‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 132 sur 194 · LUCIEN · texte numérisé non relu

LUCIEN

que irréprochable, et qui fait aujourd'hui du rhéteur syrien un des meilleurs modèles qui soient dans la langue grecque : Plutarque, en effet, Appien, Arrien et les aulres écrivains célèbres de ce temps, nous montrent par leur exemple combien il était difficile de remonter le cours des âges, et de parler avec pureté, sous les Césars, la langue de Xénophon et de Ménandre. Par la pensée peutêtre Lucien n'a rien d'original : soit qu'il attaque les fables du paganisme, ou qu'il fronde les vices et les travers de la société païenne, ou qu'il se raille des sophistes charlatans, tout a élé dit avant lui sur ces divers sujets ; mais tout ne Ta pas été avec ce bonheur de spirituelle éloquence. Il en est de même dans la critique : bien que son opuscule Sur la Manière d'émre F histoire soit le premier traité en forme que nous possédions sur cette matière dans l'antiquité, il n'est pas un seul de ses préceptes qu'on ne retrouve plus ou moins explicitement chez les historiens et les rhéteurs ses devanciers ; mais Lucien a su rajeunir ces préceptes ; il a eu d'ailleurs la fortune de rencontrer sur son chemin une école de sots narrateurs dont les ridicules ouvrages prêtaient merveilleusement à la satire, et il en a profité. Mais, là même, on peut mesurer ce que vaut la verve ingénieuse de Lucien en le comparant à Polybe. Dans son douzième livre, Polybe fait la critique de Timée, l'un

de ses confrères, aussi durement sans doute que Lucien gourmande les historiens de la guerre contre les Parthes. On ne lit Polybe ' que pour s'mstruire : le petit livre de Lucien n'instruit pas seulement, c'est encore un chef-d'œuvre de plaisanterie élégante et fine , qui charme tous les hommes de goût». Coïncidence plus piquante : Lucien ramené le mérite d'un bon historien à deux qualités principales, l'intelligence (.rûva...;) et l'art de l'exposition {ép(.^v.C«); or telles sont précisément les deux maltresses qualités que, de notre temps, M. Thiers exigeait du véritable historien dans une célèbre préface au tome XII de son Histoire du Consulat et de r Empire. M. Thiers avait dû lire dans sa jeunesse l'opuscule de Lucien, mais il lavait sans doute oublié lorsque cinquante ans plus tard le bon sens et l'expérience ramenaient sous sa plume l'heureuse précision de celte formule et de la méthode qu'elle résume.

Lucien triomphe surtout dans ces dialogues d un tour si aimable, d'une philosophie si juste et si sérieuse sous les formes les plus légères ; mais nous

» SiirPolvbe voir plus haut, p. 323 et suiv.

. Vo r sur ce t"'"^ ^' Lucien, outre l'édit on spec.ale de C F tomann .Francfort-sur-le-Mein, 1828), le livre de K. G. Lob in" :^ Characteristik Lucians von Samo-ta (Ha.bourg, 1832). 1" partie, chap. .u. et celu, de M. Maunce Cm .«« Fccal çnr la vie et es œuvres de Lucien, p. -«a et suiv., Sis 188" exceTenl ouvrage que j'ai examiné dans le Journal des savants de Janvier 1883.

.--i«CrSî3K,

Page 1