‹ Essai sur l'histoire de la civilisation en ItalieChapitre 5 sur 12 · SOUS LA DOMINATION · texte numérisé non relu

SOUS LA DOMINATION

DES FRÀNKS

I. Les Longolarda et les Pipes. — Les Franks appelés en Italie pi Pnpcs. — JusiillfTitioH île l:i i;i.i!.luitg 'ht Pnpcs. — Courmineme Pépin. — Donatinn Je Pépin nu Snint-Sit-e. — Étendue de eotle . tion. — Fousoirs concédés an Pape — Les Longobudl s'idlieni

Il - lot leur^

1ère. — Rétablissement du l'Empire d'oeeWant. — La Papauté

— Leur origine, leurs sources, leur date, leurs principes, lenrs résu Saint Ponifacc et les <j\*".]ue- iYii:i:;-. — Coup O'ccïl rétrospectif 5

La lOgishtio:! civile. — I.c .lr:ii: lonaoliard r«to prépondérant; prouve? tirées des diplôme.?, — (jr^iii.i^jiion du l'uni;:; ■.„■- roTijéqnenccs. — Lu Féodalité; les Alleu (t les Fiefs. — Les hommes libres et lu petite pro-

priéte disparussent. — F;iilde.-e de la royauté. — Aliénation lis ses droits. — La féodalité aiai-nc la ir:Hi:.li,riiiiitLi>!i Je l'organisation militaire. — La féodalité durs l'Eplisc. — Les cvî.jues dans lo rovrramo lon^obord et Juin le royaume frank. — Élévation du «-ourfreld des ocdcBi.lsl innés.— Juridiction eec\-.-:ri'l — Immunités. — Leur naissance, leurs progrès. — Les lîeuomtu a i idat i 011». — Les l'nScaires. — riflircDlES olliui do personnes. — Le" hommes libre». — Les vassaux, Jus cuusitj;res, les corvées, les colons, les serfs.

III. Les Couvents. — Les Moines font partie du nlngB. — Nombre et richesse do-- couvent-. — ■ T ■"■ — L d.^ couvents. — ltapports des couvents avec les évCques. — Couvents rnviinx .•[ pi.ntifi'-aux ; leurs privilé-res.— Mesures pri-c- par Us mis [■r.i.tn: i'anil'iiiiin Je- moines. — Immunités des couvents. — Saint Benoit d'Aniane. — Les Convenu et la Féodalité. — Disparition des simples couieuts lilire'. — [je rler^e 1 -ceulier. — Les MiHro|olitains et les ovfuues. — Les Primats. — Les. Métropolitains elles Papes. — Les Jlëlri'i olituin. d'Ilultc ; lliiiciuur do lieirns. — Les Archidiacre:, et les Ari !.:; i e!ic-. — La \ ie raraniinplc, — l'en* tendauces opposées djms l'ti-lise. — Elections épiseopulcs. — La Dîme. — Lo droit de patronnée sur les Églises. — Happons des évè<iucs avec lo has

clergé Corruption .lu clerstf. — Oonrede vie des évoques. — L'Église

en Italie sous les Frankstson rôle, son influence.

IV. Causes do la chute .le LT-mpire, d'occident. — Lnlto de la Papauté cl de l'Empire-. — Fou on notera. — Ses r-nusequenoes pour l'Italie, pour la civilisation générale. — Louis le Débonnaire. — Vaselial 1". — Lo-

las 1", 1-otliake'ct Waldrade. — Lutte de Nicolas 1" contre le» Métropolitains! Hincmarde Koirus. — Les Papes ut l'Orient. — Photius. Les Bulgares. — Adrien II ot Charles Je Clianve. — Triple éclico d'Adrien. — Faiblesse matérielle des Empereurs. — Jean VIII relève la pui ;: L,:].;e Je la i h .j[-.,;ik clii'-i loi ni: - [>:ir Adrien II.

iNgus asous vu lus [luinis clondrc uu loin leur influence pur lu propagande civilisatrice tics moines et dus évêijues, fonder leur autorité dans Rome sur l'af-

EX ITALIE 1311 faction reconnaissante dus peuples, et se rendre indépendante des Grecs par le soulèvement do l'Italie catholique en faveur du culte des images. Une tâche plus dillicile leur restait a accomplir. Les Longobards aspiraient à soumettre toute la Péninsule; il fallait arrêter leur marche envahissante et ne pas leur laisser recueillir l'héritage des empereurs. Seuls, les papes n'auraient pu y réussir. Ils avaient en vain essayé de semer la division parmi les Longobards, en poussant les ducs à la révolta contre les rois, stimulé le mouvement de réaction qui s'était, manifesté parmi les Italiens contre les barbares, et groupé habilement autour de Rome toutes les résistances nationales. Ils étaient à bout d'elfurls, ils sentaient que ni par les négociations, ni par la guerre, ils ne pourraient seuls se délivrer de leurs ennemis, et que leur indépendance si laborieusement acquise, allait périr. Ils eurent recours à l'épée des Franks.

On les a accusés d'avoir ouvert ainsi la voie aux interventions étrangères, qui ont élé depuis le fléau de l'Italie. C'est la une accusation pleine d'injustice. L'idée d'une patrie italienne n'e\istait point alors et ne devait sortir que bien tard, comme le fruit d'une amère expérience, des longs déchirements du moyen âge. Comment, les papes auraient-ils éprouvé les scrupules que celle idée seule pouvait l'aire naître, scrupules que Dante n'a point connus, et dont Machiavel, le premier, a été l'éloquent interprète? Pourquoi auraient-ils renoncé à celte autorité qu'ils avaient conquise par des services et des dévouements séculaires, et se seraient-ils résignés, après avoir porté

si noblement le fardeau de la souveraineté, à redevenir des sujets? Quel devoir leur eût commandé cette abnégation ï Ce n'était point d'ailleurs pour eux seuls qu'ils combattaient , mais pour lo peuple et au nom du peuple entier. Les Romains voulaient rester Romains el repoussaient les Longobards comme des ennemis et des barbares. Ce n'était point contre la patrie, c'était contre les étrangers qui menaçaient de la soumettre, que les papes invoquaient un appui étranger.

