ÉCOLES ET CONCOURS DE RHAPSODES
n*est pas la vertu même, il semble qu'elle en soit, du moins, la parure naturelle. Sa vue seule fait penser aux dieux : Ulysse tombe à genoux devant la chaste et brillante jeunesse de Nausicaa, comme devant une apparition céleste.
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Hélène, Tépouse infidèle, cause d'une longue et terrible guerre, Hélène, passant au milieu des vieillards de Troie, impose à leur douleur une indulgence mêlée d'admiration et de respect. ^ De tels traits annoncent l'éloge d'Hélène par Isocrate ; ils annoncent déjà la morale des philosophes grecs, qui réunit le beau et le bien en une seule | idée comme en un seul mot (îca>.o; îcàya^o;) : union dangereuse sans doute, à quelques égards (la Grèce le verra bientôt), mais dont Homère n'exprime pour nous que le sens le plus pur et le plus élevé. ^
Un caractère non moins remarquable dans cette
1 Odyssée, VI, 160.
- Iliade, III, 156. Voyez sur ce passage une ingénieuse et délicate observation d'Aristote : Morale Nicom,, II, 9. Comparez quelques beaux vers de l'Hymne à Gérés, v. 276-281, et la dissertation de W. Junkraann, De vi ac potestate quam habuit pulchri studium in omnem Grœcorum et Romanorum vitam. Cologne, 1848.
' Brunn, Die KunsL bei Homer und ihr Verhàltniss zu dcn Anfângen der Griechischen Kunstgeschichte (Extr. des mem. de PAcad. de Bavière, XI Ed., III Abth.)
jeunesse héroïque de la poésie et de la civilisation, c'est qu'on n'y voit pas encore les^négalités du talent personnel d'où naîtront plus tard l'émulation et les luttes littéraires^ Les aèdes qui chantent les exploits des hommes^ semblent tons relever au même titre de Jupiter ou d'Apollon, leui maître divin. ^ Le meilleur aède n'est guère que celui qui sait le plus de choses ; le meilleur chant et le plus agréable aux auditeurs est le dernier qu'ils ont entendu, ^ apparemment parce que le plaisir en est moins éloigné et que l'impressioii en est plus récente et plus vive. Du reste, nulle trace de rivalités entre les chanteurs, nulle trace d'une préférence dans l'auditoire pour quelque chanteur privilégié. La poésie participe en quelque sorte du sacerdoce ; son caractère sacré domine entièrement les différences de génie que la nature a pu mettre entre deux disciples des Muses. On ne jugeras les rhapsodes, on les écoute comme de religieux témoins du passé, comme des êtres supérieurs à l'homme, avec amour et vénération. Seulement les dieux et les Muses interdisent à l'aède toute ambition de les égaler. *
Mais l'âge suivant, auquel on attache d'ordinaire le nom d'Hésiode, voit s'établir un usage, je n'ose
< Odvssée, VIÏI, 73. Cf. Hésiode, Théogonie, v. 30.
« Odyssée, VIII, 479 et suiv.
8 Odyssée, I, 352.
* Cf. Iliade. ÏI^ 395 et suiv.