‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 120 sur 194 · DENYS CRITIQUE DE THUCYDIDE · texte numérisé non relu

DENYS CRITIQUE DE THUCYDIDE

de Démosthène : c'est supposer que Thucydide était libre de placer où il le voulait de tels morceaux, et qu'aucun renseignement positif n'engageait, à cet égard, sa conscience d'historien.

Ailleurs il lui reproche de développer ou de resserrer mal à propos son récit. « A la fin du deuxième livre, dit-il, Thucydide raconte longuement un combat dans lequel les Athéniens avec vingt vaisseaux combattirent seuls une flotte ennemie composée de quaranle-sept navires. Dans le premier livre, au contraire, il raconte en peu de mots les combats des Athéniens contre des essaims de Barbares et les batailles navales dans lesquelles ils détruisirent ou prirent autant de vaisseaux tout équipés qu'ils en avaient préparé eux-mêmes pour la guerre. » Mais dans son premier livre Thucydide résume seulement des faits qu'il ne se proposait pas de raconter, précisément parce qu'Hérodote les avait fort bien racontés avant lui; au deuxième livre il est dans son propre sujet, et il le traite avec tous les développements qui lui semblent convenables. Ce n'est donc pas maladresse ou négligence de sa part, c'est au contraire une preuve de bon sens et de goût; comment Denys a-t-il pu s'y méprendre ? Ailleurs * il fait une bien maladroite critique des belles pages où Thucydide ^

' Sur Thucydide, ch. 28 et suiv.

* Thucydide, lll, 82 et suiv.

résume avec tant d'éloquence les troubles politiques de la Grèce ; il n'y voit que des phrases obscures, des mots trop poétiques. Comment, après cela, un homme tel que Visconti a-t-il pu dire « que la Critique de Denys d'Halicarnasse sur Thucydide est un chef d'œuvre de jugement et de

goût ? *))

Sa critique de Platon, dans la Lettre à Pompée^ est d'un bout à Taulre une méprise aussi peu excusable. Le grand philosophe comme le grand écrivain lui échappent ; il ne s'attache qu'aux mots et aux syllabes. Il méconnaît l'intention du PA<?rfr^, l'un des premiers et cependant l'un des plus parfaits ouvrages de Platon, et il condamne, comme dépourvus de sens, d'ingénieux détours de style, de gracieuses allégories qui sèment tant de charme dans ce dialogue'* C*est en vain que dans ses attaques il s'appuie sur d'anciens témoignages défavorables au philosophe. Qu'importent là des témoignages? Qui nous garantit d'ailleurs que Denys les ait mieux compris que les dialogues mêmes de Platon?

Après cela, nous ne lui ferons pas grand honneur d'avoir, le premier peut-être, employé dans la Rhétorique certaines distinctions qui sont devenues classiques dans nos écoles, comme la divi-

* Iconographie grecque, t. î, p. 230 (éd. in^"), note^ « T. II, p. 8i, 85, de l'éd. avec trad. fr. de E. Gros.

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