Sans doute, si l'Italie eût été réunie alors tout entière sous un seul sceptre, elle n'eût point été condamnée à consumer son génie dans d'éternelles révolutions, et fût devenue une nation puissante. Mais celte unité de l'Italie n'aurait pu s'accomplir qu'où amoindrissant la Papauté. Lu Pape à Rome, en faco d'un roi, n'eût plus été qu'un patriarche, un sujet exposé à des faveurs ou à des persécutions également corruptrices. 11 n'aurait pas conservé son indépendance, qu'un État, pour petit fût-il, lui assurait au milieu d'une Europe partagée en petits Étals. Sans pouvoir temporel, dans des temps où la terre donnait tant de relief à l'homme, qu'il s'absorbait en elle, il n'aurait trouvé ni la même docilité, ni le môme appui dans les évoques féodaux, possesseurs de domaines immenses, plus barons que prêtres, plus familiers avec l'épée qu'avec l'Évangile. Et dos lors que serait devenue l'unité do l'Église, son influence, le rôle qui lui était réservé dans la transformation du monde? Le Christianisme, on ne saurait le nier, a été le plus puissant instrument du progrès au moyen uge; c'est

lui qui a donné aux hommes une conscience nouvelle, qui a servi de lien entre l'antiquité et les barbares, et crée l'unité morale des sociétés modernes. Or, la Papauté était lo centre, l'âme du Christianisme. Elle était à l'avant-garde du progrès. Tout ce qu'elle eût perdu en autorité, l'avenir l'eût perdu en civilisation. Au-dessus des destinées de l'Italie, il faut savoir mettre les destinée? do l'humanité.

Les papes furent heureusement servis par les circonstances. Dans le cours de leurs luttes contre les Longobards, luttes dans lesquelles ils curent l'habileté d'obtenir, malgré leurs défaites, la cession de quelques villes, Sulri, Amelia, Orta, Bomarzo, Bieda, ils s'étaient déjà adressés aux Franks. Grégoire III (731-711) avait envoyé au maire du palais, Charles- Martel, vainqueur des Maures, les clefs du tombeau de saint Pierre, les chaînes dont avait été chargé l'apôtre, les insignes du patriciat romain, et lui avait demandé des secours (1). Charles-Martel, vieux et malade, s'était contenté do promettre son intervention. Il se souciait peu d'entreprendre une guerre où il y avait pour lui peu de profit à espérer. Son Gis Pépin tint une autre conduite. Désirant mettre sur sa lete une couronne dont il portait depuis longtemps le poids, il sentait le besoin de lever les scrupules de tous ceux qui se croyaient enchaînés par leur serment au dernier héritier des Mérovingiens, Childéric? Les papes seuls pouvaient rassurer les consciences, briser les derniers liens de fidélité du peuple

(IJ FWdee., III, 110. Voyci LcliUerou, flMm* in fui. Corel., f. 32S.

ii l'ancienne dynastie, et affermir les adhésions à la dynastie nouvelle. L'ne ambassade solennelle fut envoyée à Rome, et le marché promptement conclu. Pépin fut saeré à Soîssons, dans une assemblée de la nation, par le léçat du pape, l'apôtre de la Germanie Bonifaee, évèque de Mayence, et bientôt le pape Etienne II passa lui-même les Alpes, le sacra de nouveau à Saint-Denis, ainsi (jue son épouse Berthrude et ses deux lils, Charles et Cui'loinau, et menaça d'excommunication les Franks qui, à l'avenir, chercheraient des rois dans une autre race que la race carolingienne (1). Pépin devait service pour service, il entra en Italie, battit le roi longobard Aslulplie et le força à céder an Saint-Sié:;c Havenne cl plusieurs antres villes du duché de Rome. Mais a peine fut-il rentré dans son royaume, qu'Astulphe, refusant d'exécuter les conditions du traité, reprit sou altitude menaçante, l e Pape effrayé adressa à Pépin, au nom de saint Pierre, une lettre où il mêlait habilement les menaces aux prières (2) : ■ On n'a pas voulu nous rendre un pouce de terre, dit-il ; les pierres elles-mêmes pleureraient pour nous tant sont

^ (1) ■ Postes fer ninmn >1f r l.rini TWinri^ in r.-™ cl Patridnm mm

cl Wiu'tlirms en... IWi(« I ViinruriDn i-T-ïii'-i f.— liciiedîi-iLone ot Ppiritu» tancli j!™''" coiiliniiavit e! 1:i!î cmiei-- iiil<Tilii;lu et «commun ion lionii Iqrc i-oustririxit n - M:,in.[iiriin iln hIîitIi:» liiiuH* vïkciii in mvo présumerait elijrcre tcd ex ipaoram qno« oe° et diiîna piatas csaltare dignata est

tirai PonliHcis C0ri1ii7ji:ire i-i nui a:.-r:ira rii -;.uMiît. • (AihlJ Dora lioil-

qost, V, S.)

|!) Apu'l Cennl,I,]S0.

EN ITALIE 137 grands nos malheurs. Écoulez-nous, 0 très-cher. Écoulez-nous et secourez-nous. Voici le temps de nous sauver. Sauvez-nous avant que nous périssions, ô très-chrétien. » Pépin entreprit une nouvelle expédition, vint mellre le siège devant Pavie, imposa à Astulphe 1rs mêmes conditions, aggravées du paiement d'une indemnité considérable et d'un tribut annuel, et, suivant sa promusse écrite, remit au bienheureux Pierre toutes ses conquêtes.

Il est dilticile de déterminer l'étendue de cette donation. L'acle original n'existe plus, et la prétendue copie (1) qui en aurait été conservée est évidemment fausse (2). Si l'on en croyait Anaslase, Pépin aurait donné au Pape l'Italie presque entière; mais Anaslase ôtc lui-même toute créanco à son récit par la fausseté des détails qu'il donne sur la prise de possession du territoire, prise de possession qui souvent ne put avoir lien; et sa longue énuméralion ne saurait ôtre exacte, car il y omet quatre villes très-importanlcs, Bologne, Ancône, Ferrare et Osimo (3), qui, d'après les lettres d'Klierine II et de Paul I or , faisaient partie de cette donation. Sou témoignage, ordinairement fort suspect, ne saurait jlonc ici être admis comme vrai. I.es limiles de la donation de Pépin restent indécises et l'on sait seulement par la comparaison des lettres des papes et des annales de Fulda, qu'elle comprenait outre le duché de Home la plus

(1] Apnd Fintmai, Mûmmati Hanaiiali, f. TT, .lip. H9. (2) Lia. Qtxhichti (taffciw.

grande partie de l'exarchat el les villes de la Penta-

pole (1).

