DÉMÉTRIUS. LE STYLE ÉPISTOLAIRE
« Arlémon, le collecteur des lettres d' Aristote, dit que le style épistolaire rentre dans le même genre que celui du dialogue, parce qu'unelettre n'est autre chose que la demande ou la réponse dans un dialogue. 11 a raison, mais il ne dit pas tout ; car il faut que la lettre soit un peu plus travaillée que le dialogue, puisque l'un imite l'improvisation, tandis que l'autre est écrite et envoyée, pour ainsi dire, en présent. Qui donc, par exemple, parlerait en face à un ami, comme Aristote à Anlipater au sujet du vieillard exilé : « S'il parcourt « ainsi toute la terre en exilé, sans retourner dans sa a patrie, il est clair qu'il faut laisser libres les gens a qui descendent pour leur plaisir dans la demeure « d'Hadès*. » Parler ainsi à un interlocuteur ne serait pas converser, mais faire de l'éloquence d'apparat.
« Les fréquentes solutions de continuité ne conviennent pas non plus aux lettres, car elles sont obscures sur le papier-, et cette imitation de la nature est propre aux morceaux qu'on déclame, non pas à ceux qu'on lit. Ainsi dans VEuthydème de Platon : « Qui était donc, ô Socrate, celui que tu entretenais (( hier dans le Lycée? car une grande foule vous en- « tourait. » Et plus bas, l'auteur ajoute : « Mais il me « semble que c'est un étranger avec qui tu parlais :
le même sujet qui se trouve dans le Recueil épistolaire attribué à Cujas (1606), p. 164-169.
1 Aristote parlait sans doute de quelque autre exile qui prenait occasion de son exil pour courir le monde.
2 Je ne puis me refuser cette hardiesse d'expression en son- <,^eant qu'après tout notre mot papier vient de papyrus, qui est Te nom môme de la matière sur laquelle on écrivait le plus à cette époque de l'antiquité. Quant à la remarque du rhéteur, comparez plus haut, p. 337, n. 1, un texte d'Aristote.
i'J"if ^'^•fl'*''"' • • ^^' *^"*' ^^^^^ ^^Ç«" d« Style imitatif irait bien à un acteur, mais ne convient pas clans une lettre écrite.
t La lettre, comme le dialogue, doit peindre surtout ies mœurs, car une lettre est comme une image que vous tracez de votre âme. Toute composition, en général, peut montrer le caractère de l'écrivain, mais nulle ne le fait aussi bien qu'une lettre. Qu'une lettre ne soit m verbeuse, ni parée ; les trop longues lettres, SI elles sont encore écrites d'un style pompeux, ne sont vraiment plus des lettres, mais des ouvrages avec un « ^alut » en tête, comme sont la plupart des lettres de Platon et celle de Thucydide K II faut aussi que la iiaisondes mots y soit moins serrée, car il serait ridicule d arrondir les périodes d'une lettre comme celles d un plaidoyer; ridicule, que dis,je ? cela ne serait pas môme amical. Nommer, comme dit le proverbe, une Jigue une figue ^-, voilà ce qui sied dans une correspondance On doit encore savoir qu'il y a, non seulement un style, mais des sujets propres au genre épistolaire. Aristote, qui est peut-être le meilleur modèle en ce genre, dit quelque part à un ami : c Je ne t'écris pas ces choses, elles ne vont pas à une lettre. » En effet celui qui met dans une lettre des raisonnements sub-
J^r^ilZ^'''7u ^^"^J'^"^'q"ité aucune autre trace de lettres attribuée a Thucydide, mais il se pourrait qu3 Démétrius fit
out simplement allusion à la lettre que Thucydide (VU 11- 15) suppose écrite par Nicias aux Athéniens, et qui est ;ssez
ongue pour justifier l'observation du rhéteur. C'est ainsi qu'il faut entendre le texte de Démétrius. Quant à celles de Platon qui nous sont parvenues, l'auteur lui-même en citera une quelques lignes plus bas.
N\o\IZ\^^'Tl^ Jupiter tragique, chap, xu, et Arsénius Violetum, p. 16, 44o, éd. Walz (note de Walz).