‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 113 sur 194 · ÉRATOSTHÈNE ET ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

ÉRATOSTHÈNE ET ANDRÉ CHÉNIER

le plan et quelques vers admirables, terminés par le poétique adieu qu'on vient de lire, et par cette autre expression d'un douloureux pressentiment ;

Le français ne sera, dans ce monde nouveau, Qu'une écriture antique et non plus un langage ; Ah ! si tu vis encore, alors peut-être un sage Près d'une lampe assis, dans l'étude plongé. Te retrouvant poudreux, obscur, demi-rongé, Voudra creuser le seus de tes lignes pensantes, etc.

Chose étrange : bien que Chénier semble n'avoir pas connu V Hermès grec, non-seulement il en reproduit la pensée générale, mais il se rencontre avec Eratosthène dans certains détails de ses recherches savantes : tous deux interrogeaient les mystères de la nature antédiluvienne, tous deux décrivaient l'harmonie des sphères célestes, les divisions de notre globe, etc. *. Est-il rien de plus touchant et de plus triste que ces ruines qui se répondent à la distance de vingt siècles, ruines que le temps a faites et ruines qu'a faites la main du bourreau?

On croit reconnaître encore une conception de ce genre dans deux poèmes qui appartiennent à la même époque, et dont l'un semble continuer l'autre, bien qu'on ne puisse dire lequel des deux

* Voir les fragments du poème de Chénier, et comparer Bernhardy, Eratosthenica, p. 46, 47, 143. J'ai eu le bonheur d'apporter quelques textes nouveaux à ce parallèle entre les deux œuvres dans une de mes leçons sur l'Hellénisme en France (t. H, p. 33t etsuiv.}.

^ paru le premier : la Mnémosyne, par Myro ou Mœro de Byzance, célèbre poétesse, femme d'un savant, et mère d'un poète (Homère le tragique), et les Muses, par Alexandre rÉlolien. Il reste de la Mnémosyne un fragment sur Téducalion de Jupiter en Crète. Dans les Muses, Alexandre racontait, nous dit un ancien *, que le peuple d'Éphèse, en dédiant le célèbre temple de Diane, qui a tant illustré cette ville, mit au concours Téloge en vers de la déesse. Dans un autre fragment, il caractérise des auteurs de parodies. Ce poème traitait donc une assez grande variété de sujets : c'était probablement une sorte d'histoire de la poésie, mais de la poésie représentée, comme de droit, par les Muses. Il y a loin de ces fictions élégantes au travail trop souvent ingrat des Aratus, des Nicandre et des Scymnus, qui, dans le même temps, donnaient en vers des leçons d'astronomie, de médecine et de géographie ^ Le nom d'Homère le tragique, que nous venons de mentionner, rappelle celui d'un autre poète de la Pléiade, Dionysiadès de Mallos, auquel Suidas attribue un ouvrage intitulé : Les caractères ou les amateurs de la Comédie^ où l'on trouvait des por-

* Macrobe, Saturnales, V, 22.

* Les deux seuls fragments qui nous restent des r^wo-o-ai de Nicandre sont deux vers hexamètres. Nicandre aurait-il donc écrit un glossaire en vers hexamètres? Alors les Racines grecques du Port-Royal auraient eu \m bien anciea piodèle.

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