SPEUSIPPE
points où il s'en écarte, il en a fait, sans le dire, la plus juste critique. Quand nous traiterons tout à rheure des théories d'Aristote sur Tart, nous reviendrons donc, en même temps, à celles de Platon.
I 5. De la critique chez les disciples de Platon. Héraclide
de Pont.
H est malheureusement impossible aujourd'hui de suivre la trace des idées de Platon sur les beaux-arts dans Técole même dont il fut le fondateur. Diogène Laërce nous apprend seulement que Speusippe * fut aussi fidèle aux doctrines de Platon qu'infidèle aux exemples de sa vie. Il lui attribue deux ouvrages qui paraissent appartenir à la haute critique : 1** Réfutation des traités sur la rhétorique ^^ 2** traité de FArt^ en un livre, et il
* On regrette bien que M. F. Ravaisson n'ait pas traité cette question délicate dans sa thèse : Speusippi de primis rerum principiis placita qualia fuisse videantur ex Aristotele (Paris, 1838). Mais le sujet de cette thèse ne Ty obligeait pas, et Ton doit avouer que nous manquons de témoignages sur cette partie des doctrines de Speusippe.
* "EXsy/o; ts/vwv. On sait que ce mot Téynt-n, quand aucun adjectif n'y est ajouté, signifie ordinairement un traité de rhéthorique ; chez les Latins, les artium scriptores sont les rhéteurs qui ont écrit des traités de ce genre. Voyez Spengel, 1. c.
3 T3;^vf/6v. Cf. Diogène Laërce, III, 87 : Uiintrn ^txipstri^
xa'Asltoci TS;^vtxôç.
raconte qu'Arislote acheta, pour trois talents, « les livres de Speusippe » ; on ne sait si c'était sa bibliothèque ou les manuscrits de ses ouvrages. Xénocrate aussi avait écrit, selon le même historien, l"" Sur les IdéeSy 2** Sur l'Art et Sur la Science^ 3" Solutions de questions littéraires ou oratoires *. Le plus érudit des disciples de Platon, Héraclide de Pont, dont les ouvrages d'ailleurs sont quelquefois confondus avec ceux d'un grammairien son homonyme, avait laissé des traités Sur la Musique^ Sur la Poésie et les Poètes (entre autres, sur Homère, Hésiode, Archiloque, Eschyle, Sophocle et Euripide), un livre mûivilé Caractères^ qui n'était peutêtre qu'une de ces analyses comme Denys d'Halicarnasse en offre plusieurs, des caractères particuliers du style dans chaque genre d'éloquence ^. Proclus cite, d'après Longin, une anecdote qui prouve le zèle de Platon et de ses disciples pour la gloire des grands poètes : « Héraclide raconte (probablement dans le livre sur les Poètes) que Platon préférait les vers d*Antimaque à ceux de Chœrilus, alors fort en vogue, au point qu'il envoya Héraclide à Colophon pour y recueillir les poèmes de
* AOo-t; Twv 7r«pl toùç Xôyovç. Comparer la Rhétorique attribuée à Denys d'Halicamasse, c. xi : 7r«pl t;çç twv ).67wv
* Denys avait aussi écrit sous le titre de 'A/î/atwv ;^apax- T^psç un livre qui est plusieurs fois cité par les rhéteurs. Voyez les scholies sur Hermogène dans Walz, t. VI, p. 73 ; t. VII, p. 93, 880, 918, 1036, 1048,