En droit le pouvoir du Pape sur ce territoire n'était point nettement défini. En fait il était fort limité. Les villes dans lesquelles l'esprit d'indépendance commençait à se réveiller, étaient peu disposées à s'y soumettre. Les Longobards n'exécutaient pas fidèlement leurs engagements, ne livraient pas tout ce qu'ils avaient promis, reprenaient ce qu'ils avaient déjà livré (2). L'archevêque de ltavenne prétendait gouverner souverainement l'exarchat. Rome élait souvent déchirée- par les factions qui s'y disputaient l'influence les armes à la main. Et le Pontife, à côté de tant d'oppositions dont il était trop faible pour toujours triompher, rencontrait encore celle du roi desFranks. Il n'avait voulu se donner qu'ira protecteur; il s'était donné un maître. Pépin tenait moins de compte du titre de patries (3), par lequel on avait espéré fixer la limite de ses droits, que des nécessités de sa situation. Il se réservait la haute justice, faisait tenir des plaids solennels à Rome et à Raveune, et intervenait par ses missi dans toutes les grandes affaires.

(1) Jnnnl. Fuld., in. 7B6. — Apnd Péril., JUaiuimenJ. Mil. Orra, t. I, p. S4T.

Coin parra : Jluratori, Aut^uil. Idil., mril. .cri, 1. I, page 6-1 et suiv., et pnge 18i).

(2) Ccnui, Mmurn. Damln, Peatifi., i. I, an. 757, 765. Ep. 137, 153, 1«2, 137, m, 323.

(3) Sur la titre .le Piilricr, et les dorai ion a do Pépin cl île Clinrlerragna nu Snint-Siéee, ™j« mon Ëmi mr totigiae H lo fbnmMfcm de {État dr VÊgUn, p. MetauLv.

Di ].Ii:ù"J Ci:

Cependant les concessions qu'il avait arrachées par ses victoires aux Longobards, n'avaient été qu'un temps d'arrêt dans leur lutte contre les papes. La lutte devait recommencer jusqu'à ce que l'un des adversaires eût succombé. Le successeur d'Astulpho, Didier, reprit avec plus d'habileté les projets de ses prédécesseurs (!). C'était l'épée des Franks qui les avait toujours arrêtés dans leurs attaques contre Rome, il s'allia aux Franks,]et donna à leur roi Cliar- Icmagne, sa fille Désirée en mariage. Les papes firent de vains efforts pour empêcher cette union, et dénoncèrent inutilement les Longobards comme une race maudite et cruelle, d'où étaient sortis les lépreux, et qui ne méritait pas d'être comptée parmi les nations (2). L'inconstance naturelle et les passions amoureuses du grand roi, les servirent mieux que leur furibonde éloquence. Désirée ne tarda pas à ■ Être répudiée. Didier alors ne garda plus de mesures et attaqua Rome ; mais il fut battu et fait prisonnier par Charlemagne, qui mit sur sa tête la couronne de 1er (774). La domination longoharde ne disparut pas complètement de l'Italie, elle continua à subsister à

(1) I.'élivation tic Didier nu trône ùtait Juc à la faveur ils Pcpiu et unit toi accueillis avec joie par le Pape.

« ... Ex concilie. Pipiui Kcjrss,.. Dcsi.lcrium ltogem 'Lsngobanlomm instituunt. . {Annal, MêUm., a. 156.

• Doaidorius ih milisaimus, . (SUph. II, ad Pfppin. Epitlol.)

(fcuus orici ccrluoi est. • {Cad. Carat,

Dlî la civilisation;

Bénévent. Le duc Arichis, pour mieux marquer sou indépendance, prit même le lilrc de priuee, et les Franks ne purent l'assujettir qu'à un hommage et au paieDient d'un iribul annuel.

Pendant ses expéditions en Italie, Cliartemagne, imitant la'conduitc de son père, fit deux donations au Saint-Siège. On ignore si la première, qui date de l'an 771, fut simplement la confirmation décolle de Pépin ou y ajouta de nouveaux territoires. Anastase nous dit qu'elle comprenait non-seulement la plus grande pnrlic du royaume loligoliard, mais la Corse, la Sicile, l'islrie, la Vénélie et la principauté de Bénévent (1). Il en eût pou coûté à Charlcinugne de se montrer plus généreux encore, puisqu'il donnait co qui ne [lui appartenait pas. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il occupa militairement, pendant un temps assez long, outre l'État qu'il venait de conquérir, plusieurs parties du patrimoine de saint Pierre (2]. lin 788, il fit au Saint- Siège sa seconde donation. Elle comprenait Rosette, Populonia, Arec, Sora, Aquino, Teano et Arpino (3). Mais la plupart de ces villes ne tardèrent pas à faire retour aux princes longobards de Bénévent, et les papes n'y obtinrent jamais que la cession des couvents, des demeures épiscopales et des biens communaux, les officiers du roi des Franks y réservant expressément

(1) Aiuutn*., WitYîgnoli, t, II, f, m.

(3) Boriri::, >f-Ji i'J fj^jnnj'r. /.viij.n r.r^i- ■>■!!./ Srjr- „[mslo!ira mllt tint

Sitfll», 1. 1, p. « et tiiiv.

m ITALIE

tous les droits 'le souveraineté à leur maître (1).

Pas plus sous Charlemagne que sous Pépin, le Pape n'exerça sur le territoire qui lui avait été donné, les droits d'un prince souverain, mais il ne fat pas non plus réduit à la possession du domaine utile. Sa situation fut celle d'un vassal sur un bénéfice doté des plus larges immunités. Il administrait librement sous la suzeraineté du roi. Il nommait les fonctionnaires ; mais les envoyés royaux, investis de la juridiction suprême et d'un droit de liante surveillance, contrôlaient, réformaient tousses actes, recevaient tous les appels et toutes les plaintes. Après son élection, le Pape prêtait au Roi, en même temps que le peuple et les grands (2), un serment de fidélité dont la formule 'nous a été conservée (3), et lui envoyait à titre d'hommage la bannière do lu ville et les clefs du tombeau de saint Pierre (4). L'autorité militaire était réservée au roi ; c'est lui qui investissait et nommait les comtes; la justice se rendait en son nom (5), et les eam'lulaires qu'il promulguait étaient obligatoires dans toute l'étendue du royaume d'Italie et pour le Pape luimôme (G) . Bien plus, on vit des papes se soumettre

(1) Vo;-ci Canal, Mmvmnt. ru™., un. 7aa. Efiitote HudrUnf, I. (1>1 Voyez Ceiiui, f:'i>. «!), 1. <lM ,a k>iji.,ul, t. l,p. 48T,

(3) Apud Parts, t. IV, -i, p. liiu.

