‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 142 sur 194 · NOTICES SUR LES TRAGIQUES · texte numérisé non relu

NOTICES SUR LES TRAGIQUES

macédonien et que le poète, ayant paru le choisir pour objet de ses railleries, ne fût puni pour ce fait Auss, voyons-nous comme les masques de la comédie de Menandre ont les sourcils contractés, la bouche contournée, n'ont rien enfin d'une figure humaine. ..

A ces extraits déjà bien informes, qui précèdent dans quelques manuscrits les pièces d'Aristophane, se joignent d'autres lambeaux du même genre, et plus informes encore, où l'on voit comme s'amo'inflrir et se troubler à travers les siècles, dans les écoles grecques de l'Orient, les traditions de la savante et forte critique constituée par les philologues alexandrins. C'est avec ces misérables débris qu'il a fallu recomposer l'histoire des trois âges de la comédie grecque, histoire à laquelle nous devons rattacher avant tout le nom du célèbre Meineke.'

Il en est de même pour la tragédie grecque : de maigres notices anonymes sur Eschyle, sur Sophocle et Euripide, quelques-unes plus courtes qui sont éparses dans le lexique de Suidas, laissent voir ou parfois attestent l'autorité des anciens critiques, entre autres celle de Didyme le Chalcen-

« Historia critica comicorum grsDeorum, 1839. Parmi les ecnls nombreux qui ont paru depuis sur ce même sujet, je mentionnerai seulement les deux mémoires de M. Denis Comédie moyenne (1881), Comédie nouvelle (1882), publiés dans

Gmzot : Menandre, Etude historique et littéraire sur la comédie et la société grecques, Paris, 1855.

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tère*. Mais ici, du moins, l'esprit des modernes peut s'appuyer sur le texte parvenu jusqu'à nous, de trente-sept tragédies, tandis que pour le théâtre comique, après les onze pièces d'Aristophane, nous sommes réduits soit à des pages comme celles qu'on vient de lire, soit à des fragments, innombrables sans doute, mais presque tous bien courts, de pièces perdues.

Toutefois, et pour cette galerie incomplète, il ne faut pas oublier les précieux renseignements contenus dans les scholiastes des quatre auteurs dont nous avons des drames. Les rédacteurs de ces scholies avaient souvent en mains des interprètes plus anciens et mieux instruits. Non seulement ils nous aident à comprendre ou à restituer le texte, mais leurs observations nous font pénétrer dans le caractère des personnages et apprécier certains jeux de scène dont, sans eux, le souvenir aurait disparu. Ce serait un travail méritoire que de recueillir et de mettre en lumière la partie des anciennes scholies qui intéresse directement la critique des drames grecs, et aussi celle des épopées homériques, celle des odes de Pindare, celle d'Apollonius de Rhodes. Un premier essai en ce genre fut tenté en 1785 par Chr.

* M. Ritter a fait ressortir cette tradition des témoignages dans son recueil intitulé : Didymi Ghalcenteri opuscula, Colon,

'mARCELLINUS biographe de THUCYDIDE 499

D. Beck,* surtout pour les scholiastes d'Homère ; plus récemment Ad. Trendelonhurg ^ a repris cette étude pour le théâtre tragique: elle n'est pas épuisée. Nous revenons aux jugements des rhéteurs sur les prosateurs classiques de la Grèce en jetant un coup d'œil sur la Vie de Thucydide, par un Marcellinus que l'on ne se résigne guère à confondre avec l'historien romain, son homonyme, dont il fut peut-être tout au plus le contemporain. Sa Vie de Thucydide commence par quelques lignes, qui font à première vue bien augurer de son esprit critique ^ :

« Iniliés aux discours et aux débals de Démosthène, nourris et rassasiés suffisamment de pensées déhbératives et judiciaires, il est temps de pénétrer aussi dans les mystères de Thucydide, car c'est un homme supérieur par l'art et la beauté des discours, l'exactitude des faits, les connaissances stratégiques; il l'est aussi dans le genre délibératif et panégyrique! Mais d'abord il est nécessaire de parler de sa naissance et de sa vie; car, pour un juge éclairé, ces recherches doivent précéder celles des écrits. »

' De ratione qua scholiastae poetarum gracorum veteres imprimisque Homeri, ad sensum elegantiœ et venustatis acuendum adhiueri recte possint, Lipsiae, 1785.

^ Grammaticorurn graccorum (Didymi prœcipue) de arte tragicajudiciorum reliquiae, Bonnœ, 1867.

3 Je les transcris d'après la traduction de A. Firmin-Didot la seule, je crois, qui ait été faite en notre langue (tome I" de son édition de Thucydide avec traduction française, 1868lo72].

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C'est assurément une excellente méthode que celle qui associe l'histoire des écrivains à l'appréciation de leurs œuvres, et ce que nous reprochons le plus à Técole dUermogène, c'est d'apprécier les orateurs et les historiens sans tenir compte des temps et des conditions où s'est développé leur talent. Mais l'emphase même de ce début de Marcellinus, le rapprochement qu'il fait de Thucydide et de Démosthène, laissent voir tout de suite un disciple de la même école que les commentateurs d'Hermogène ; parmi ces commentateurs, nous ne sommes pas étonnés de trouver un Marcellinus * qui pourrait bien être l'auteur de l'opuscule sur Thucydide. En tous cas, cet opuscule n'est pas indigne d'attention : il atteste la connaissance de divers écrits plus anciens sur le même sujet, par exemple, d'un ouvrage de Didyme, le célèbre érudit, et d'un ouvrage de Praxiphane, disciple de Théophrasle, Sur l'art (Técrire r histoire. Marcellinus en outre, marque avec une certaine délicatesse dont il lui faut savoir gré la différence qu'il y a entre les harangues historiques, chez Hérodote et chez Thucydide. Aux premières, il attache simplement le titre de xpocrwiroxou'at % titre assez difficile à traduire en français, mais qui paraît dési-

* Voir le t. IV des Rheiores grseci de Walz.

* § 38, p. 134 de l'opuscule cité de Ritter : Si '6).»7wv izaittCi

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