PISISTRATE ET LES POEMES HOMÉRIQUES
Ç 2. Rédaction des poëmes homéricjues au temps
de Pisistrate.
Si, comme il semble démontré, * Técole des aèdes homériques ne connaissait pas Técriture ou du moins n'en avait pas un usage familier, on comprend combien devaient être fugitives les impressions de l'auditoire dans les concours poétiques que nous venons de décrire, et combien la décision des juges devait être peu réfléchie. Il en fut autrement sans doute à mesure que Fart d'écrire devint d'une application plus facile et quand, après la récitation, le porte put avoir aussi des lecteurs. C'est sous le règne de Psammitichus, en Egypte, et de Pisistrate, dans l'Attique^ que le commerce du papyrus, commençant à s'étendre chez les Grecs, y rendit plus commun l'usage de l'écriture et dota la pensée d'un merveilleux véhicule qui allait puissamment seconder les progrès de la civilisation. Je n'ai pas à marquer ici toutes les conséquences de ce fait important dans l'histoire de la littérature grecque, mais il en est une qui se rattache trop étroitement à
1863, les morceaux intitulés : « Aperçu des origines de la Littérature grecque », et : « Conclusions sur les poèmes homériques. »
* Voyez surtout les Prolégomènes de F.-A. Wolf sur l'Iliade, § xii-xvin.
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10 HISTOIRE DK LA CRITIQUE. CHAP. I, § Il
Tobjet même de nos recherches, pour que je ne m'y arrête pas quelques instants.
Bien des fables entourent et défigurent la tradition suivant laquelle Pisislrate réunit le premier en un seul corps d'ouvrage les chants, antérieurement épars, de l'Iliade et de l'Odyssée. On a confondu Pisistrate avec Ptolémée Philadelphe faisant rédiger la fameuse version des Septante, et on l'a représenté au milieu d'une académie de soixante grammairiens qui se disputent à qui donnera des poëmes homériques l'édition la plus complète et la plus exacte. Un autre récit nous le montre payant à prix d'or le moindre vers d'Homère qu'on lui venait apporter, puis distribuant chacune des deux épopées homériques en vingt-quatre chants distingués par les vingt-quatre lettres de l'alphabet, et cela à une époque où l'alphabet grec n'avait encore que seize ou dix-huit lettres. * Il y a peu de grands événements qui n'aient ainsi leur légende à côté de leur histoire sérieuse. Dégagé de ces embellissements où se révèle l'ignorante naïveté des
' Tzetzès, sur l'Iliade (publié à la suite du traité de Métrique deDracon, par Hermann), p. 1, 45 et 125; scholiaste de Denys le Thrace dans les Anecdota graeca de Bekker, p. 767 ; préambule du Commentaire d'Eustathe sur l'Iliade; scholie inédite, publiée en latin par M. Ritschl, dans l'opuscule qui a pour titre : Les bibliothèques d'Alexandrie sous les premiers Ftolémées, et la collection des poëmes homériques par Pisistrate en allemand, Breslau, 1838) ; puis en grec par M. Cramer, Anecdota Parisina, t. I ; puis en grec et en latin, avec d'excel-