‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 136 sur 194 · ARISTIDE QUINTILIEN · texte numérisé non relu

ARISTIDE QUINTILIEN

les nombres et dans les accords tant de fabuleuses propriétés. Cepeudant, outre la valeur qu'il a pour les musiciens de profession, le livre d'Aristide se recommande encore par quelques pages élégantes sur l'utilité morale de la musique, sur les découvertes qui ont perfectionné cet art et même par quelques renseignements dont l'histoire littéraire peut faire son profit. Ainsi, Aristote se plaint de ce que la dernière partie de la Rhétorique, l'action, n'a pas encore été traitée spécialement par les rhéteurs. Au temps d'Aristide, cette négligence était amplement réparée, car il nous parle « des nombreux auteurs qui ont écrit sur l'action, » et, parmi eux, il aurait pu citer son homonyme, le célèbre rhéteur latin, car il n'était pas étranger aux lettres romaines, et je remarque à son honneur qu'il avait lu la République de Cicéron *.

Nous voici arrivés à la renaissance du Platonisme dans l'école d'Ammonius et de Plotin. On ne peut nier qu'un vif sentiment du beau ne domine chez ces philosophes enthousiastes ; mais il est bien difficile de dégager de leur mysticisme une véritable théorie de l'art. Cette fusion intime de la métaphysique et de la morale, sur laquelle repose la philosophie des x\lexandrins, ne laisse pas assez d'indépendance au génie créateur.^ L'i-

^ Voir Aristide, livre II, p. 63 et iOO; 69 et 70; 108 et 109, etc., éd. Meibom.

- <'/est du moins ce qui me semble ressortir des principauj^

maginalion, que Platon et Aristote connaissent du moins s'ils ne Tont nulle part décrite et analysée avec netteté, a peut-être un rôle encore moins distinct dans le nouveau platonisme; et, chose singulière, un sophiste contemporain de Plotin, mais qui ne se piquait pas d'être philosophe,Philostrate, est le seul auteur de l'antiquité où nous trouvions aujourd'hui une véritable définition de l'imagination poétique *. Les Ennéades de Plotin contiennent un traité du Beau qui montre clairement ce que devient la poésie dans les doctrines mystiques. L'auteur commence par établir assez habilement la nature immatérielle et divine du beau, et quand vous croyez qu'il va partir de ces principes pour assigner à l'artiste un but plus élevé que l'imitation de la nature, uîibut idéal, le philosophe, quit-

travaux sur ce sujet. Voyez M. Jules Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie (Paris, 1845); M. E. Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie (Paris, 1846); les deux dissertations, de Berger sur Proclus (Paris, 1840) et de Daunas sur Plotin (Paris, 1848); et le Rapport fait par M. Barttiélemy Saint-Hilaire sur le concours ouvert par l'Académie des Sciences morales et politiques sur l'école d'Alexandrie (Pans, 1845). Ce dernier ouvrage contient la traduction complète du Traité de Plotin Sur le Beau ; M. Théry avait déjà publié une traduction du même opuscule par M. Anquetil, dans son Histoire des Opinions littéraires.

» Vie d'Apollonius de Tvane, VI, 19; cf. H, 22; Synésius, Sur l'Insomnie, p. 136, 137, éd. Petau ; et M. Vacherot, ouvrage cité, t. I, p. 552. C'est peut-être au même Philostrate qu'il faut rapporter un ouvrage en trois livres Sur la Tragédie, que Suidas attribue à un Philostrate contemporain de Néron.

LE NÉO-PLATONlSME.

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