‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 141 sur 194 · ENSEIGNEMENT DES SOPHISTES · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT DES SOPHISTES

aujourd'hui, ce lexique aurait besoin de nombreux suppléments, grâce à la publication de maints textes inédits. Mais ces nouvelles publications ne changent en rien le caractère général que nous présentait, même au xvi' siècle, et dans l'ancien recueil publié par les Aides*, l'enseignement des sophistes depuis Denys d'Halicarnasse jusqu'aux derniers siècles de l'empire byzantin. Tous ces maîtres d'éloquence semblent ne songer à former que des enfants pour les succès intérieurs de l'école, ou des sophistes pour les triomphes bruyants de l'improvisation publique. Il y a un personnage que l'on retrouve à peu près le même du premier siècle au quatrième de l'ère chrétienne, c'est le déclamateur, plus ou moins bien doué par la nature du don d'improviser, plus ou moins préparé par de savants artifices à jouer de la parole, comme on jouerait de tout autre instrument devant un auditoire d'oisifs. Sénèque le père a déjà peint ce personnage au temps de l'empereur Auguste.^ Plinele-Jeune nous en trace un charmant portrait dans le rhéteur syrien Isée.' Un siècle plus tard, Philos-

^ 2 vol., 1508 et 1509, avec lesquels il faut comparer maintenant les 9 vol. des Rhetores Grœci de Walz, 1832-36, et les 3 vol. du choix qu'en a fait L. Spengel, 1853-56.

' Voir mon Examen critique des historiens d'Auguste, p^ 137-160; cf. ïivier, De arte declamandi et de romanis decla. matoribus qui priore post J. G. sœculo floruerunt, 1868.

^ Epistolae, II, 3, où il faut remarquer que le romain Pline parle d'un sophiste qui déclamait en grec.

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traie et Eunape en décriront maint autre dans leurs biographies spéciales des sophistes. Sophisles eux-mêmes, ils traitent avec une complaisance toute fraternelle ces héros de la déclamation presque toujours distincts des vrais orateurs qui' souvent au barreau, plus rarement dans quelques assemblées politiques, faisaient de la parole un usage vraiment sérieux.

Fronton, le précepteur de MarcAurèle, dont nous possédons quelques pages en grec à côté de ses autres écrits en langue latine, semble à première vue faire exception dans cette nombreuse famille de parieurs insouciants de la vie réelle et de tout intérêt patriotique. Sa correspondance avec les deux Césars est souvent d^un philosophe digne de ce rôle d^éducateur d'un prince • elle nous offre des traits d'une véritable élévation morale » ; mais, à côté de cela, que de puérilités, que de vaines subtilités, même dans les passages où Il traite les plus graves sujets ! Et pourquoi faut-il que le maître d'un futur empereur ait un jour perdu son temps à écrire un Éloge de la fumée et de la poussière ?

Un autre précepteur de prince, celui qui eut le triste honneur d'avoir élevé Commode, Julius Pollux, était plutôt un grammairien qu'un rhéteur, si

* Voir plus haut. p. 357, noie 3.

JL'LILS POLLLX. — ATHÉNÉE 49î^

nous en jugeons par sa grande compilation grammaticale qu'il a intitulée : Onomasticon^ei à laquelle nous ne pouvons guère nous arrêter ici ; mais, s'il faut lui attribuer les Dialogues familiers en grec et en latin qu'on a publiés sous son nom,* et qui, sans être de sa main, remontent peut-être par une tradition scolaire au siècle même des Antonins, nous pourrions croire que nous avons là un spécimen intéressant de l'enseignement par lequel les jeunes Grecs étaient préparés à l'usage du latin, comme les jeunes Romains à l'usage du grec. Ce manuel bilingue, unique en son genre, aurait pour nous le mérite de nous faire pénétrer dans la familiarité des écoles et de la vie domestique sous les empereurs romains.