(4) > Mux per Lf(j Mu- -y,;, cIilïm r;i,nt'u4s!oii:- S, l'clri uc vexillmn I!oinrc lirliis cuinnliis imm.:nl.if. mi-il, ri>};:ivili|HC ut nliqwiin ilo axa

Ojltimytil'Llb lî.llLlLMn III [fi. T,:' r lli 1 ■ . ] ■ : L : 1. 1 1 1 L ]fuM.JHHHl iul .UJIID li<lom Af^UU

oiibjeclionein per sncrupieuw jîrmiu'ci. • (Kinkird., Junaf., tuin. 7'Jll op. P*TtI,I. 1«3.)

(5) Cenni, ITonum., t. [, p. ivo et >»iv.; 531 asuiv.

(.i) Knluli ..■il.. ■.'■(, l-ilj.. Wi. — U.-WU, iil„ I, .16" J

11, SI, bî.

non-seulement aux décrois, mais au jugement des rois (I).

Les expéditions des Franks avaient ainsi délivré le Saint-Siège du danger que lui faisait courir le voisinage des Longobards, et lui avaient valu avec l'acquisition de vastes domaines destinés » devenir avec lo lemps un royaume, l'extension de son autorité religieuse, source pour lui de loules les autres, d'abord en Lombardie, où jusqu'alors l'Ëlat y avait mis de salutaires limites, puis dans toute l'étendue de la monarchie franque, où la fréquence et l'importance de ses rapports avec les princes, ne pouvaient qu'accroître la vénération du peuple cl la docilité do 1*6piscopat. Le rétablissement de l'Empire d'occident allait bientôt consolider et étendre ces conquêtes matérielles et morales de la Papauté.

Au milieu de l'anarchie qui agitait le mondo et de l'impuissance des États à s'établir sur des bases solides, parmi tant d'éléments cou Ira ires qui fermentaient dans la société avant de s'y faire une place, il y avait un besoin universellement senti, celui de l'ordre et de la régularité. C'est le malheur des hommes d'être tour à tour trop ou trop peu gouvernés. Les regrets des peuples se reportaient alors vers l'Empire romain , dont ils avaient oublié l'oppression pour ne se rappeler que la régularité de son administration, la sécurité qu'il donnait à tous les intérêts, sa puissance et sa grandeur. L'Italie surtout, où les souvenirs étaient plus vifs, mettait là son idéal, et

(1) Jhiratori, Jnmtft, inn, Î99, Boo, «15, 823, 855.

nous la verrous pendant longtemps, persévérante dans ses illusions, poursuivro la reconstruction chimérique de ce passé, an point d'y sacrifier son indépendance et sa nationalité. Les papes partageaient ces sentiments de leurs contemporains, et au milieu des dangers contre lesquels ils avaient si heureusement lutté depuis que la cour de Byzance les avait abandonnés à eux-mêmes, ils regrettaient le bras protecteur des Constantin et des Tliéodoso. Travaillant à l'unité morale du monde, ils pensaient que l'ancienno unité politique de l'Empire eût été pour leurs projets et pour leur œuvre un grand appui. Ils mirent la couronne impériale, considérée comme vacante en Orient parce qu'elle était tombée aux mains d'une femme (1), sur la tète de Charlemagne. Pouvaient-ils s'assurer un protecteur plus dévoué que ce grand roi toujours vainqueur qui, après avoir sauvé l'Église de Rome, l'avait si richement dotée, qui était assez éloigné pour n'être pas dangereux et qui appartenait à cette race de barbares plus disposée à s'incliner devant le prêtre qu'à lui résister ?

La Papauté sentait bien et elle avait déjà éprouvé que c'était sur l'Occident qu'elle devait fonder ses espérances toujours grandissantes d'élévation et son

(1) ■ Lt quia jom lune cossatnt a parte GrKCorum nomen Imporntoris et JtmiTicuin Impeijuiij ii'v.id ::;iU'i:i!it h ïuill 1 vi .nui est et ip60 apoatolico Lconi et uni venta snuctia Pnlribui qui in ipso concilie- aderant, ficu Toliquo Cliristimn populo, ui i[i:i'.nj Kiiiokmi n-rra Frntilîoruni Illipsralorcm nominarc dobuiisent qui ipsani Komam tetiebiit, nW semper CœBaris BoJoro iolili eraul ecu rcliquas so'kv ijuas ipso [itr lulinm sco Galliam, hoc lion et Gcrmauinm tcucbnt. t (boitai. JLunr,, npurl l'ert!, lib. I, SU, ami. SOI.

144 DE Là CIVILISATION

ambition do dominer toutes In consciences. L'Orient, conservant le dépôt de lu science antique, était raisonneur et subtil, toujours prêt, dans son orgueil, à enfanter de nouvelles hérésies. L'Occident était encore à cet âge où !a pensée des peuples ne s'est point éveillée. Au milieu des frénésies de !a force, il n'avait pu s'élever ni aux loisirs de l'étude ni à l'indépendance de la raison. Sa naïve imagination s'ouvrait avec bonheur y la foi. 1! devait être le bras sur lequel s'appuierait l'Eglise, jusqu'au jour où il renverserait lui-même une partie de l'édifice qu'il aurait travaillé à élever.

Lo couronnement de Cliarlemague ne changea rien à la situation qu'il avait eu Italie commo patrice. Il tenait son pouvoir de la force de ses armes et de son génie, non de son titre, et il n'aurait point souffert qu'on le limitât. Dans sa pensée, l'Empire était un État dans lequel la religion 'et la politique se prêtaient un mutuel appui, s'unissaient et se rencontraient à tous les degrés de la hiérarchie sons la haute direction de l'Empereur. Au fond, c'était soumettre l'Église au Gouvernement. L'Empereur ne tenait sa couronne que de son droit divin (1), droit que le Pape proclamait en le sacrant, mais ne conférait pas. Il était à la fois le chef du monde et de la chrétienté. Il protégeait le Saint-Siège, mais en maî-

(1) . Si calnmainri) Bomanam PouteBram quoi garnit, fflilumuinri

[fegem i. S nra.i..ril. » .liiu.lov., .. II, J-;, ;..(„(. :ul im^u. Basil. - Apu.l Murotori, Scriptmu, t. II. psrt. il, p. 213.)

