ORAISON FUNÈBRE CHRÉTIENNE
Rome contenaient un grand nombre de ces éloges, mais quelques-uns même s'étalaient gravés sur le marbre des tombes où un simple passant les pouvait lire *.
Une fois adoptée par les chrétiens, l'éloquence funèbre a-t-elle échappé aux défauts qui Font rendue souvent monotone et froide chez les Hellènes ? Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question, plus intéressante pour l'histoire de l'éloquence grecque que pour celle de la critique, dont nous ne voulons pas nousécàrter.Ily a d'ailleurs longtemps que M. Villemain, dans une brillante esquisse, a comparé les deux formes de l'oraison funèbre chez les païens et chez les chrétiens, et montré comment, chez ces derniers, les subtilités sophistiques et le mauvais goût gâtèrent de bonne heure la noblesse des plus heureux sujets. Son grand esprit s'était un peu exagéré le caractère tout impersonnel de l'éloge collectif chez les démocrates athéniens ; il n'avait pas remarqué que Périclès, Lysias, Démosthène louaient des citoyens d'Athènes devant un monument funèbre où étaient gravés les noms de ces mêmes citoyens, et que, par conséquent, la pensée delà patrie n'était pas seule présente à l'âme
* Voir, sur les trois oraisons funèbres romaines dont il est resté des fragments les articles de Ch. Giraud dans le Journal des Savants, juillet et août 1870, où il résume les travaux de Mommsen et de Huschke sur ce sujet.
des auditeurs dans ces éloquentes solennités *. De plus, il n'avait pu lire Toraison funèbre écrite par Hypéride en Thonneur de Léosthène et de ses compagnons morts sous les murs de Lamia, discours où ce général est personnellement loué, mais qui, jusqu'en 1858, ne nous était connu que par des fragments. Ces distinctions et quelques autres ont fourni matière à des recherches nouvelles : un patient érudit, M. Caffiaux, a pris occasion de la découverte du discours d'Hypéride pour étudier à travers l'histoire les destinées de l'oraison funèbre païenne ; il nous dispense de nous arrêter plus longtemps sur ce sujet *.
S 5. Coup d'œil sur les écrivains romains, élèves et interprètes des Grecs en matière de critique.
En revenant sur le long chemin que nous avons parcouru depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Théodose, le lecteur a dû remarquer souvent combien, durant ces quatre siècles, les deux sociétés de la Grèce et de Rome se mêlent jusqu'à se confondre. A chaque page, dans l'histoire de la littérature romaine, on voit que l'éducation de
* Voir mon ouvrage intitulé : La tradition et les réformes dans l'enseignement, Paris, 1883, p. 227.
' De l'oraison funèbre dans la Grèce païenne, Valenciennes, 1860. On y trouvera traduit dans un appendice le chapitre de Ménandre sur l'Oraison funèbre.