ORIGINE DE LA PHILOSOPHIE
que sans changement, la conception de Dieu , de sa puissance, de sa bonté, de sa justice et de sa pro* vidence, s'épure chaque jour au fond des âmes, et un temps arrive où le symbole religieux ne les satisfait plus ; elles vont chercher ailleurs des solutions à leurs doutes, des réponses à leur insatiable curiosité : la philosophie prend naissance, ou plutôt elle se dégage des enveloppes de la fabie sous lesquelles se cachaient ses premiers germes \ A côté et au-dessus de ces instincts profonds, mais toujours un peu vagues, qui ont créé la religion des âges primitifs, se développe une force toute réfléchie qui tend, avec conscience d'elle-même, à la découverte de la vérité ; à côté des écoles d'aèdes et de rhapsodes, il se fonde des écoles de philosophes. Ce- développement de l'esprit humain est si rationnel qu'on hésite à y voir une vérité historique ; aucun fait pourtant n'est mieux attesté. Si, chez d'autres peuples, la marche des idées a été plus irrégulière, en Grèce elle a toute la précision d'une théorie : l'histoire s'y explique d'ellemême en se déroulant. Après l'âge héroïque où la philosophie et la religion sont confondues sous la forme brillante de l'épopée, vient l'âge de Pisistrate où la philosophie et l'épopée se divisent pour toujours ; privée de son sens religieux, la poésie
* Aristote a écrit là-dessus de profondes réflexions dans sa Métaphysique, I, 2.
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épique n'est plus alors qu'une agréable forme de narration où s'exerce le talent des versificateurs habiles, tels que Pisandre, Panyasis et Antimaque. On mesure très bien la distance qui sépare ce travail artificiel et savant de l'inspiration à laquelle nous devons l'Diade et l'Odyssée. Des noms illustres marquent la transition entre ces deux phases de la pensée grecque, que caractérisent l'épopée et la philosophie : Solonetïhéognis *, avant les philosophes proprement dits, annoncent, par des doutes injurieux à la majesté de l'Olympe homérique, une science qui, dédaignant la théologie fabuleuse, cherchera ailleurs les principes de la morale et de la métaphysique. Pindare lui-même, ce lyrique si enthousiaste, Pindare, qui définit la sagesse une science innée (<io<po; o TzoXkk etSwç (pua), c'est-à-dire une science donnée à l'âme par la faveur du ciel *, Pindare néanmoins n'est pas exempt de doutes sur les dieux de l'Olympe. Il choisit entre leurs diverses légendes, il discute la tradition fabuleuse ; par exemple, il ne peut admettre que Jupiter et les siens aient mangé, dans
* Voyez notre article sur la Poésie gnomique, dans le Dictionnaire des Sciences philosophiques, morceau réimprimé avec quelques additions dans nos Mémoires de Littérature ancienne (Paris, 1862) p. 229 et suiv.
* Olympique II, 86 Boeckh (155 vulg.), où il semble se souvenir d'Homère, Odyssée, XXII, 347 : Aûrof^t^axToç â' sifit, Beàç ^é yioi sv fpsvïv oc/Aaç Havrotaç héf\jvev.