LA CRITIQUE SUR LA SCÈNE COMIQUE 39 V
en tribunal poiminger les poètes tragiques, et ,w 3^*^ \^ célébrait en beaux vers la vie glorieuse et pur^ de ^ ^ y^^^ Sophocle. Cette comédie, et par sa date et par son ^^^ caractère, ouvre pour nous un ordre de faits nouveaux dans rhistoire de la critique.
Jusqu'ici la critique ne s'est offerte à nous que sous les^ traits sévères des juges officiels^; nous allons la voir installée sur la scène mème^ et sur la scène comique. Dans la période de TAncienne Comédie, depuis Chionidès, Tun des créateurs de Tart, jusqu'à Aristophane dont les derniers ouvrages appartiennent déjà à la Comédie Moyenne, il n'y a peut-être pas un seul poète qui n'ait mêlé la critique littéraire à ses fictions comiques. Ainsi Phérécrate, dans sa Pétale , attaquait le poète tragique Mélanthius ; dans ses Sauvages, on voit qu'il parlait de deux musiciens, Mélès et ChaBris. Le Chiron, pièce attribuée tantôt à Phérécrate et tantôt à Nicomaque, renfermait des parodies de Jocao-eA,
plusieurs passages d'Homère et d'Hésiode : la Mu- ( > C. .x /^.«i-v^ sique y paraissait sous les traits d'une femme, les j,^' ^ . 'i«^^,J vêtements en lambeaux et le corps meurtri, devant . '
la Justice qui lui demandait la cause de son malheur ; la Musique répondait par ces vers que nous essayerons de traduire, parce qu'ils montrent Puni on Jntimedes^^yixj^^ alors avaient presque une égale importance dans les compositions dramatiques, et le soin jaloux qu'un bon citoyen d'Athènes mettait à les préserver de toute corruption :
« Je te parlerai sans répugnance, car ce m*est un plaisir de te parler^ comme à toi de m'entendre. Mes maux ont donc commencé par Mêlanippidès qui m'énerva et m'amollit avec ses douze cordes (c'esl-à-dire en ajoutant des cordes à Tancienne lyre ?). Et cet homme-là pourtant, je pouvais bien m'en dire contente, au prix de ce que je souffre aujourd'hui ; mais l'infâme Athénien Cinésias, tourmentant la strophe contre toute harmonie, m'a ruinée au point que, dans les dithyrambes, comme dans un bataillon qui tourne le dos, la gauche est devenue la droite. Cinésias pourtant, je pouvais le supporter encore ; mais Phrynis avec sa nouvelle Hiéthode me fait pirouetter comme une toupie et me rend méconnaissable en voulant de sept cordes tirer douze espèces d'harmonie. Et cet homme-là encore, je pouvais m'en dire contente, car s'il a fait des fautes, il les a réparées ; mais c'est Timothée, chère amie, qui m'a corrompue, qui m'a déshonorée sans retour. — Quel est donc ce Timothée ? — Un méchant esclave milésien, qui a fait mon malheur ; il a surpassé tous ceux que je viens de nommer en faisant manœuvrer le chœur comme un bataillon de fourmis, etc. » *
* Je renonce à traduire les deux derniers vers dont le texte^ probablement corrompu, ne présente aucun sens raisonnable. Voyez le commentaire et les conjectures de Bergk dans Mei- ^J neke, Fragm, com, graîc, t. II.p. 333.