‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 19 sur 180 · LE CHIRON. — LA BOUTEILLE · texte numérisé non relu

LE CHIRON. — LA BOUTEILLE

Malgré bien des obscurités, l'intention générale ^ ^^

de ce morceau est facile à saisir. C'était apparem- "o

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ment un procédé familier aux anciens comiques que cette personnification des arts de Tesprit. On -^ :" -y en retrouve un bel exemple dans la pièce que Cratinus, déjà plus qu'octogénaire, donnait en concurrence avec les Nuées d'Aristophane, je veux dire dans la Bouteille : la Comédie elle-même disputant à llvrognerie Taffection du glorieux vieillard, finissait par triompher de sa rivale et par rendre au génie de Cratinus toute sa force et toute sa dignité. * Aristophane aussi avait mis en scène la Poésie dans une pièce qui portait ce nom,^ comme, dans le Plutus. il fait parler la Pauvreté, la Richesse, la Justice et Tlnjustice. Au reste, la sévérité de Phérécrate ne s'adressait pas seulement aux poètes et aux musiciens corrupteurs du goût ; elle ne craignait pas de s'attaquer aux juges mêmes du concours. Dans ses Cra" patales^ une scène au moins se passait aux enfers ; Eschyle y figurait, et le poète, dans sa parabase, adressait aux Cinq Juges cette verte allocution qu'un grammairien nous a conservée :

<c Je dis aux juges qui jugent aujourd'hui de ne pas se parjurer, de ne pas commettre d'injustice,

* M. Stiévenart a publié en 1847 une restitution ingénieuse de cette comédie de Cratinus.

* 11 est vrai que d'anciens critiques attribuaient cette pièce à Archippus.

sans quoi, par Jupiter dieu de Tamitié, Phérécrate leur dira deux mots qui les mordront davantage. »

Dans ce qui nous reste des Hésiodes de Téléclide, on remarque plusieurs allusions aux poètes contemporains et particulièrement à Euripide. Les Orateurs de Cratès, les Tragédiens de Phrynichus, les Poètes j le Poète et les Sophistes de Platon, la Sappho * et le Connus (c'était le nom d'un musicien célèbre) d'Amipsias, le Cinésias de Strattis, indiquent aussi, par le titre seul et par les fragments qui nous en restent, des scènes de satire toute littéraire.

Plusieurs, il est vrai, des attaques dirigées par les comiques contre leurs confrères de Tun et de Tautre théâtre portaient sur des vices ou des ridicules de la vie privée. Cest ainsi que dans les Poissons d'Archippus, le poète tragique Mélan- \^ I thius, que nous avons déjà vu cité dans une autre

VC^ /y' ■ ' I pièce du même répertoire, était joué pour sa gour- 8kV "^ . I mandise. Voici, selon des conjectures vraisem- :;(n: ' ' jblables, le sujet de cette comédie oii trouvaient

Vv .^ ^ place, parmi les fictions les plus fantastiques, cer-

taines allusions aux mérites ou aux défauts de quelques artistes contemporains : les Poissons, qui formaient le chœur, irrités d^être depuis long-

* Le même sujet a été traité par cinq poètes de Tâge suivant : Antiphane, Éphippus, Amphis, Diphile et Timoclès. Voyez plus bas, § 5.

LES POISSONS d'archippus 43

temps victimes de la gastronomie athénienne, prennent à leur tour l'offensive ; une guerre terrible s'engage, et, après bien des alternatives, se termine par un traité où chacun des deux partis sacrifie à Tautre les combattants les plus compromis dans la lutte ; c'est à ce titre que Mélanthius était livré aux poissons comme leur implacable ennemi. Le traité, écrit en prose, et dont Athénée nous a conservé quelques lignes, stipulait en revanche que les Poissons rendraient au Peuple athénien une célèbrp joueuse de flûte, morte apparemment dans un naufrage sur les côtes de TAttique.

La critique ne se bornait pas toujours à ces traits d'une satire plus ou moins directe. Plusieurs pièces de Tancien théâtre comique parodiaient d'un bout à l'autre des tragédies contemporaines. On peut citer en ce genre VAtalante, la Médée^ le Troïle, les Phéniciennes , le Philoctète et les Myrmidons de Strattis, les Phéniciennes y les Danaîdes et le Polyidus d'Aristophane, qui rappellent autant de pièces d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide. La parodie a aussi un assez grand rôle dans le théâtre d'Epicharme. L'hilarotragédie de Rhinton* et de Sopatros consistait aussi presque

* Laurent Lydus (De Ma^;istr. Rom., I, 41) prétend que celle de Rhinlon était en vers hexamètres épiques. Tous les fragments qui en restent sont iambiques et contredisent cette assertion.

toujours en parodies du même genre. Aucune de ces satires ne nous est parvenue. Seulement, on en peut connaître Tesprit et le caractère d'après ce qui nous reste du théâtre d'Aristophane. Aristophane, à lui seul, suffit pour nous apprendre ce qu'étaient alors les devoirs et les libertés de la satire littéraire, sous les diverses formes qu'elle a su prendre dans la comédie.

Autant la tragédie grecque se complaît dans la y^ - 'j peinture des âges héroïque^ et du passé le plus

lointain, autant la comédie aime les sujets contemorains. Politique, lettres, beaux-arts, actes de la vie publique et de la vie privée, anecdotes scan- ^^ < . ' daleuses, tout est de son domaine, et nul plus

)>H ^' qu'Aristophane ne semble avoir aimé cette auda-

rvA*^ *' o-^'^^^ cieuse licence dans le choix des sujets et dans la

i^.> .,-^ ne

4k ^^^ /^-V les ridicules delà démagogie alors triomphante; ^ ^^-^^^ ^ il a frondé toutes les erreurs du goût en musique

'-^ et en poésie ; et sur tant de thèmes divers il a su

répandre une inépuisable variété d'invention et de style. En politique, ses doctrines sont de l'école de Solon, amies d'une sage liberté, hostiles aux excès démagogiques, répugnant même à d'honnêtes innovations qui contrarient le vieil esprit aristocratique d'Athènes. En littérature, Aristophane est novateur, mais avec réserve : il cherche à éleverja comédie, et à la puri^ÊT ; et, si l'art nous

^ . ' "^ i^ip^inture des caractères. Il a touché à tous les évé- ^^^, ^ .^ . . nements de son temps, à tous les crimes et à tous

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