‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 31 sur 180 · CRITIQUE DE LA MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA MYTHOLOGIE

un repas, le corps de Pélops, fils de Tantale : « Tant de fables mensongères trompent les mortels par Tattrait d'un ingénieux langage! la poésie, ce charme de la vie humaine, donne souvent tant de crédit aux choses qu'il ne faudrait pas croire ! Les jours viennent, plus tard, dont le témoignage fait luire la vérité ; mais il convient à Thomme de ne rien raconter que d'honnête sur les dieux... » Aussi ne veut-il pas qu'un dieu soit, dans ses vers, « appelé glouton, » et il invente, pour expliquer la disparition du jeune Pélops, une fable qui, du reste, nous semble être encore moins que la première à l'honneur de ceux que le poète veut justifier*.

Une fois que la nouvelle sagesse a trouvé son expression dans les grands systèmes de Thaïes, de Xénophane, de Pythagore, elle devient nécessairement hostile à la vieille mythologie. Par nécessité ou par convenance, elle lui fera bien encore çà et là quelques concessions. Parménide et Xénophane écriront en vers ; celui-ci-même chantera encore ses poèmes à la façon des rhapsodes * ; Parménide

' Olympique I, 28-53 Boeckh (44-85 vulg.). Voyez un exemple analogue, Olymp. IX, 30 etsuiv., et, pour plus rJe détails, De Jungh, Pindarica(Utrecht, 1845), de Pindari sapientia, cap. t. Euripide, dans Tlphigénie chez les Tauriens, V. 375, et dans l'Hercule furieux, v. 312, prête à ses personnages des idées presque semblables.

* Diog. Laërce, IX, 18. Cf. Bode, Histoire de la poésie grecque (en allem.), 1. 1, p. 488 (Leipzig, ^838), et V. Cousin, Fragments philosophiques, 1. 1, p. 1-72 (éd. 1847),

se représentera ravi dans les airs par des Muses filles du Soleil jusqu'au trône de la Vérité, et offrira encore sa philosophie comme une sorte de révélation ; il y mêlera même quelques débris des superstitions populaires ^ Empédocle invoquera aussi une Muse, « vierge aux bras blancs, aux riches souvenirs ' ; » et il demandera aux dieux de préserver sa langue contre Terreur et Timpiété. Malgré toutes ces réserves, on sent au fond qu^une grande lutte commence entre la raison et le symbolisme piuen : c*cst la lutte qui ne finira que par le triomphe du christianisme.

Or^ dans cette réaction contre les dogmes religieux, comment procède l'esprit nouveau ? avec une tactique irréfléchie peut-être, mais qui a toutes les apparences de Thabileté. Pour être juste envers la mythologie, il fallait y reconnaître le libre travail de l'imagination populaire : le bien comme le mal n'y est pas l'œuvre spontanée d'une école de prêtres ou de poètes. Le peuple s*est fait à luimême ces dieux dont s'emparent ensuite le prêtre, pour les enfermer dans le sanctuaire, le poète, pour les embellir et pour en faire les héros de récits merveilleux. Xénophane attaquant la mythologie d'Homère, nous représente donc l'esprit hu-

* Voyez F. Riaux, Essû sur Parménide d'Élée (Paris, 1840), p. 207 et suîv.

* Fragments du poème Sur la Nature, v« 339 et suîv., éd. Sturz;

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