‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 135 sur 194 · SEXTUS EMPIRICUS · texte numérisé non relu

SEXTUS EMPIRICUS

perdu tout son charme dans l'aride résumé que Sextus nous donne des objections produites sur ce sujet par les disciples de Platon.

La rhétorique, selon lui, n'est pas un art, parce qu'elle n'a pas d'objet ni de but déterminé, parce que les rhéteurs qui l'enseignent sont eux-mêmes de mauvais orateurs, tandis qu'on peut être bon orateur, comme fut Démade, par exemple, sans avoir appris la rhétorique. La rhétorique sert le plus souvent à perdre l'innocent et à sauver le coupable ; elle ne brille que dans les États corrompus, partout où la loi n'est pas respectée. Voilà des objections dont quelques-unes ne sont pas sans valeur et se retrouvent même dans les controverses de Socrate avec les sophistes. Seulement elles avaient dans les écrits de Platon, de Xénophon et de leurs élèves, un tour ingénieux, une vivacité souvent éloquente : Sextus se contente de les ranger par ordre, comme autant de recettes pour ceux qui voudront apprendre l'art de douter. Quand il arrive à la musique, on devine d'avance que son argumentation sera moins attrayante encore ; elle est presque tout entière empruntée aux écrits des Épicuriens, qui ne brillent, comme nous l'avons vu plus haut*, ni par la clarté ni par l'atticisme. Rien de plus froid, en effet, que la diatribe où il essaye de prouver que la musique n'a pas été et ne

* Voir plus haut, p. 361.

peut avoir, par sa nature, aucune influence sur les âmes ; rien de plus puéril que ses raisonnements sur ce sujet. On ne peut g^uère discuter avec un auteur qui triomphe des défenseurs de la musique, par Tobjection que voici : Agamemnon avait placé auprès de son épouse Clytemnestre un chanteur pour lui servir de conseil et de g-uide ; or, Clytemnestre s'est laissé séduire par Égisthe, elle a tué son époux comme il revenait de Troie ; donc la musique est impuissante à préserver les âmes des tentations du vice et du crime. C'est à Lucien qu'il appartient d'employer de tels arguments dans quelque dialogue comique.

Quant à la poésie, il ne paraît pas que Sextus l'ait jugée digne d'une réfutation spéciale. Seulement, dans le traité Contre les grammamens , observant qu'il n'y a pas de vraie poésie sans clarté, il déclare inutile et vaine cette fonction du grammairien qui consistait à expliquer les poètes.*

Il n'est pas sans intérêt de comparer avec le plaidoyer de Sextus Contre les musiciens l'ouvrage bizarre, mais savant, d'Aristide Quintilien Sur la Musique, ouvrage qui paraît avoir été composé vers le même temps. Ici ce n'est point le dénigrement, c'est l'admiration, au contraire, qui est souvent puérile : on reconnaît sans peine l'influence de la nouvelle école pythagoricienne qui trouvait dans

< Voir surtout § 319.

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