‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 115 sur 180 · PLUTABQUS. ÉTAT MO^AL DU MONDE · texte numérisé non relu

PLUTABQUS. ÉTAT MO^AL DU MONDE

tait ; c bergers laboureurs, oijseleurs, comme ditPindare^ tops se pli^isaient aux chants des poètes. » Biea plus, gr&ce à une heurpu^e facilité pour la, poésie, la plupart savaient exprÎQier par les çhaats de la lyre le$ préceptes de la morale, les épanchçments du cœurf les exhortations. Ils persuadaient par des fables et des proverbes en vers ; c'est en vers qu'ils célébraient, qu'ils priaient, qu'ils honoraient les dieux, ceux-^ci par un don heureux de la nature, ceux-là grâce à rhabitgde. Au3si le Dieu (de Delphes) n*en- VÎAit pas filors h fies devins oeite grâce et cette J^eauté de la poésie ; U m chassait pa$ loin de aoa trépied la Muse partout ailleurs honorée ; il appelait à lui, au contraire, et il excitail, comme d'un bienveillant aiguillon, les natures poétiques ; il fécondait leur imagination, et du môme coup, il leur inspirait une majestueuse éloquence, comme la mieux faite pour ravir les cœurs. Mais, quand les mœurs changèrent i^vec la fortune et le caractère des hommes^ Tusaçe, écartant tout luxQ superflu, détacha de leur chevelure les agrafes d*or, de leurs épaules la tunique de fin tissu, aceourcit les fières chevelures, délia les cothurnes : on apprit à lutter de coquetterie par la simplicité contre la magnificence, et ,à mettre son honneur plutôt daas Tétroite modestie du costume que dans le faste et la recherche. De même, alors, le langage changeant avec les mœurs et dépouillant sa parure, Thistoire quitta la forme métrique, comme en descend d*un char, et c'est en prose qu'elle distingua nettement U vérité de la fable ; la philosophie préféra une clarté persuasive à l'éclat des images, et c'est en prose que désormais elle chercha le vrai, : alors aussi le dieu fît renoncer la Pythie à son lan-

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gage en vers, plein de mois étranges^ de périphrases et d'obscurités ; il lui apprit à parler le langage des législateurs devant leurs concitoyens, celui des rois devant leurs peuples, celui des maîtres devant leurs disciplesi et à se faire comprendre pour persuader. »

Ne dirait'On pas qu'un souffle du poétique génie de Platon circule dans les pages qu'on vient de lire? et pourtant, elles portent aussi la marque d'un temps où la poésie païenne était à peu près réduite à la versification didactique ou anthologique. Quelques richesses qu'elle ait déployées plus tard dans les Posthomerica de Quintus, dans les toianysiaca de Nonnus, il est difficile d'y méconnaître une décadence dont le sentiment attriste l'âme du philosophe de Chéronée. Ni Platon, ni même Aristote ne laissent voir nulle part un tel sentiment, dans leurs nombreux écrits. Us sont encore animés d'une sereine confiance dans les destinées de leur patrie. L'un n'a pas vu le triomphe de la Macédoine sur les libertés grecques ; l'autre en était témoin, mais on dirait que le génie d'Alexandre et Téclat d'une glorieuse revanche contre TAsie compensaient pour lui les humiliations intérieures du patriotisme hellénique. N'est-il pas échappé à l'auteur de la Politique d'écrire quelque part que la loi ne semble pas faite pour les grands Jiommes, « car eux-mêmes, ils sont peut-être la

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