HERMOGÈNE
ciens. Son fils Hérodien lui est fort inférieur, quoiqu'il se soit fait dans les écoles un nom encore plus populaire par ses livres sur F Accentuation.
Mais Fexemple le plus remarquable de ces réputations jadis bruyantes et qu'aujourd'hui nousavons peine à comprendre, c'est Hermogène^ ce prodige de Técole, dont rintelligence brilla quelques années^ seulement pour s'éteindre dans l'idiotisme, et qui légua à l'admiration de disciples enthousiastes un petit volume, paraphrasé depuis par d'innombrables commentateurs. S'il fallait juger Hermogène d'après le rôle qu'il a joué parmi les rhéteurs, ce ne serait pas trop ici d'un chapitré tout entier pour l'examen de ses ouvrages ; mais, étudié en lui-nième par un lecteur sans prévention, il perd beaucoup de cette importance. Rien de neuf, dans Hermogène, sur le fond de l'éloquence, sur son histoire, sur son utilité politique et morale ; seulement des catégories de figures, des distinctions minutieuses entre les diverses formes de style. L'éloquence est pour lui représentée par un seul type, d'une perfection absolue, Démosthène ; les autres orateurs ne lui en offrent que quelques traits. Aussi est-ce Démosthène qu'il invoque à chaque page, souvent même sans prendre la peine de le nommer, tant il le suppose familier à la mémoire de tous ses lecteurs ! C'est sur les exemples empruntés à Démosthène qu'il construit toute une géométrie de règles
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savantes, exprimées avec une subtilité de langage qui serait aujourd'hui intraduisible. On s'étonne d'une telle finesse d'analyse, et surtout d'une telle indifférence pour ce qui fait l'âme de la véritable éloquence; et l'on est humilié à la pensée que la rhétorique d'Herrnogène ait pu si longtemps éclipser, dans les écoles, Platon, Aristote et Cicéron *. Lucien aussi, la collection de ses œuvres en fait foi, avait payé sA dette à la sophistique et aux puérilités de l'école. Mais il a bien vite secoué le joug du pédantisme pour faire une guerre cruelle à ses anciens confrères ; et, dans cette longue polémique, quelle vivacité, quelle abondance de plaisanteries mordantes, que d'érudition au service de la satire, quel mépris surtout des formes convenues et des vains artifices de langage exploités par des jongleurs de carrefour, sous le manteau de l'orateur ou du philosophe ! * C'est l'art de Platon, moins ses traits sublimes, uni à l'art des poètes comiques, moins l'excès de leur pétulance; et cette union était chose neuve au temps de Lucien, puisqu'il s'en vante comme de son meilleur titre à la renommée ^. Ajoutez-y ce style d'un atticisme pres-
* Voir pour plus de détails sur Hermogène les recherches consciencieuses de D. Rébitté : De Hermogène (Paris et Caen, 1845)»
- Voir Le Deux fois accusé et Le Maître des Rhéteurs.
^ Voir sa réponse « A un komme qui comparait ses livres aux œuvres d'un Prométhée. » Cf. Le Pêcheur, Le Deux fois accusé, et un mémoire de Le Beau dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXX.