclésiastique, là plus militaire, la constitution de toutes les villes participa partout, à la fois de ces deux éléments, et, démocratique dans l'origine, lendit de jour eu jour à devenir aristocratique. Dans la formation de ces pelits gouvernements locaux et concentrés, il n'y avait plus de place pour lus curies. Comment auraient-elles pu subsister en Occident parmi tant de causes de ruines, lorsque en Orient même, elles avaient disparu, tellement que l'empereur Léon le Sage pouvait en parler au neuvième siècle comme d'une institution depuis longtemps abolie'.' La mention que l'on trouve d'un excepter caria et de l'édifice de la curie à Havennc au neuvième siècle, et de euriales à Naplesau huitième, n'est point une preuve que les curies se soient maintenues dans ces deux villes (1). Ce nom de curie, qui de nos jours signifie à la fois en Italie et le tribunal épiscopal et l'office des notaires, élaiteomme tant d'autres resté en usage

(1) Knntuui, p. Jrï2. IThhbmmM. Bmnnal, cl U„ IUd., X. I, n" 10, 20 : 1. II, 11" 20.

en changeant du signification, et nous le trouvons employé aux onzième et douzième sici les pour désigner la cour du prince, une cour de justice. Il est probable que c'est le sens qu'il avait déjà deux siècles plus tilt, sens qui dérive par une transition toute naturelle des attributions judiciaires qu'avaient eu aussi les anciennes curies.

En même temps que l'élément purement civil disparaissait du gouvernement, il disparaissait aussi de la société. Une nouvelle division des classes y apparaissait; la milice sortie du peuple s'en distinguait et s'élevait au-dessus de lui, et les chefs de celte milice qui occupaient lotîtes lu; hautes fonctions formaient, en devenant héréditaires, Je noyau d'une aristocratie militaire à côté de l'aristocratie ecclésiastique. C'est à la première de ces aristocrates que furent réservés un moment les litres assez difficiles à définir de consuls et de senatores et toute; les deux portaient en commun ceux de procerea et d'optimales.

Les îles delà Véuélie, grâce à leur situation, avaient été les premières à se rendre indépendantes. Elles étaient gouvernées au nom de l'Empereur par des tribuns qui relevaient du duc le plus voisin de terre ferme. Lorsqu'après la conquête des Longobards, leur population se fut accrue d'un grand nombre de riches émigrés romains; lorsque, par suite de l'élablisseincnt d'un patriarche à Grado, elles formèrent un district ecclésiastique dislimt, et que le commerce eut accru leurs richesses et leur importance, impatientes des vexations ;m\qucllus les soumettaient les exarques, elles se donnèrent un cliof (697) ou duc,

avec pouvoir de nommer des juges et d'assembler le peuple. Des relations ne tardèrent pas à se renouer entre elles et la cour de Constaiitiiiople, mais presque sur un pied d'égalité. Leur puissance se développa assez vite pour qu'elles fussent capables de résister a tous les efforts que fit Pépin pour les réduire, et elles devinrent l'intermédiaire de toutes les relations entre l'Occident et l'Orient.

Ravenne, une fuis délivrée des exarques, resta une petite capitale et se modela sur Rome. L'archevêque fut un pape au petit pied, ayant comme le Pape une sorte de ministère, son priniieerius et son secundicerius nolariorum, et une petite cour.

Naples resta plus longtemps soumise aux empereurs d'Orient qui y conservaient un reste d'autorité au moyen de leur flotte de Sicile , et s'y faisaient représenter par un magisler mililum portant souvent le titre de consul. Slais vers le milieu du huitième siècle, elle s'affranchit a son tour et se donna un duc. La dignité de duc fut pendant assez longtemps conférée par L'élection populaire, puis elle se réunit avec celle d'évèque sur une seule tète, et les deux fonctions, pendant le neuvième siècle, devinrent le patrimoine d'une famille (1).

Gaëte et Amalfi se détachèrent du duché de Naples dont elles faisaient autrefois partie, et constituèrent des duchés ou consulats séparés qui devinrent héréditaires dans le dixième siècle (2), et la souveraineté

(1) Joh. Dincon., Chroa. E/jiiniji. .Ve.ijwl. /■:,'<■ If. -i.r; npuil Muruturi, Scriptor., 1. 1, part. II, cap. 41, an. 789, — M., (Mi„ Possim.

(ï) Fcdetioi, jtyli anlicki Dmhi c mmoli dtll.i niti Ji tiattn. Knpoli 1191.

128 DE LA CIVILISATION EN ITALIE achevant de se morceler, Ferrare, Fernium, Ancône, Auximum, Pérouse, se donnèrent aussi successivement des ducs.

Lu Sicile cul une destinée à part, les anciennes institutions romaines s'y maintinrent, mais transformées par le temps, annulées par le despotisme bysanlin, el les patrices avaient fini par être des gouverneurs à peu près irresponsables, lenus seulement de payer un tribut déterminé, lorsqu'au commencement du neuvième siècle, les Sarrazîns s'emparèrent de l'île. Elle fut alors gouvernée par un émir, et à la tète de chaque district fut placé un alcade réunissant dans ses mains tous les pouvoirs. Quelques villes qui ne s'étaient soumises qu'à la suite d'une capilulation, conservèrent, comme ou l'a très-bien fait remarquer, leurs ducs appelés straticoti, qui devaient traverser encore la période de la domination normande (1).

Chaque ville se séparait pour vivre dans l'isolement. 11 n'y avait plus de pouvoir central. Partout la distinction des fonctions judiciaires, administratives, civiles, disparaissait. Une aristocratie militaire tendait à dominer partout et commençait à devenir héréditaire. La société romaine à son dernier déclin se rapprochait en plus d'un point de l'organisation germanique que les Longohards avaient établie dans l'Italie septentrionale et que la conquête des Franks allait bientôt modifier.

(1) Vojci II. Léo Bock, Itùlit»., II B.

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