[. [11,]..bÎo

tre plutôt i]it'eu iils soumis. Les synodes se tenaient sous sa surveillance ou sous celle de ses lieutenants; leurs décisions n'avaient do force que lorsqu'il les avait publiées ot il ne îes publiait qu'après les avoir approuvées. 11 nommait les évèqties, réformait le clergé, gouvernait et administrai! l'Kidisc et veillait à la pureté de la doctrine et à la régularité de la discipline. Il exigeait dos papes un serment de fidélité, et validait leur élection. Il ne voulait d'autre frein que sa conscience et de juge que Dieu. Il avait remplacé les empereurs d'Orient dans Ions leurs droits, et comme il était fort, il les exerçait lous.

Les papes n'acceptèrent cette situation subordonnée que- comme transitoire. Ils avaient déjà, dans la cérémonie du couronnement, un moyen de s'en affranchir. Quand la Royauté fut devenue faible, ils prétendirent non plus a bénir, niais à donner les couronnes; et au nom de la justice, trop souvent, hélas ! confondue avec leurs intérêts, ils se posèrent en arbitres souverains entre les princes et les peuples. Le sacre, qui avait apporté une force momentanée aux rois, devint pour eux un signe de sujétion. L'Empire fut subalternisé par l'Église. Les empereurs avaient fait des papes, les papes voulurent faire les empereurs. Et la révolution qu'ils travaillaient à accomplir à Rome, s'accom plissant partout en même temps, on vit les évêques s'élever en face et audessus des seigneurs laïques, juger, condamner les rois, et par là, donner plus de force encore à la Papauté qu'ils n'en, empruntaient d'elle. C'est ainsi que le rétablissement de l'Empire d'occident devait

aboutir à la suprématie passagère de l'Église, en même temps qu'il contenait le germe de cet antagonisme sans fin qui, après avoir, sons des noms divers, rempli le moyen âge de guerres et de sang, divise encore de nos jours des esprits excellents, mais trop attardes dans le passé pour bien voir dans l'avenir.

Dès le règne de Charlemagne, les papes travaillèrent à s'affranchir do la tutelle impériale, et pour diminuer l'étendue de leurs obligations envers les Carolingiens, mirent en circulation un acte de Constantin qui eût transformé la donation des rois franks

en une simple re:

tin aurai! donné et toute l'Italie, t ne trouvant pus ; pouvoir « aux lie

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cet acte, Constance la ville de Home serve* que l'Orient, reur conservai son ciel avait établi lo détienne (1)..

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aMcmimu» iikpoiii»i'l:L ni.ivie j:m >. ];■::]. fin-:.' i;i,u«Jiimi5 uennnnsura onde conpruiini pûrsptximus mnlrnin Impeiiiini et rej-ni pntcutni™ in Orienîolilus traiiBlem rcjrioiiihui et in liisnntinrc provinci;o nptirao ioco nomiui iioitiu eiviu:c!r, n -. I i r j r-=: i-ï ft ireimm W.-r [-'>n<liitii Imporium. Qionmm uHprtMfpofuj iinriraliim n ChriiHaas ntiaiaiU cspni af> Imprrofort aelali mufffufan ut, jiuttm non M m ttllc Imjxratar frn-mam beat poltttattm... ■

Outre Je Iciio lotin oal se trouve flans 1s ternit àrs Fatum Bhrilaiu, rf f.iifori, il y n qoww telles grecs de l'acte fie donation do Constantin. (Voyei Biener, Dt <Mhcl. omon. Ecrit: ont., Rend., 1121, p. 12 et euiv.

montrer son invraisemblance et son impossibilité. La grossièreté de la fraude éclate à la première inspection du texte. Le faussaire ignorant qui a écrit dans la langue du huitième siècle, n'a pas su se reporter a la géographie du quatrième, et il a cru qu'au temps de Consianlin, la partie occidentale de l'Empire ne comprenait plus que l'Italie. L'acte qu'il avait fabriqué n'eu a pas moins, sauf quelques protestations sans éclio fl), été accepté, sans difficultés, par tout le moyen ;1gc; la fausseté n'en a été généralement reconnue qu'au seizième siècle, et il a servi autant la cause d ïs papes que s'il eût été vrai, en donnant à leurs droits récents jmc base antique, en les étendant ïi t uitc la Péninsule et en légitimant toutes leurs prétentions à une complète et absolue souveraineté (2) .

Une autre imposture, qui date de la même époque, servit plus cflicaccmcnt encore la Papauté. On sait

(1) L'nlitnrc de 7nrfn ri'clama nu doiitiomo sùYIc. IVojci : CSronlcou Fsr/tnn, npud Muraum.— Vdt. Ktitsi un diplôme d'Othon III, io l'an 599. — A put! GiMler, Kiri-I,!»//:!, Iu--I,lr, t. 1, 1" pnrlic, p. 189 et suiv.)

(S; Adrien I" <st ]■■ [Hvmicr >[iii. tl:i:is une de ES* lettres il Chnr-

Iciii^i^iiL-, p;Lil.: il-' I.] di.i.Lition d'; CunrJnmin j

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Mici«simis loiniioril'u, aî.pc i:r>..]ii. S. IVi',.e)eH:i i,! est bcnli Pétri Apoîtoli genninetniqua txmllei... Quia eeec novm Christ innissinins Dei

Lungotnirn'omin p'T iiiuiorinri nti-trnct.i rir'iue siljfatn sunt, vustrii

tcroporiijit. 1 rr;(i(ii.iiir»i-, ■> (Àpud Oani, F.piil., 91.)

que, dès le cinquième siècle, Denys le Petil avait rassemblé, sous le nom de Décrétâtes, tes principales décisions dos papes et des conciles. L'n recueil analogue avait été fait en Espagne et portait le nom de saint Isidore, quoi qu'il Tût, en réalité, d'une date antérieure à la naissance de ce saint. Ce second recueil, différent du premier non-seulement par l'ordre des matières, mais parce qu'il contenait un plus grand nombre de canons et les lettres de plusieurs Pontifes, s'était répandu dans le royaume frank e( y jouissait, dajis le huitième siècle, d'une grande autorité. Vers te milieu du neuvième siècle, on le retrouve sous te même nom, mais complètement transformé par une série d'interpolations commises avec plus d'audace encore que d'ignorance. Ce sont là les fausses Décrétâtes (1). Elles fourmillent d'altérations et d'anachronismes (2). Le papo Victor, qui vivait au troisième siècle, y écrit à l'évèque de Constantinople, Théophile, qui vivait su cinquième. Les Pères et les papes du premier et du second siècle y citent, ù chaque instant, la traduction de la Bible de saint Jérôme, qui est du quatrième, emploient des expressions qui n'apparaissent dans la langue de l'Église qu'au sixième, reproduisent mémo des fragments d'auteurs du huitième et du neuvième siècle. Ce ramassis de textes puisés à des sources très-diverses et qu'on a retrouvées presques toutes (3), ne supporte

(lj L'ibM Uigne n publié les fausses Décritala d'Isidore. Ptlrvlogùa c.ir.ui fompleiui, i. CXXX.

