‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 131 sur 194 · HERMOGÈNE · texte numérisé non relu

HERMOGÈNE

cîens. Son fils Hérodien lui est fort inférieur, quoiqu'il se soit fait dans les écoles un nom encore plus populaire par ses livres sur l'Accentuation.

Mais l'exemple le plus remarquable de ces réputations jadis bruyantes et qu'aujourd'hui nous avons peine à comprendre, c'est Hermogène, ce prodige de l'école, dont l'intelligence brilla quelques années seulement pour s'éteindre dans l'idiotisme, et qui légua à l'admiration de disciples enthousiastes un petitvolume, paraphrasé depuis par d'innombrables commentateurs. S'il fallaitjuger Hermogène d'après le rôle qu'il a joué parmi les rhéteurs, ce ne serait pas trop ici d'un chapitre tout entier pour l'examen de ses ouvrages ; mais, étudié en lui-même par un lecteur sans prévention, il perd beaucoup de cette importance. Rien de neuf, dans Hermogène, sur le fond de l'éloquence, sur son histoire, sur son utilité politique et morale ; seulement des catégories de figures, des distinctions minutieuses entre les diverses formes de style. L'éloquence est pour lui représentée par un seul type, d'une perfection absolue, Démosthène ; les autres orateurs ne lui en offrent que quelques traits. Aussi est-ce Démosthène qu'il invoque à chaque page, souvent même sans prendre la peine de le nommer, tant il le suppose familier à la mémoire de tous ses lecteurs! C'est sur les exemples empruntés à Démosthène qu'il construit toute une géométrie de règles

savantes, exprimées avec une subtilité de langage qui serait aujourd'hui intraduisible. On s'étonne d'une telle finesse d'analvse, et surtout d'une telle indifférence pour ce qui fait l'âme de la véritable éloquence; et l'on est humilié à la pensée que la rhétorique d'Hermogëne aitpiî si longtemps éclipser, dans les écoles, Platon, Aristote et Cicéron *. Lucien aussi, la collection de ses œuvres en fait foi, avait payé sa dette à la sophistique et aux puérilités de l'école. Mais il a bien vite secoué le joug du pédantisme pour faire une guerre cruelle à ses anciens confrères ; et, dans cette longue polémique, quelle vivacité, quelle abond.ance de plaisanteries mordantes, que d'érudition au service de la satire, quel mépris surtout des formes convenues et des vains artifices de langage exploités par des jongleurs de carrefour, sous le manteau de l'orateur ou du philosophe! ^ C'est l'art de Platon, moins ses traits sublimes, uni à l'art des poètes comiques, moins Texcès de leur pétulance ; et cette union était chose neuve au temps de Lucien, puisqu'il s'en vante comme de son meilleur titre à la renommée ^ Ajoutez-y ce style d'un atticisme pres-

* Voir pour plus de détails sur Hermogène les recherches consciencieuses de D. Rébitté : De Hermogène (Paris et Gaen, 1845).

- Voir Le Deux fois accusé et Le Maître des Rhéteurs. . ^ Voir sa réponse « A un homme qui comparait ses livres aux œuvres d'un Prométhée. » Cf. Le Pêcheur, Le Deux fois accusé, et un mémoire de Le Beau dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXX.

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