Ces curiosités historiques, en même temps qu'elles nous reposent des vanités de la sophistique, nous ramènent aux œuvres d'érudition et à la grande compilation d'Athénée, si pleine de pages intéressantes pour notre sujet, mais qui, presque toutes, ont trouvé place dans nos chapitres précédents ; il y en a telle pourtant qu'il est utile de relever ici, car elle nous permettra d'introduire dans notre exposition certains fragments de critique littéraire, assurément médiocres, mais précieux pour

l 'EoixYjvsvixara xai xaO/jtzsptvÀ ôat/ta de Julius Poilux, publiés par A. Boucherie, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXIII, deuxième partie, 1872.

traie et Eunapc en décriront maint autre dans leurs biographies spéciales des sophistes. Sophistes eux-mêmes, ils traitent avec une complaisance toute fraternelle ces héros de la déclamation, presque toujours distincts des vrais orateurs qui, souvent au barreau, plus rarement dans quelques assemblées politiques, faisaient de la parole un usage vraiment sérieux.

Fronton, le précepteur de Marc-Aurèle, dont nous possédons quelques pages en grec à côté de ses autres écrits en langue latine, semble à première vue faire exception dans cette nombreuse famille de parleurs insouciants de la vie réelle et de tout intérêt patriotique. Sa correspondance avec les deux Césars est souvent d'un philosophe digne de ce rôle d*éducaleur d'un prince ; elle nous offre des traits d'une véritable élévation morale « ; mais, à côté de cela, que de puérilités, que de vaines subtilités, même dans les passages où il traite les plus graves sujets î Et pourquoi faut-il que le maître d'un futur empereur ait un jour perdu son temps à écrire un Kloçe de la fumée et de la poussière ?

Ijn autre précepteur de prince, celui qui eut le triste honneur d'avoir élevé Commode, Julius Poilus, était plutôt un grammairien qu'un rhéteur, si

* Voir plus haut, p. 357, note 3.

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nous en jugeons par sa grande compilation grammaticale qu'il a intitulée : Ono??iasticon,ei h laquelle nous ne pouvons guère nous arrêter ici ; mais, s'il faut lui attribuer les Dialogues familiers en grec et en latin qu'on a publiés sous son nom,* et qui, sans être de sa main, remontent peut-être par une tradition scolaire au siècle même des Anlonins, nous pourrions croire que nous avons là un spécimen intéressant de renseignement par lequel les jeunes Grecs étaient préparés à l'usage du latin, comme les jeunes Romains à l'usage du grec. Ce manuel bilingue, unique en son genre, aurait pour nous le mérite de nous faire pénétrer dans la familiarité des écoles et de la vie domestique sous les empereurs romains.

Ces curiosités historiques, en même temps qu'elles nous reposent des vanités de la sophistique, nous ramènent aux œuvres d'érudition et à la grande compilation d'Athénée, si pleine de pages intéressantes pour notre sujet, mais qui, presque toutes, ont trouvé place dans nos chapitres précédents ; il y en a telle pourtant qu'il est utile de relever ici, car elle nous permettra d'introduire dans notre exposition certains fragments de critique littéraire, assurément médiocres, mais précieux pour

* Epuio'jvju.v-a. xatxa0/jas/5tv« ôuùta de Julius Poliux, publiés par A. Boucherie, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXIII, deuxième partie, 1872.

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nous, au milieu du naufrage de tant d'œuvres plus méritoires. Athénée nous atteste qu'il avait eu entre les mains huit cents pièces datées de la période moyenne de la Comédie attique \ et à cette riche collection, il a fait maint et maint emprunt dans le cours des dialogues qu'il intitule Dipnosophistes, ou Banquet des savaîits. C'est grand dommage qu il n'ait confié à aucun de ses interlocuteurs le soin d'exposer avec quelque suite les caractères généraux et les sujets particuliers de cette famille de drames en les comparant avec Va?icienne comédie et avec la nouvelle. Faute de mieux, aujourd'hui, nous pouvons lire sur ce sujet trois pages d'un rhéteur obscur nommé Platonius \ que nous traduirons ici sans prendre sur nous le devoir d'y rectifier quelques assertions, ni surtout de combler de trop larges lacunes. Ce morceau de Platonius date peut-être du moyen âge et témoigne du triste abaissement littéraire des écoles en un temps où Ton satisfaisait si aisément les maîtres et les élèves ; mais, par ce côté du moins, il peut garder une place dans l'histoire que nous esquissons :

« Il est curieux de montrer pourquoi la comédie an cienne a un caractère qui lui est propre, et pourquola comédie moyenne diffère de celle-ci. Au temps

' Banquet des Savants, VIII, p. 336.

