ÉCOLES £T CONCOURS DE RHAPSODES
plus dédaignés que ceux de rastronomie et des sciences naturelles? D'ailleurs, bien que l'esthétique se soit enrichie d'une foule d'observations, depuis Tanliquité, bien qu'elle ait élargi ses horizons, élevé son point de vue, tous ces progrès cependant ne l'ont pas menée si loin qu'elle ne puisse encore utilement retourner aux leçons de ses premiers maîtres. *
I 1. Écoles et concours de rhapsodes.
La pieuse admiration des Grecs pour le génie d'Homère a cherché dans l'Iliade et dans l'Odyssée l'origine de toutes les sciences et de tous les arts. Un petit traité sw la poésie d'Homère, qu'on attribue à Plutarque, résume sur ce sujet les rêveries de la vanité nationale. ^ Le grammairien Téléphus, de l'école de l^ergame, avait même écrit une Rhétorique selon Homère, ^ qui n'était sans doute
* Voir le bel ouvrage de M. Ch. Lévôque : La science du beau. Paris, 1861, 2 vol. in 8.
' Sur la rhétorique et Téloquonce d'Homère, v. Aphthonius P?ogyinnasmata, 1. 1, p. 1 49 et 193 des Rhéteurs de Walz. — Hermogène, Ibid., t. III, p. 375. — Schol. ad Herinog. Ibid.. t. IV, p. 43-44. — Fs. Plutarque, de Hom. poet., § 171 et suiv. — M. R. Schmidt, dans sa dissertation publiée en 1850 : De Plutarckea quse vulgo fertur Homeri vila Porphyrio vindicanda, n'a pas démontré jusqu'à la certitude que ce médiocre opuscule soit vraiment du célèbre Porphyre.
' Prolegom, ad Herraog. ap. Walz, Rhet. gr. Vil, p. 5. C'est peut-être le même ouvrage que Suidas intitule : « Sur les figures de rhétorique qui se trouvent dans Homère. » Cf. Fabr. Bibl. gr., t. I, p. 525, Harl.
que Tanalyse technique des discours que le poëte fait prononcer à ses héros. Mais personne, que je sache, n'a eu l'idée d'écrire une Poétique d'Homère. A moins d'admettre pour vraies les puériles traditions recueillies par d'anciens biographes, quelque opinion qu'on adopte sur la composition de l'Iliade cl de l'Odyssée, il y faut bien reconnaître le caractère d'une poésie naïve, étrangère et antérieure aux règles de Tari. Rien de plus parfait assurément que certaines scènes de Tlliadc, comme les adieux d'Andromaque et d'Hector, ou l'entrevue d'Achille et de Priam ; il n'est pas un mot, pas un trait que puisse y relever le goût d'une société plus cultivée. Rien cependant ne sent moins l'effort du talent qui s'observe, se règle et se rend compte de ses propres secrets. Tout est franc et simple ; mais c'est la simplicité d'un naturel sublime Le génie des races helléniques, libre et ferme génie qui sera un jour celui même de l'occident civilisé, respire tout entier dans ces pages dont trois mille ans n'ont pas altéré l'immortel éclat ; celte alliance, en quelque sorte instinctive, de l'imagination créatrice et de la raison, de la force et de la mesure, a pour nous un charme que ne possède, je crois, au même degré nulle production des premiers âges de l'humanité. Aucune poésie non plus n'a su mieux exprimer le sentiment du beau. Dans Homère, si la beauté