(2) Voyei WuunrMatMa, BtitroQ ; u r Gf.cA.cAfr drr frtschm IHcrctn- !■>», Briwlsii, 1811.

(3) P. et II. liallerini, Vt Aniùa. CollicUtot cmoiiuib. — D*v. Bios-

EN" ITALIE 149 pas un instant l'examen de Ja critique. Mais la critique n'existait pas au moyen âge el les fausses Décrétales conservèrent toute leur autorite sur les esprits jusqu'à la réforme, c' est-a-dire jusqu'à l'époque où le pouvoir des Pontifes qu'elles avaient aidé à fonder, commençait à décliner.

Les principes qu'elles cherchaient à faire prévaloir étaient les suivants. Lo sacerdoce, institué par le Christ pour régler et juger le monde, domine l'Empire de toute la distance qui sépare la terre du ciel ; il s'incarne, se personnifie, se résume dans le Pape, qui est le successeur de saint Pierre. Le Pape a pour lieutenants les éveques, comme lui délégués de Dieu, héritiers des apôtres, unis à lui dans !a môme foi et dans les mêmes devoirs, mais soumis à lui pour le maintien de l'unité de l'Eglise. Les éveques d'une province sont représentés par le métropolitain ; mais te métropolitain ne peut rien faire sans la réunion d'un synode. Ce sont les synodes provinciaux qui jugent les évêques et les prêtres, et qui dirigent l'administration de l'Église, mais leurs décisions doivent être confirmées par le Pape ot leurs réunions autorisées par lui. Nul évêque ne peut être condamné que par une assemblée de douze de ses pairs, et la plainte portée contre lui doit être prouvée par le témoignage desoi.\anle-douze témoins. L* évêque accusé peut toujours, pendant le cours du procès, récuser ses juges et en appeler au jugement direct du primat ou du

feUna, Pirido Miterai, Graove. — F. Kuut, D, Fnttbui il (Wlfc P~wh Mor., Coll. Gortlingm, 1032, in-4*.

Pape ((). Toulcs les grandes affaires doivent être soumises un Pape (2). L'État ne doit exercer sur le sacerdoce aucune autorité. Les clercs, et à plus forte raison les évèqucs, ne peuvent être traduits devant les tribunaux civils; et les laïques doivent s'abstenir do porter plainte contre les ecclésiastiques (3).

On trouve les fausses Décré laies déjà citées en 857, et elles contiennent les canons d'un concile de l'an 830. C'est donc entre ces deux dales qu'elles ont été composées. Suivant l'opinion générale elles ne l'auraient point été auprès des papes ni sous leur inspiralion, mais en Auslrasie, par les évoques franks, dans le but de faire de la Papauté un rempart à l'épiscopat contre les prétentions des métropolitains qui cherchaient à se rendre indépendants et des rois qui cherchaient à se rendre tyraniques. Quelle que

(i) s.jiiu, i, op. a.

12) i DuduumS. A['0->i<jl^ fiucc-horilni* que cDi-uin in nutiquis decrelum Tuirnl smtulii '(nu- liât! l' nu. ut liniï.'i-iilis nnosioliiai touut Eudisia, non oporlcre pneter seritmlium Hom. Puiilifitis concilia cetelirari, nec Eniwafluiu ihuinmi, ijuDiiiiim t. linmaïuiiL Kctliisijiu priniatem onininm euulcsiarum CïîO volin-rmn L .-I -:i:[ir L;. 1 ru.r. Apvt. 3 'limita fuit omnium

Aj'ieenj unifie* Ul:ljc.|-i:- ivcl ^l.i- ivii:-..- et ju.qu-in 1-J L ■ 1 - . ■ .-^X^O ï- 1:111 ivuirjuit lit

juïtn eju. uDtantlam terminum Mimant ; nco extra Ronuunim înkqtuMn u hit JuLitn ilcirmi l'uutiiVeiu. « (Julii, I. — Comparai : iinrcell., Çpitt., I; Aiuulet, Epbl., III.]

(3) « Oves ]'u-lorr.n -mi. ni :■ j:i\]i..i:il m:l, 1 ■ 1 " ! ^ K P iieo pn I n non

ncque servira siiprii IJjlîiiîiuiij. r.]>i.^u;,i aaWva a Dcu omit jiiilicsuili, qui

Tel aecusandi mit liii.vr.ia-h. Pumiiio .■x,tii;,]uiii Janic qui per se

ipsuiii et non pur iiliinu ■-.■ii.lcrjt' , > -mvi'l'i;^- ■ ; i: n.L-:.ccd oj^^i; du (empli). . (Pii, Epïlf., I.

soit leur origine, elles n'eu ont pus moins été trèsfavorables à l'établissement de la suprématie papale. En transportant des métropolitains au Pape le droit de juger toutes lus causes épïscopales, de réunir les synodes provinciaux, d'ordonner et d'investir les évéqnes, elles a llïauc! lissaient moins les évequos qu'elles n'élevaient le Pape, et elles les rattac(i aient tous à lui par des liens de subordination qui doublaient la forée, et l'étendue de son pouvoir. En cherchant a fonder partout d'abord l'indépendance absolue, puis la prépondérance du clergé sur la sqciété laïque et le gouvernement, elles élevaient le piédestal du haut duquel le chef de l'KgIise commanderait au inonde. Il y aurait une grande injustice à exagérer l'influence des fausses Décrétâtes. Si les prétentions qu'elles énonçaient n'avaient point été conformes à la marche du temps et des esprits, elles" n'auraient point réussi seules à tes faire prévaloir; mais elles y ont aidé en leur donnant des racines dans le passé et la légitimité si facilement acceptée alors d'une tradition antique.

