DÉMÉTRIUS. LE STYLE ÉPISTOLAIRE
tils et des dissertations de physique écrit tout autre chose qu'une lettre. Car une lettre doit être une politesse en peu de lignes, Texposition d'un sujet simple en termes simples. Sa beauté est dans les témoîgnagnes d'amitié et dans l'emploi fréquent des proverbes. Les proverbes sont tout ce qu'elle doit avoir de commun avec la philosophie, parce qu'ils sont comme la sagesse du peuple, comme la sagesse de tout le monde *. Au contraire, abuser des sentences et des exhortations, ce n'est plus causer dans une lettre, mais déclamer comme un dieu de théâtre '. Aristote cependant argumente quelquefois dans une lettre, par exemple, lorsque, voulant montrer que les petites villes ont même droit que les grandes à être bien traitées, il dit : « La divinité réside dans les petites villes I comme dans les grandes, et puisque la Reconnais- « sance est une divinité, tu la trouveras dans les « unes comme dans les autres. » C'est qu'ici tout est épistolaire, l'objet de la démonstration comme le style.
« Du reste, comme nous écrivons quelquefois à des villes et à des rois, il faut bien qu'alors notre style s'élève un peu, pour nous rapprocher du personnage à qui la lettre s'adresse. Je dis que la lettre s'élève, non pas jusqu'à devenir un livre, comme celles d'Aristote à Alexandre', et celle de Platon aux amis de
* Sur les Proverbes, voyez plus haut la définition d' Aristote, p. d82.
* Où ^C ènt(T7okiîç srt ÀkXoùvti eotxiv, à^^à [aTrè pu STrt?] 1*13- Xa^^Ç. Cf. à l'appui de la traduction le Clitophon qui est parmi les œuvres de Platon, p. 407 A ; Plutçirque, Vie de Thémistocle, ch. x etxxxii ; Vie de Lysandre, ch. xxv.
^ Des trois seules lettres d' Aristote à Alexandre qui nous soient parvenues (l'une dans Aulu-Gelle^ XX, 4, )a eeooade
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Dion. En général, que le style épistolaire réunisse deux caractères : la grâce et la simplicité. »
Vers le même temps que Démétrius se placent :
i° Le célèbre rhéteur Hérode Atticus, qui avait sans doute cultivé la critique, au moins telle que Tentetident les grammairiens, puisque son biographe lui donne pour maître en ce genre d'études Théagène <ie Cnide et Munatius de Tralles * ;
2^Téléphus de Pergame, Tun des précepteurs de Lucius Yérus, dont nous citions plus haut une Rhétorique rédigée selon les exemples d'Homère*, mais qui avait encore écrit : Sur les figures de rhé-' torique qu'on rencontre dans Homère^ Sur f Accord d'Homère avec Platon j Sur les Erreurs d^ Ulysse; des Vies des poètes tragiques et des poètes comiques ; un traité de Bibliographie assez analogue, selon toute apparence, à celui d'Artémon sur le même sujet;
3"* Héphestion d'Alexandrie, qui fut aussi précep-
daus Julius Valérius, 111,79, la troisième en tête de la Rhétorique à Alexandre), la première est d'une authenticité douteuse et les deux autres sont certainement apocryphes. Toutes trois d'ailleurs sont trop courtes pour mériter le reproche que leur fait Démétrius. En revanche, on sait qu'il circula de bonne heure en Grèce et dans l'occident romain une lettre d'Alexandre à Aristote sur les merveilles de l'Inde, lettre que les romanciers du moyen-âge ont grossi jusqu'à en faire un livre. Voir sur ce sujet Berger de Xivrey, Traditions tératologiques (Paris, 1836), Prolégomènes, § iv.
* Philostrate, Vie des Sophistes, II, 1, § xiv.
* Voyez p. 3, n. 3.
CONTEMPORAINS DE DÉMÉÏRIUS 461
teur de Lucius Vérus, et dont il nous reste un Manuel de Métrique malheureusement incomplet. Il avait écrit, en outre, des Solutions sur les difficultés que soulevait le texte des auteurs comiques et des auteurs tragiques, et un traité Ilepl tôv h 7roi7);jiaçi rapaj^ôv qui paraît avoir eu pour objet de réparer les erreurs causées dans les manuscrits par la négligence des copistes * ;
4° 'Nestor (probablement le poète Nestor de Laranda), auteur de Mémoires sur le théâtre que cite Athénée ^ ;
5° Rufus d'Apamée, qui avait écrit à peu près sur le même sujet une compilation assez indigeste, autant qu'on en peut juger par le témoignage de Photius, et une Histoire de la Musique comprenant aussi beaucoup d'anecdotes et de récits sur les poètes dont Fart était associé à celui des musi-
ciens ^
&"" Favorinus d'Arles, auteur de nombreux ouvra* ges, parmi lesquels on distinguait des Mémoires littéraires, des traités Sur la philosophie d'Homère^ Sur Socrate et Sur Platon^ enfin, chose unique peut-être dans toute la littérature grecque, une Apologie des jeux de gladiateurs ^\
< Comparez plus haut, p. 32 et 33.
2 Livre IX, p. 403 E.
8 Bibliothèque, cod. 161.
♦ Sur raversion des Grecs, en général, pour les jeux de gladiateurs, voir dans mes Mémoires d^histoire ancienne et de
7** Le second Denys d'Halicarnasse, dont il ne reste aujourd'hui que deux opuscules grammaticaux, mais qui avait en outre écrit une Histoire de la Musique et plusieurs traités sur la pratique de cet art * ;
8*" Maxime de Tyr, dont nous lisons encore une dissertation élégante sur ce sujet si familier aux écoles grecques : « Platon a-t-il bien fait de chasser Homère de sa République ? »
9* Aristide, le rhéteur illuminé, dont les récits ont tant d'intérêt pour Thistoire delà décadence du paganisme. Deux de ses discours sont consacrés à défendre la Rhétorique contre les attaques de Pla* ton dans le Gorgias. Son discours aux Smyrnéens Contre F usage des représentations comiques semble attester déjà l'influence des prédications chrétiennes contre les scandales du théâtre ;
10° Apollonius le Grammairien % auteur d'un excellent traité Sur la Syntaxe, et du traité Sur les huit Parties du discours, dont trois livres nous sont parvenus ; c'est, pour la philosophie du langage, le successeur en ligne directe d'Aristote et des stoï-
^hilologie la notice sur Polémon le Périégète. Sur Favorinus, voir Marres : Disçertatio de Favorini Arelatensis vita, studiis, scriptis, Utrecht, 1853.
* Voir C. T. P. Schwartz, -^lii Dionysii Halicarnassensis reliquiœ, Utrecht, 1877.
* Voir mon étude intitulée : Apollonius Dyscole, Essai sur rhistoîré des théories grammaticales dans l'antiquité, Paris, 1854,80.