‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 121 sur 194 · MÉTHODE SUPERFICIELLE DE DENYS · texte numérisé non relu

MÉTHODE SUPERFICIELLE DE DENYS

sion du style en trois genres, le simple, le sublime, le tempéré*. Qui sait si la distinction des trois genres de style n'a pas contribué à faire naître une confusion entre divers genres de composition littéraire, entre les compositions en vers et en prose, et, pour ces dernières, entre l'éloquence et l'histoire? Cette fâcheuse confusion, Denys la laisse voir à chaque page de ses mémoires sur les grands écrivains, lorsqu'il met dans la même balance les dialogues de Platon avec les discours de Démosthènc et avec les narrations de Thucydide ; lorsque dans son traité De la Disposition des mots, il rapproche les Simonide et les Pindare des prosateurs ioniens ou attiques, sous l'unique point de vue de l'harmonie du langage. A cet égard, les rhéteurs des siècles suivants n'ont que trop négligé le fond même des choses pour n'examiner que les qualités ou les défauts du stvle, et nous retrouverons chez Hermogène les fâcheux effets d'une méthode si étroite et si superficielle.

Nous ne regretterons pas très-vivement la perte des ouvrages de Denys -S'î/r/e Choixdesmots eiSurles Figures, pas même celle de son livre Sur t Imitation, car ce livre (on le sait par les fragments qui

* Voyez l'analyse des principes de la rhétorique selon Denys d'Halicarnasse dans la thèse de M. Sadous qui sera citée plus bas, et comparez un scholiaste d'Hermogène (t. VII, p. 93 des Rhetores graoci de Walz) qui paraît faire peu de cas de cette division.

nous en restent et par le témoignage de Tauteur lui-même) ne traitait pas de l'imitation considérée comme principe des beaux-arts, mais des moyens de former le talent par l'imitation des grands modèles ; il est donc probable qu'une partie de ses idées sur ce sujet se retrouve dans les Jugements sur les Orateurs anciens et dans ces Caractères des principaux auteurs grecs qui terminent ordinairement la collection de ses œuvres critiques *. On peut faire la même conjecture sur son Apologie de f éloquence politique \ dont on trouverait facilement la substance parmi ce qui nous reste de ses autres écrits.

Il serait injuste d'ailleurs de ne pas reconnaître que Denys met heureusement en lumière les qualités et les caractères de quelques orateurs attiques. S'il n'a pas an vif sentiment de la puissance

* Ainsi il paraît inutile d'admettre l'existence d'un traité spécial de notre rhéteur : nsol Xa«3axT>;pa>v, qui se serait perdu. Du moins la citation précise qu'en fait un scholiaste d'Hermogène (Wah, t. Vil, p. 918) se retrouve dans le Jugement sur Lysias, chap. xvn ; si telle autre citation (voyez plus haut, p. 117 et la note) ne se retrouve plus aujourd'hui dans aucun des mémoires critiques de Denys, c'est que plusieurs de ces mémoires ne sont pas parvenus jusqu'à nous : de ce nombre est, par exemple, le morceau sur Hypéride.

* 'Ytzïo Tïjç 7ro).tTix^ç fàotroficcq^ auquel il renvoie lui-même dans le Jugement sur Thucydide. Au reste, s'agit-il bien dans ce passage de l'éloquence politique comme nous l'entendons aujourd'hui, et n'est-ce pas plutôt, dans un sens plus général et très-fréquent chez les rhéteurs grecs, l'éloquence qui convient aux citoyens d'un État libre?

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