‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 108 sur 194 · CRITIQUE CHEZ LES ÉPICURIENS · texte numérisé non relu

CRITIQUE CHEZ LES ÉPICURIENS

ciens de l'époque impériale*, est une des causes qui nuisirent à l'influence du stoïcisme et qui limitèrent ses bienfaits.

On trouve parmi les écrits d'Epicure dont la mention nous est parvenue un traité Sur la Musique, et parmi ceux de Métrodore, son élève, des livres Sur la Poétique et Sur les Poètes ; mais ces titres ne doivent pas nous tromper sur l'intérêt * que les épicuriens prenaient aux questions de critique. Leur métaphysique, comme leur morale, tendait à rabaisser au rang des plaisirs sensuels les jouissances que nous donnent les beaux-arts ^ Epicure permet bien que le sage aille quelquefois se distraire dans un théâtre ou dans un concert; mais les recherches savantes et les discussions sur la musique ne lui paraissent pas dignes d'occuper même les loisirs d'un banquet \ Métrodore avait rempli son livre Sur les Poètes d'injures contre Homère ; il y disait en propres termes « qu'il importait peu de savoir si Hector était du côté des Grecs ou du côté des Troyens, et de n'avoir pas

* Epictète permet le spectacle à son disciple, mais il faut voir à quelles conditions (Manuel, §§ 48 et 49). Cf. Arrien^ Entretiens d'Epictète, et les Pensées de Marc-Aurèle. XL 6. et 111,4. * . ^ t

* Voir Sextus Empiricus, Contre les Savante, I, 1 ; DiogèneLaërce, II, 85, et les autres auteurs dont le témoignage est cité et commenté par M. Ravaisson, Essai sur la Métaphysique d'Aristote, t. II, p. 83 et suiv.

» Plutarque, Qu'on ne peut vivre agréablement selon la 4octrine d'Epicure, chap. xiii.

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retenu quelques vers du commencement ou du milieu de l'Iliade *. » On aperçoit le même esprit de critique chagrine et dédaigneuse dans les livres de Philodème Sur la Musique, Sur la Rhétoinque et Sur les Poèmes, dont quelques pages ont été retrouvées à Herculanum ^ Dans le premier, Philodème soutenait, contre l'opinion du stoïcien * Diogène, que la musique ne saurait avoir d'influence morale sur les âmes ^; le second, que nous commençons à pouvoir apprécier, grâce à d'habiles restitutions *, sous prétexte d'attaquer les sophistes contemporains, semble mettre en question l'utilité de la rhétorique elle-même. L'intention du troisième ouvrage est plus difficile à saisir sur des fragments très-mutilés : on croit voir cependant que l'auteur y discute des opinions de Zenon

' Plularque, livre cité, chap. ii et xii.

« Voir sur Torigine et les progrès de ces découvertes : lo notre Hellénisme en France, t. II, p. 405 et 456 ; 2o nos articles publiés dans le Journal des savants (juin et juillet 1881) sur le recueil des mémoires publiés par les savants italiens à l'occasion du dix-huitième centenaire de la grande éruption où furent détruites les trois villes d'Herculanum, de Pompéi et de Stables ; 3o le mémoire de M. Comparetti : Relazione sui papiri Ercolanesi, Rome 1880, in-4.

» Volumina Herculanensia, t. I. Voir surtout les colonnes VII et viii où : le sens est assez facile à saisir : Philodème, du resU;, a bien l'air de n'y disputer que sur des mots.

* Celles de E. Gros, publiées à Paris en 1840, et celles de L. Spengel, qui ont paru presque en même temps dans les Mémoires de l'Académie royale de Munich,

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