‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 143 sur 180 · ORAISON FUNÈBRE CHEZ LES GRECS · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE CHEZ LES GRECS

Ion qu'il célèbre un mort illustre ou toute une classe de personnes, selon qu'il doit être prononcé auprès d'une tombe récemment ouverte, ou bien plusieurs mois et même plusieurs années après la mort de ceux dont l'orateur va parler. Le sophiste ne manque pas de remarquer que, tout près d'une tombe, ce discours touche aux lamentations funèbres, à ce que les Grecs appelaient le thrène; que, prononcé longtemps après l'événement, il touche à l'éloge ou eyxcôpov ; insistant d'ailleurs, comme il est naturel, sur l'éloge de personnages isolés, il indique avec soin les lieux communs qui fourniront des développements oratoires : la famille du défunt, les conditions de sa naissance, de son éducation, les services rendus à l'État, le cas particulièrement douloureux d'une mort prématurée, etc. A la douleur des assistants on appliquera divers remèdes indiqués par la philosophie : on n'oubliera pas l'espérance d'une vie à venir, l'arrivée du héros dans le séjour des bienheureux, raccueil que lui feront les héros des anciens âges qui l'y ont précédé. Rien de plus sec et de plus froid qu'une telle énumération de receltes oratoires; l'histoire de l'oraison funèbre depuis Périclès jusqu'à Ménandre n'y figure que par deux ou trois souvenirs, celui du discours que Thucydide prête à Périclès, l'éloge d'Evagoras par Isocrate, et l'éloge du jeune Alexandre de Gotyaeparle rhéteur Aristide.

536 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CHAP. lY, § IV

L'usage de louer les femmes semble avoir été bien rare au temps de rhellénisme classique * : on sait avec quel dédain Périclès les console de la mort de leurs frères et de leurs maris à la fin de son oraison funèbre des guerriers athéniens ; Aristote n'est guère plus courtois envers elles au chapitre XV" de sa Poétique, et, six siècles après Aristote, Ménandre, prévoyant le cas où l'orateur s'adresserait à des femmes pour les consoler devant une tombe, lui recommande quelques précautions de langage pour relever un peu de tels personnages '. Là encore se montre la singulière partialité des Grecs pour les usages et les préjugés de leur pays : depuis six ou sept siècles, les Romains avaient coutume d'honorer par des discours funèbres les femmes aussi bien que les hommes ; de tels discours étaient souvent sujets à pécher par l'hyperbole des éloges, souvent même par des mensonges intéressés ; néanmoins cette égalité que l'usage avait établie entre les deux sexes était à l'honneur des mœurs romaines. Ménandre semble n'en tenir aucun compte ; et pourtant, non seulement les bibliothèques de

• Diogène Laerce, IV, 35, parle de Téloge d'une Arsinoë par un Xénocrate distinct du célèbre philosophe. A peine est-il besoin de signaler une autre exception : Téloge d'Hélène,qui n'est évidemment chez Isocrate que Tagréable paradoxe d'un sophiste.

s Uspï iTri^stxTfxûv, ch. II, t. IX, p. 294 des Rhetores Graeci de Walz : tva yiii icpbq faxilov xat sùvùJsç ^taléyzcrâat

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