‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 112 sur 194 · ÉRATOSTHÈNE · texte numérisé non relu

ÉRATOSTHÈNE

d'hui de cette polémique se borne à quelques remarques sans valeur, et ne justifie que trop le dédaigneux jugement d'un Romain sur les fujtililé$ laborieuses de l'érudition grecque *.

A Alexandrie, comme dans les écoles d'Athènes, Homère n'était pas moins souvent commenté par les historiens et les géographes que par les critiques de profession. Ératosthène discutait très-librement la valeur de ses descriptions géographiques, surtout en ce qui concerne les célèbres erreurs d'Ulysse. Là-dessus il attaquait fort les admirateurs complaisants qui voulaient prendre Homère à la lettre, et retrouver sur le terrain la justification de son témoignage. « On retrouvera^ disait-il, la trace des voyages d'Ulysse quand on aura retrouvé l'ouvrier qui a fait Toutre d'Éole' ; » et il déclarait, en général, que l'office du poète est d'amuser ses auditeurs, non pas de leur enseigner l'histoire ou la géographie ^ Ainsi les sciences se mêlaient aux lettres dans les doctes veilles du Musée; ainsi, les questions les plus diverses étaient

* Sénèque, Sur la Brièveté de la vie, chap. xiii : « Graecorum ille morbus fuit quaerere quem numerum remigum Ulysses habuisset, prior scriptaesset Ilias an Odyssea, praeterea an ejusdem esset auctoris. » Gt. la lettre LXXXVIIIe à Lucilius.

* Voyez rOdyssée, X, 19.

* Voyez le premier livre de la Géographie de Strabon, et le recueil de Bernhardy, intitulé : Eratosthenica (Berlin, 1822), p. 112, où l'habile collecteur des fragments d'Ératosthène me paraît écarter trop légèrement l'opinion de Heyne, à laauelle nous nous rattachons ici. * "

agitées au milieu de ces riches et vastes bibliothèques devenues comme le trésor de Tesprit humain.

* Nous avons une image de cette union de la science positive et de la poésie dans Y Hermès d'Eratosthène. S'emparant du dieu inventeur de récriture et de la lyre, pour personnifier en lui le génie progressif de l'humanité, Ératosthëne racontait ainsi, sous une forme épique, Thistoire des principales inventions qui ont agrandi et honoré la vie humaine, surtout Thistoire de l'astronomie : idée originale et belle, dont aujourd'hui nous suivons péniblement la trace à travers d'informes débris de ce poème, et que, par une singulière coïncidence, a failli réaliser une seconde fois, deux mille ans après Ératosthène, un des plus grands poètes de la France moderne. André Chénier, en effet, avait conçu le projet d'un poème sur Hermès considéré comme le génie même de la civilisation : c'était son œuvre de prédilection.

0 mon fils, mon Hermès, ma plus belle espérance ! 0 fruit des longs travaux de ma persévérance, Toi Tobjet le plus cher des veilles de dix ans, Qui m*as coûté des soins et si doux et si lents. Confident de ma joie et remède à mes peines ; Sur les lointaines mers, sur les terres lointaines. Compagnon bien-aiméde mes pas incertains, 0 mon fils, aujourd'hui quels seront tes. destins ? etc.

L'œuvre n'a pu être achevée : il n'en reste que

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