‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 144 sur 194 · BIOGRAPHES DE DÉMOSTHÈNE. — LIBANIUS · texte numérisé non relu

BIOGRAPHES DE DÉMOSTHÈNE. — LIBANIUS

intention est commune aux six auteurs, celle d'expliquer le talent de Démosthène par l'histoiie de sa vie et des événements de son temps ; mais Plutarque est le seul qui, sans nous satisfaire sur tous les points, nous offre du moins un tableau étendu, et quelquefois très vivant, de Thisloire d'alors, avec le détail de quelques incidents caractéristiques dans le développement du talent de Démosthène. Chez les cinq autres, quelques traits sont utiles à relever ; mais la légende se mêle souvent à l'histoire sérieuse. Chez tous, et surtout chez les quatre derniers, on voit décroître la connaissance des faits, des institutions et des mœurs d'Athènes; par suite de cette ignorance, le vrai rôle de l'orateur s'efface de plus en plus et fait place à de vagues appréciations de ses chefs-d'œuvre.

Cela est surtout sensible dans l'opuscule de Libanius, et dans les notices qu'il a placées en tête de chaque discours. Un exemple suffira pour montrer que le rhéteur, à la distance où il est placé du siècle d'Alexandre, méconnaît certains traits de la société athénienne et certains usages sans lesquels on ne peut expliquer le caractère des plaidoyers civils dans l'école attique. Libanius nous raconte et il croit savoir que Démosthène, au sortir de l'enseignement de ses maîtres, se fit professeur d'éloquence/ et qu'il

une notice anonyme sur cet auteur, traduite pour la première fois du grec en français, Paris, 1833.

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renonça ensuite à ce métier pour celui d'avocat dans les tribunaux.' Ignore-t-il, ou a-t-il simplement oublié ce qu'il atteste dans plusieurs de ses notices préliminaires sur les plaidoyers civils do Démosthène, que la fonction d'avocat proprement dit {a>jrr,yopoi) était tout exceptionnelle dans les tribunaux athéniens, que presque tous les plaidoyers étaient composés par l'orateur légiste pour être prononcés par le plaideur lui-même? J'ai montre ailleurs» l'importance de cette distinction entre les rares discours prononcés par l'orateur lui-même et ceux qu'il composait à prix d'argent pour des clients incapables de remplir autrement leur devoir devant les juges. Toute la théorie des mœurs oratoires se rattache à cette importante différence dont les sophistes byzantins semblent le plus souvent ne tenir aucun compte. Au contraire surtout depuis Hermogène, ils s'épuisent en distinctions subtiles sur ce qu'ils appellent les états de cause i^iaiii). Si anciennes que fussent dans les écoles de pareilles subtilités, que nous trouvons déjà complaisamment exposées chez Quintilien,'

' Après avoir mentionné les discours contre ses tuteurs où Ion soupçonnait au moins que son maître Isée avait eu nuei'au" part Libamus ajoute : Merà ro«To«; roùç «yiv„; 1^"?"?

« Voir mes itfémoires de Littérature ancienne, p. 355 et suiv • b. les Athéniens ont connu la profession d'avocat. ' Institut, or., III, 6 et suiv.

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