‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 82 sur 180 · RÈGLES DE MORALITÉ DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

RÈGLES DE MORALITÉ DRAMATIQUE

plus, il a trouvé pour les défendre un texte de Proclus qui avait échappé jusqu'ici aux éditeurs et aux interprètes d'Aristote ; ce texte, sans confirmer directement Texplication proposée ici, paraît du moins écrit dans le même sens par un philosophe qui avait sous les yeux des éléments plus complets d'une comparaison entre la doctrine de Platon et celle du Stagirite. J'ai reproduit ailleurs*, et j'ai même essayé de traduire le passage extrait par J. Bemays du commentaire de Proclus sur les lois de Platon. Il appuiera d'un témoignage utile, quoique indirect, notre opinion sur le sens et la valeur de la célèbre théorie d'Aristote.

Que si maintenant on craignait l'abus de cette philosophie tolérante qui accepte francnement la passion comme un moyen légitime d'intérêt dans les œuvres de l'art, je dirais qu'Aristote est bien loin, à cet égard, d'une dangereuse indifférence. Seulement ce n'est pas à sa théorie de la purgationf des passions par le drame qu'il faut demander des règles de moralité dramatique ; ces règles étaient ailleurs répandues dans ses écrits. l

On en trouve d'abord des traces dans divers chapitres de la Poétique. Ainsi, parmi les dénoûments tragiques, il blâme ceux qui nous montrent les criminels triomphants et les honnêtes gens malheu-

* A la suite de mon édition citée plus haut de la Poétique d'Aristote.

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reux ; à propos des crimes que la tragédie met en scène, il décide que des diverses manières de s'en servir, la plus mauvaise, c'est lorsque le héros, connaissant celui qu'il va frapper, hésite et n'achève pas, c'est-à-dire apparemment lorsqu'il en est empêché par quelque cause étrangère, « car alors l'action est odieuse, sans être tragique. » Au chapitre suivant, qui traite spécialement des mœurs, il cite comme exemples de mœurs « mauvaises sans né* cessité» le personnage de Ménélas dans VOreste d'Euripide. On voit aussi qu'il regardait la femme et surtout l'esclave comme des personnages d'un ordre inférieur et dont le poète ne peut attendre de grands effets ^ La tragédie étant essentiellement l'imitatioiî d'une action sérieuse ((jxo'jSa^a;, mot bien difficile à traduire en notre langue) ne peut chercher ses modèles que dans la belle nature ; on voit pourtant que par là le philosophe n'entend pas en faire un cours de morale, et qu'il lui permet de reproduire le vice, pourvu que le vice ait de la grandeur ou de l'intérêt; car Euripide, « malgré la mauvaise disposition de ses pièces, » lui paraît cependant « le plus tragique des poètes. » Quant à la comédie, il la définit u une imitation du mauvais, non de toute espèce de mauvais, mais du ridicule seulement, qui ne cause ni douleur ni destruction.» C'est faire une large part aux licences de la scène

* Poétique, chap. xin, xiv, xv.

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