LE THÉÂTRE DAWS L*ÉDUCATION
raliste contre ces débauches d'esprit qui souillaient le théâtre comique d'Athènes ; mais ce n'est pas la comédie seule, c'est la tragédie, l'épopée, avec toute la tradition religieuse de l'ancienne Grèce, qui sont sacrifiées à Tinexorable austérité du législateur. Platon nous apprend lui-même * qu'il projetait d'écrire sur la constitution de l'État un troisième ouvrage, que sans doute il n'a pu achever, puisque déjà les Lois sont une production de sa vieillesse. Dans ce livre, qu'on ne peut guère concevoir que comme un projet de république plus conforme aux lois de l'histoire et de l'humanité, il se montrait sans doute plus juste envers les poêles: on aime à croire que, comme Cicéron dans sa République, renonçant à ne faire de la poésie qu'un moyen d'éducation commune, il lui laissait une liberté honnête et se bornait à lui interdire de trop scandaleux écarts. Mais on ne peut là-dessus former que des conjectures, et la doctrine exposée dans les Lois reste à nos yeux le dernier mot de son auteur sur ces graves problèmes.
Il est vrai que Platon semble avoir pris toutes ses précautions pour conjurer les jugements trop sévères, en se cachant lui-même sous tant de personnages diversement éloquents et séducteurs ; il est vrai qu'il présente quelquefois avec une sorte de réserve ses plus ambitieuses théories, qu'il se
* Lois, livre V, p. 739 E.
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joue sans cesse avec son lecteur, Tattirant et le repoussant tour à tour par les caprices du paradoxe et de la fantaisie. Toutefois, si l'on est familiarisé avec les procédés de la dialectique platonicienne S on saisit bientôt un fil pour se diriger à travers le méandre de ces discussions tantôt subtiles, tantôt pathétiques ou gracieuses, et l'on en dégage sans trop de peine, sur les questions de haute critique, trois principes que les controverses de l'école et les luttes du théâtre avant Platon nous avaient seulement laissé entrevoir, mais qui, une fois mis en pleine lumière par ce grand génie, ne cesseront plus d^occuper les penseurs :
1° Les beaux-arts, en général, procèdent par imitation.
2** Cependant, les beaux-arts ne sont rien sans une inspiration supérieure ; ils tendent plus haut qu'à reproduire la simple réalité.
3** Les beaux-arts ont une si grande action sur les âmes, que, dans un état bien constitué, ils doivent être soumis au contrôle de la loi.
Ces principes et l'application que le philosophe en a faite, j'aurais dû les discuter j^eut-être ; j'ai VQulu les exposer surtout en historien. D'ailleurs Aristote, venant après Platon, s'est en partie approprié les doctrines de son maître, et, par les
* Voii'la thèse de P. Janet. Essai sur la Dialectique de Platoii) Paris, 1848.