LUCIEN
n'en pouvons revendiquer ici qu'un petit nombre, car ils appartiennent presque tous à sa polémique contre les dieux païens et les philosophes charlatans. Le Zeiixis et les /^or/m/5 offrent de piquantes observations sur la peinture*. Le Lexiphane est une excellente parodie, mais d'un intérêt plutôt grammatical que proprement littéraire \ J'en puis dire autant du Jugement des consomies devant le tribunal des voyelles, h' Éloge de Démosthène, si toutefois il est de Lucien, lui fait honneur par quelques belles pages sur le rôle patriotique de ce grand orateur dans sa lutte contre Philippe \ Le Bibliomane *, la satire Contre les gens de lettres à la solde des grands, appartiennent plutôt à l'histoire des mœurs qu'à celle de la littérature contemporaine. Le dialogue Sur la Danse, dont on suspecte l'authenticité, est, en effet, une composition assez fade ; mais c'est peut-être, de tous les ouvrages qui
» Ce qui concerne les Arts dans Lucien est réuni et apprécié dans une bonne dissertation de H. Blûmner, Archaeologische Studien zu Lucian (Breslau, 1867, 8»).
* H. Rigaud (Luciani quœ fuerit de re litteraria judicandi ratio, Paris, 1856) croit voir dans le livre de Lucien une réfutation indirecte des opinions de Denys d'Halicarnasse sur le même sujet : cela est très invraisemblable.
3 Voir la notice de Boîssonade sur Lucien dans la Biographie universelle, notice réimprimée.dans le recueil posthume des opuscules- de l'auteur : Critique littéraire sous le premier empire, t. 1, p. 459.'
* On peut intituler ainsi le petit morceau Contre un ignorant qui achetait beaucoup de livres.
468 HISTOIRE DE LA CniTlQUE. CHAP. W, § H
portent le nom de Lucien, le plus instructif pour un historien de l'art. La danse mimique, appelée par les Grecs l^^r^n^c. jouait un grand rôle dans toutes les fêtes religieuses, dans toutes les repre^ sentations dramatiques de Tancienne Grèce ; nous avons vu combien s'en préoccupaient déjà les premiers auteurs de comédies * ; les musiciens et les philosophes ont souvent écrit des traités sur la danse particulière aux chœurs dans tel ou tel genre de drame. Mais, quelle que fût alors l'importance de cet art, il n'avait pas, comme au temps de Lucien, envahi, pour ainsi dire, la scène tout entière. Or la pantomime dont il est ici question n'est pas seulement la danse qui remplit les intermèdes d'une comédie ou d'une tragédie ; c'est l'art des Pylade et des Bathylle , un art indépendant a la fois et ambitieux, qui prétend remplacer toute poesie dramatique, en exprimant mieux que ne feraient des vers d'Eschyle et de Sophocle, les aventures, les passions et les mœurs des anciens héros ;
Migravit ab aure voluptas Omnis ad incertos oculos.
Le pantomime doit savoir par cœur Homère, Hé-^ siode et les autres poètes, surtout les tragiques ; il est leur universel interprète. Aussi aucune science ne lui est superflue; surtout, il doit être bon criti^
* Voyez plus haut, p. 28, 29.