‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 16 sur 180 · LES SECONDES ÉDITIONS DES COM^IES · texte numérisé non relu

LES SECONDES ÉDITIONS DES COM^IES

dans la Nouvelle Comédie, r^/?fc/ero5 de Ménandre.

Quelquefois la pièce changeait de nom en se transformant. Ainsi, de ses Noces d'Hébé Épicharme avait fait les Muses dont le titre menteur promet une comédie toute littéraire et dont le sujet est fort différent ; car les Muses en question sont celles de la gastronomie. ' Ainsi, dans la Moyenne Comédie, Alexis refondit son Philétserus sous le litre nouveau de Démétrius ; Antiphane reproduisit, sous le titre de Butalioriy sa pièce des Manants ("AYpotxot) ; et, dans la Nouvelle Comédie, Diphile, en refondant son Preneur de villes y l'intitula YEvnuque ou le Soldat. Enfin, quelquefois la prétendue récension n'était guère qu'un plagiat mal dissimulé : Aristophane accusait, à tort ou à raison, son ancien collaborateur et ami Eupolis d'avoir imité trop exactement, dans le Maricas, sa comédie des Chevaliers.^ C'est avec plus de franchise, à ce qu'il semble, et sans cacher les droits du premier inventeur, que le vieux poète Cratès retouchait ou interpolait le Dionysos de Magnés, et que, dans la Moyenne Comédie, Alexis s'appropriait par des corrections VAntea de son contemporain Antiphane.

Un seul poète de cette active et ingénieuse

* Voyez G. Hermana, De Musis fluvialibus Epicharmi et Eumeli (tome II de ses Opuscules).

* Voyez E. Struve, De Eupolidis Maricante sive de Aristophane accusatore et Eupolide plagii reo {Kiel, 1841).

école ne voulut jamais se soumettre à l'usage de retoucher ses drames, usage dont il avait tant d'exemples autour de lui. * Il vieillissait, et les spectateurs le lui faisaient comprendre ; alors, sans pitié pour son œuvre, Anaxandride la donnait à F épicier^ dit en propres termes Athénée, qui s'étonne que le Térée de ce poète ait pu lui survivre, ayant été ainsi condamné par les spectateurs. N'est-il pas intéressant de retrouver, à deux mille ans de distance, à côté d'institutions sociales si profondément différentes des nôtres, des détails de mœurs, une chronique du théâtre qui rappelle Voltaire, Grimm et Marmontel : l'émulation des talents et celle des vanités profitant, comme chez nous, au progrès des arts ; le génie tantôt excité, tantôt découragé par les exigences de la foule ; la médiocrité cheminant par l'intrigue, triomphant quelquefois par le plagiat ; ^ en un mot, dans cette sphère modeste où se renferment nos études, l'éternelle identité de l'esprit humain, avec son héroïsme et ses faiblesses ? Mais en pénétrant plus avant dans l'histoire de la comédie grecque, nous allons retrouver le

* "nflTTTsp ni To/loi, Athénée, XllI, p. 374. Cf. Horace, Epist. II, 1, V. 270.

- Les Grecs pratiquaient beaucoup en cela la morale de Voltaire : « C'est surtout en poésie qu'on se permet souvent le plagiat, et c'est assurément de tous les larcins le moins dangereux pour la société. » (Dictionn. philosophique, au mot Plagiat,)

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