REMANIEMENTS DES PIÈCES DE THÉÂTRE
volontairement, par les copistes, les œuvres du vieil Eschyle devaient perdre peu à peu leur originalité primitive. Moins antiques par les formes de leur style, Sophocle et Euripide n'échappaient pas cependant à ces altérations. Il paraît même que le mal avait fait des progrès rapides, puisque, un demi-siècle à peine après la mort d'Euripide, un décret du peuple athénien essaya d'y remédier. Le décret, * porté sur la proposition du célèbre orateur Lycurgue, en ordonnant que des statues seraient élevées aux trois grands tragiques, réglait aussi qu'un exemplaire officiel de leurs tragédies serait déposé au temple de Minerve, dans les archives de FÉtat, et que ce texte servirait seul aux représentations sur le théâtre de Bacchus. C'est ce vénérable exemplaire qui tenta plus tard la curiosité d'un roi bibliophile d'Alexandrie : Ptoléméc Évergète l'emprunta sur gage aux Athéniens, afin d'en faire prendre une bonne copie pour la bibliothèque du Musée ; la copie seule fut renvoyée aux Athéniens, qui gardèrent le gage. "^
Il est certain que, malgré tant d'efforts pour ramener à leur intégrité les textes des trois tra-
«Boeckb, livre cité, p. 13; Nyssen, De Lycurgi oratoris vita et rébus geslis (Kiei, 1833), p. 84.
2 Plutarque, Vie de l'orateur Lycurgue ; et Galien, Commentaire sur les Epidémies d'Hippocrate, III, 2. — Cf. Egger, Histoire du Livre, p. 22. Paris, 1880, in-12.
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giques, et pour les préserver à Tavenir de toute corruption, les copies s'en altérërent de bonne heure en les multipliant. Dans les tragédies qui nous restent aujourd'hui, on est souvent embarrassé pour remonter à la leçon originale et restituer à ces précieuses médailles la pure et juste empreinte du génie qui les a frappées.
Le théâtre comique d'Athènes nous offre les mêmes usages et les mêmes abus que le théâtre tragique ; l'éducation du goût s'y fait lentement et par des épreuves semblables. *
Tantôt un ouvrage était refondu et reproduit, sans changer de titre, par son auteur, comme parmi les pièces d'Aristophane : 1* la Paix, dont nous possédons la première édition ; 2** le Plutus, dont nous avons la seconde édition appartenant à une tout autre forme du drame comique que la première ; 3* V^olosicon, qui a pu être remanié et approprié aux nouvelles convenances du théâtre pendant la vieillesse d'Aristophane ; 4* les Fêtes de Cérès ; enfin les Nuées, qui peut-être même ont eu trois éditions. On peut rapporter à la même classe les Lydiens de Magnés, Y Amphitryon d'Archippus, VAutohfcus d'Ëupolis ; dans la période de la Moyenne Comédie, le Phrygien d'Alexis ; et,
* Nous renvoyons en général, pour les faits qui suivent, au recueil de Meineke, à la collection des fragments d'Aristophane, par Bergk ; à celle des fragments d'Épicharme, par Polman Kruseman (Harlem, 1934).