« On les trouvera en tête dès Scholies sur Aristophane publiées par Dubner en 1842, p. XIII (Bibliothèque grecque-latine de t. Didot.)

PLATONIUS.

d'Aristophane, de Gratinas et d'EupoHs. la démocratie était toute puissante à Athènes, et toute l'autorité était aux mains du peuple, souverain maître et administrateur des affaires de l'État. La liberté de parler était égale pour tous, les écrivains de comédie pouvaient en sécurité railler les généraux et les juges qui rendaient de mauvais jugements, ainsi que les citoyens avides d'argent et livrés à la débauche. Le peuple, comme je l'ai dit, affranchissait de toute crainte les auteurs comiques, prêtant une oreille bienveillanlc aux invectives qui s'adressaient h ces gens. Nous savons que de tout temps le peuple est naturellement ennemi des riches, et se réjouit du mal qui leur arrive. Or, du temps de la comédie d'Aristophane, de Cratinus et d'Eupolis, les poètes poursuivaient sans réserve les fautes des citoyens. Mais dans la suite, quand la démocratie céda le pas aux tyrans d'Athènes, quand le régime oligarchique s'établit et que l'autorité du peuple tombant en quelques mains, l'oligarchie fut toute puissante, les poètes eurent peur. 11 n'était plus permis de railler ouvertement, les citoyens demandaient raison aux poètes de leurs outrages. Nous savons, par exemple, qu'Eupolis, pour avoir fait représenter les Daptes, fut noyé dans la mer par ceux qui faisaient l'objet de son drame. Aussi vit-on les poètes moins ardents à la raillerie, et les chorèges se retirèrent. En effet, les Athéniens n'étaient plus disposés à nommer les chorèges qui faisaient les dépenses du chœur. C'est ainsi qu'Aristophane fit représenter V^Eolosicon, drame qui n'a pas de chœur. Comme on ne nommait plus les chorèges, et que les personnages du chœur n'étaient plus entretenus, on retrancha de la comédie la partie du chœur,, et les su-

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ienbenf .''''"^''••■••'^'■''''''P''''"*'' '•«"«"'?'«". faute ged e A^olu, comme une mauvaise tragédie Tel est e caractère de la comédie moyenne, Jue repré content pour nous Y.^olosicon d'Aristophane « Ulysses de Cra.inus, et un très grand nombîe des' an cennes p.èces dépourvues de chœur et de parabasc Or vo,c. ce qu'est la parabase : quand Ja prTm.S partie du drame était accomplie, et que les acteurTs-é! pas V d?r '^'' ''='°^' P°-q- >« théâtre n fût SCS i^ancs. Je chœur, ne pouvant converser avec les comed,ens. s'adressait au peuple. C'était alorsTue les poètes, par son organe, plaidaient leur cause ou don naienl des conseils sur les affaires publiques La „ara base se composait de sept part.es: le J^ E chant), e co.«a, la ,.,-0;,^,, YantJophe^^elt

''àema, ] aniepen-Aema, les anapestes „ '^

Suivonl ici dans le texte plusieurs explications qu. ne font guère que répéter ce qu'on a vu plus haut ; puis le compilateur ajoute :

« En outre, dans la moyenne comédie, les acteurs

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les plus rjsibles. Les poètes subissaient la terreur qu .nsp.ra.ent les Macédoniens, ils craignaieit que par hasard le masque ne ressemBlAt à quelque chef

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