‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 134 sur 180 · BIOGRAPHES DE DÉMOSTHÂNS. -*• LIBANIUS · texte numérisé non relu

BIOGRAPHES DE DÉMOSTHÂNS. -*• LIBANIUS

intention est commune aux^ six auteurs, celle d'exr pliquer le talent de Démosthèrie par Thistoii-e de sa vie et des événements de son temps ; mais Plutarque est le seul qui, sans nous satisfaire sur tous les points, nous offre du moins un tableau étendu, et quelquefois très vivant, de Thisloire d'alors, avec le détail de quelques incidents caractéristiques dans 1^ développement du talent de Démôsthëne« Chez les cinq autres, quelques traits sont utiles et relever ; mais la légende se mêle souvent à Tbistoire sérieuse. Gbez tous, et surtout cbez les quatre derniers, on voit décroître la connaissance des faits,^ des institutions et des mœurs d'Atbènes ; par suite de cette ignorance, le vrai rôle de l'orateur s'efface de plus en plus et fait place à de vagues appréciations de ses cbefs-d'œuvre.

Gela est surtout sensible dans l'opuscule de Libanius, et dans les notices qu'il a placées en tète de chaque discours. Un exemple suffira pour montrer que le rhéteur, à la distance où il est placé du siè-, cle d'Alexandre, méconnaît certains traits de la société athénienne et certains usages sans lesquels on ne peut expliquer le caractère des plaidoyers civils dans l'école attique. Libanius nous raconte et il croit savoir que Démosthène,au sortir de l'enseignement de ses maîtres, se fit professeur d'éloquence, et qu'il

une notice anonyme sur cet auteur, traduite pour la première fois du grec en français, Paris, i833.

renonça ensuite à ce métier pour celui d'avocat dans les tribunaux.* Ignore-t-il, ou a-t-il simplement oublié ce qu'il atteste dans plusieurs de ses notices préliminaires sur les plaidoyers civils de Démosthène, que la fonction d'avocat proprement dit (<7uvy)Yopo;) était tout exceptionnelle dans les tribunaux athéniens, que presque tous les plaidoyers étaient composés par l'orateur légiste pour être prononces par le plaideur lui-même? J'ai montré ailleurs* l'importance de cette distinction entre les rares discours prononcés par l'orateur lui-même et ceux qu'il composait à prix d'argent pour des clients incapables de remplir autrement leur devoir devant les juges. Toute la théorie des mœurs oratoires se rattache à cette importante différence dont les sophistes byzantins semblent le plus souvent ne tenir aucun compte. Au contraire, surtout depuis Hermogène, ils s'épuisent en distinctions subtiles sur ce qu'ils appellent les états de cause (<7Tà<y6t;). Si anciennes que fussent dans les écoles de pareilles subtilités, que nous trouvons déjà complaisamment exposées chez Quintilien,'

* Après avoir mentionné les discours contre ses tuteurs, où l'on soupçonnait au moins que son maître Isée avait eu quelque part, Libanius ajoute : Merà toOtouç toùç àyâvaç Ppv.yji t^ :q^ix£oc Trpos^Owv. aoçjtorsustv htyziptifit)* , etra aTra^^aysi; toutou

' Voir mes Mémoires de Littérature ancienne, p. 355 et suiv.: Si les Athéniens ont connu la profession d'avocat.

• Institut, or., III, 6 et suiv.

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