Pendant que la Papauté s'acheminait par la dolalion carolingienne à la souveraineté temporelle, et travaillait par la centralisation des Églises locales ol la subordination de l'épiseopat à compléter cette hiérarchie dont elle tenait la tôle et qui devait lui assurer un instant la suprématie sur le monde, l'introduction et le développement du Christianisme en Germanie étendait les limites de l'empire où elle allait régner. Saint lîonifacc, dans son apostolat au delà du Rbïn, apostolat dans lequel il compléta en

l'u< U|>sunl l'œuvre de quelques devanciers plus obscurs, n'agit qu'au nom du Pape. 11 était son missionnaire, il devint son légat; toutes les Églises qu'il fonda, il les lui soumit, tous les évèques qu'il ordonna s'engagèrent solennellement dans un synode (744) (1), à obéir aux ordres du successeur de saint Pierre, et, s'adressant au Pape non comme à un frère dans l'épiscopat, mais comme des sujets à un mailre, lui demandèrent d'être comptes au nombre de ses brebis. L'organisation dont les fausses Décrélales devaient peu de temps après retracer l'idéal, surgissait là tout d'un coup, sans passer comme ailleurs par les phases progressives d'un développement séculaire. Et là encore les Carolingiens venaient en aide à la Papauté, comme la Papauté leur venait . en aide. Car l'œuvre de la conversion et celle do la conquête se suivirent de près et furent étroitement liées. L'épée des Franks subjugua autant les consciences que la parole des moines; el si la Saxe demeura iidèle à ses idoles tant que la force ne les eut point renversées, elle ne devint soumise qu'en devenant chrétienne. ï.cs deux puissances, l'empire et le sacerdoce, avant de lutter l'un conlre l'autre, se soutenaient muluellemenl, e! Cbarlemagne écrivait au pape Léon II! : « C'est notre mission de consolider dans l'intérieur do l'empire la foi catholique, el de

(1) ... Occroi-imii= 5iL l .j«.-tiiiiicm Jîcun.lîiîr IVtp-iir ns<itlo nil (iiicm noïirœ îitrc servnre Knnrio Potro. o[ viinrio eju? telle sulijici cl per omnin IJrwcopto pjtis sequi «lliOiike lit inlcr oves ojiil liiirncremur. Kl iiinc eonfeuîODi euniensimus onuics et ■abwripchniu, • (f>'<J. finnot. llonif. net

EN ITALIE 153 la défendre par les armes contra les incursions des païens. A vous très-saint Père d'élever tes mains vers le eie) et d'intercéder; a nous d'assurer partout et toujours par notre armée et avec l'aide de Dieu le triomphe du peuple chrétien sur ses ennemis, et de faire glorifier le nom de Notre-Seigneur Jésus-Clirist dans l'univers (1). » La même pensée, la pensée que la religion, était un puissant élément d'ordre, et la constitulion régulière de l'Eglise un grand soutien pour l'autorité royale, n'avait point été étrangère à l'esprit du père du Cliarlemagne, Pépin, lorsqu'il avait chargé Boni face, après son apostolat en Germanie, de réformer l'Église do France. Trois synodes, on plutôt trois plaids nationaux, avaient alors été tenus à cet effet sous la présidence du roi. Ilouiface y avait assislé en qualité d'envoyé de saint Pierre (2) et avait consacré, en l'exerçant solennellement, le droit de haute intervention du Pape dans les affaires de l'Eglise de France. Il avait lié plusieurs évêques par le même serment d'obéissance que les évêques germains, et c'est au nom du Pape et, par conséquent, comme dépendants de lui, qu'il avait investi la plupart des nouveaux métropolitains et leur avait remis

juïiire mililisun i[ii;itnni- Midi* iiilpn:i'rlCN!il>ii< II™ ductnrc et Jniorc, poplllili Cluitlbn-i- iiipsr iiiiuiii'ii- -ni saiirli iimiiinià nliri|ul! wmper hnlieut vicuriani cl uonieii Domini X. .T. C. cliirili.cmr i» orlie. ■ (i.>ùl., Kar. M. ml Uon. iipud M»nii, i. -XIII. nul.) [L>) Miua> S. Pelii.

Extension de l'Église, extension de leur pouvoir dans l'Église, acquisition d'un pouvoir temporel, tout favorisait alors l'élévation des papes. Jelons encore une fois un coup d'œil en arrière pour mieux mesurer le pas qu'ils venaient de faire, du sixième au neuvième siècle.

Dès le troisième siècle, les évèques de Rome tenaient le premier rang dans toute la chrétienté, bien que les patriarches de C.unslaniinopie essayassent de le leur disputer en Orient. .Mais celte primalic honorifique ne s'était point encore, au septième siècle, convertie eu une autorité effective sur toute l'Église ; l'administration et la juridiction suprême des atfaires ecclésiastiques ne leur appartenaient point encore. Ils étaient les sujets de l'empereur. Leur élection devait être confirmée par lui. Leurs vastes domaines ne jouissaient que d'une seule immunité, l'exemption d'impôt, et restaient, ainsi que la ville de Rome, soumis aux autorités impériales, aux exarques, aux préfets. Cependant, à mesure que l'Empire déclina, leur puissance grandit, et lorsqu'après l'invasion des Longobards l'Italie méridionale dut pourvoir seule à sa défense, la sympathie des populations les mit à la tète de cette résistance nationale, et, joignant alors à leur autorité morale une autorité politique plus étendue, ils prirent avec les empereurs un langage et une attitude indépendante, sans pourtant s'affranchir complètement de leur suzeraineté.

Avec les Longouards, les papes, sauf quelques trêves fort courtes, furent eu luttes continuelles. Et quand la différence de religion cessa de les séparer,

EX ITALIE

l'intérêt politique ut la rivalité des ambitions laissèrent subsister l'inimitié. Les Longobards voulaient soumettre l'Italie méridionale ; les papes voulaient empêcher un agrandissement qui eût été la ruine de leurs espérances. Entre eux il ne pouvait y avoir que la guerre. Aussi l'autorité des papes sur les Églises du royaume longobard était-elle très-faible.

En Espagne, leur autorité fut longtemps trèsgrande. Tant que l'arianisme y avait été la religion dominante, les évêques catholiques avaient demanda à Rome ses conseils et son appui contre la persécution dont ils étaient l'objet. Lorsque, vers la fin du sixième siècle, le catholicisme eut définitivement triomphé, ■ ces antiques liens ne fuient pas rompus. Le langage des évoques espagnols dans leurs rapports avec le Pape resta beaucoup plus humble que celui des évoques franks. Us lui reconnurent tous les privilèges d'une suprématie étendue, et entre autres le droit de soumettre à l'examen de ses commissaires et de réformer les jugements des iinciens synodes (1 ), et ils acceptèrent de lui comme légat un simple évèque, au mépris de la hiérarchie et des droits des métropolitains (a). Au commencement du huitième siècle, le roi Viti/a s'émut de cet état de choses et interdit aux évoques de son royaume tout recours à Home. El peu après l'Espagne tomba au pouvoir des Sarrazins et la religion catholique n'y vécut plus qu'eu proscrite.

(1] Bilu., Jfoc. Mfwf. Cmca., 1. 1, p. 146S. — Epi,l., pnp. Vigîl. (2) Lo papa Uou le llrni.d choisit, pour su» légat en Espagne, Torribiiis, évcçua d'irtoega, (Apod Conni.)

156 m LA CIVILISATION

I. 'Église d'Angleterre, qui avait été fondée par le Pape vers la fin du sixième siècle, lui était restée étroitement soumise. Les primais, qui avaient ordinairement leur siège à Kanlerbury, étaient nommés on confirmés par lui, et les rois lui envoyaient un tribut annuel.

Les rois franks témoignaient à la Papauté une grande déférence, niais ils renfermaient son intervention dans d'étroites limites et maintenaient la plénitude de leurs droits sur l'épiscopat. Au septième siècle, par suite des troubles qui agitaient le royaume, les Églises et les évêques, préoccupés de défendre leurs possessions, avaient des rapports do moins en moins fréquents avec Rome.

Ainsi une influence faillie en Lombardie et compromise dans le royaume frank; en Espagne, leur pouvoir perdu el leurs espérances renversées par la conquête des Sarrazins; en Bretagne, une autorité très-réelle, mais autant à litre de fondateur de l'Église bretonne qued'évèque de Rome el de successeur de saint Pierre. Telle était la situation des papes au commencement du huitième siècle.

Un siècle el demi plus tard, ils étaient délivrés du voisinage menaçant des I.ongobards. Us avaient substitué aux prétentions tyranniques de l'empereur d'Orient, le protectorat dévoué d'un prince barbare qui avait consenti à recevoir d'eux la couronne. Ils avaient reçu une dotation qui les rendait presque souverains. Ils avaient réussi à faire introduire dans le royaume frank le cérémonial cl le rite romain, et à y établir un légat pour les représenter. Ils avaient

EN ITALIE 157 resserré ù leur profit les liens de la hiérarchie ecclésiastique, conquis sur l'épiscopat cette suprématie qu'ils convoilaient depuis quatre cents ans, et opéré ainsi dans leurs mains la concentration de toutes les forces de l'Eglise, cornent ni lion qui fut un bien pour elle au moyen âge et lui assura sur la société une grande influence, mais plus tard se retourna contre elle et contribua au mouvement d'où sortit la réforme. Ces conquêtes, qui se suivirent de près, les papes les devaient à l'introduction et au développement du Christianisme en Germanie, à la réorganisation de l'Église de France, à l'apparition des fausses Décrétâtes, causes secondaires qui toutes découlaient d'une seule, l'avènement des Carolingiens et le rétablissement de l'Empire d'occident.

La couquôle des Franks, qui fut pour les papes le point de départ d'une ère nouvelle, n'introduisit d'abord, dans la constitution de la Haute-Italie, que des changements peu importants. Elle ne ressembla ni à celles des Ostrogoths ni à celles des Longobarda. Elle ne fut point l'invasion d'un peuple qui se transplante tout entier sur un nouveau territoire et qui dépouille les vaincus à son prolit ; mais l'œuvre d'un grand prince qui ajoute, par la guerre, une province à ses États, ta fait entrer sans violence dans l'unité de son empire, et se contente d'en réformer les institutions

158 Dli LA CIVILISATION"

sans les détruire. S'il y eut des spoliations, elles furent partielles ef rare?, il n'y eut poinl de dépossession systématique. S'il y cul des changements parmi les magistrats, ce fut pour prévenir les trahisons et assurer l'autorité du prince, ce ne iïil poinl par esprit d'exclusion contre les I.ongobards. Tout fut modifié, maïs tout resta debout.

Les institutions Ion goba ni es, issues, commes les institutions frankes, des coutumes germaniques, avaient toujours eu avec elles un fond de ressemblance et elles s'en rapprochaient en beaucoup de points au moment de !a conquête de Uiarlemagne.

Les ducs, à l'exception de ceux de Bénévent et de Spolcfo, avaient alors perdu celle puissance qui les avait un instant rendus presque indépendants du trône. Ils continuaient a gouverner héréditairement leurs provinces, mais ils ne niellaient plus d'entraves au plein exercice de l'autorité royale. Liutprand avait ouvert la porte à l'introduction du droit personnel; et en Italie comme dans le rovaume frank, quoique sur une moindre échelle, la classe des hommes libres commençait a diminuer. Pour n'être pas complète-^ ment dépouillés, ils allaient cux-nrômes au devant d'une demi-spoliation, se résignaient à devenir les clients des grands et cherchaient à acheter, par le sacrifice d'une partie de leur liberté et de leurs biens, la tranquille possession du reste. Charlemagne, par ses innovations, ne fit guère que développer cet ordre de choses- Ayant appris par l'histoire des princes qu'il venait de détrôner et par la révolte qui avait suivi sa pre-

EN ITALIE mière expédition, le danger qu'il y avait à aux mains des ducs de trop vastes domaines et par suite nue trop grande autorité, il supprima les duchés et les divisa en districts moins étendus, à la lete desquels il mit des comtes. Ces comtes, la plupart Frank?, remplissaient les- mêmes fonctions que les ducs; niais ils n'étaient pas les délégués du roi, et leur charge, au lieu d'être héréditaire, devait rester ■viagère. Il n'y avait pas eu de nouvelles divisions par provinces ; les villes restaient, comme par le passé, les seuls centres politiques, et les plus importantes étaient le siège d'un comté, dont leur territoire formait la circonscription (I ). Les comtes des frontières, soit que leur position sulTit à leur donner une plus grande importance, soit que, pourmettreà leurdispoable, on leur eût subor- ;sins, Turent distingués ) appela marquis (markre de duc ne tomba pas : appliqué, par suite des omtes on aux marquis incien duché (2).

f, judiciaire et militaire des comtes. Ils convocanton (3), les eondui-

silion une force plascon: donné plusieurs comte par un nom particulier. ( graf, marchio). Le nom en désuétude, et on le li habitudes populaires, a qui occupaient le siège i Les pouvoirs adminis étaient réunis dans les i quaicnl les hommes de saient à la guerre et les.

les sculdahis et les gas

igcaient. Au-dessous d'eux aides étaient restés à leur

T) Vsya Murais.

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