‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 148 sur 194 · IV · texte numérisé non relu

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publics de la Grèce et de Rome des collections de statues, de bas-reliefs, et de peintures. On croit même que les anciens sont allés jusqu'à ouvrir quelquefois de véritables expositions à la manière de nos expositions modernes *. De telles galeries devaient appeler naturellement la rédaction de catalogues. En réalité, c'est une sorte de catalogue en vers assez médiocres que le morceau par lequel s'ouvre Y Anthologie grecque : on y trouve décrits par Christodore, versificateur grec originaire d'Egypte, une centaine de statues, œuvres des meilleurs artistes, qui décoraient à Constantinople l'édifice appelé le Zeuxippe. C'est au même genre de composition qu'appartiennent les distiques attribués, sous le nom de Peplos, au philosophe Arislote. L'anthologie palatine est pleine de ces petites pièces où des versificateurs plus ou moins ingénieux s'exerçaient à caractériser en quelques vers les chefs-d'œuvre d'un statuaire ou d'un peintre illustre. Toutes ces épigrammes descriptives, si on prend la peine de les réunir et de les classer, forment une espèce de livret illustré non par le dessin, mais au moins parles grâces d'une poésie raffinée. Dans tous les objets ainsi décrits on ne peut méconnaitre des œuvres bien

4 E. Beulé : Sur les expositions d'objets d'art dans Tantiqiiité (Revue des Cours publics, 20 janvier 1856). Cf. ma note lue à la séance du ler juillet 4863 de la Society des Antiquaires.

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réelles, et l'on a fort bien démontré l'utilité de telles notices pour l'histoire des arts *.

Tous les versificateurs de cette école sont, à leur

manière, avec un talent plus précieux, des rivaux de Yecphrasis sophistique. Philostrate de Lemnos difïère-t-il beaucoup de ces poètes et des élèves d'Hermogène, quand il nous décrit les tableaux d'un musée à quatre étages dans le palais d'un ami dont il était l'hôte sur les bords du golfe de Naples ? Le fait seul qu'une telle question puisse être posée montre que le sophiste songe avant tout, et presque uniquement, à nous charmer par les grâces du style. Dans un court avant-propos, il atteste que beaucoup d'autres ont raconté avant lui l'histoire de la peinture, en particulier deux de ses contemporains, Aristodème de Carie, et Eumélos, disciple d'Aristodème, sur lesquels on n'a d'ailleurs aucun renseignement précis. C'est grand dommage qu'à la méthode historique de ces deux auteurs le sophiste ait préféré un genre de descriptions à l'usage du fils de son hôte et des amis de cet enfant ; là-dessus, nul doute n'est possible devant cette formelle déclaration :

« De moi-même j'avais formé le dessein de faire l'éloge de ces peintures ; mais le fils de mon hôte, un enfant d'une dizaine d'années déjà curieux et avide

* Voir 0. Benndorf : De anthologiœ graecae epigrammatis quâe ad arles spectant, Lipsiae, 1862.

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d'apprendre, épia le moment où je visitais la galerie, et me pria de lui expliquer les tableaux. Ne voulant pas lui paraître trop maladroit : « Volontiers, lui dis-je, je commencerai mon explication quand tes jeunes amis seront arrivés. » — Ceux-ci étant venus : « Votre camarade, leur dis-je, posera les questions: c'est à lui que je consacre mon exercice d'interprète. Quant à vous, suivez le commentaire, mais ne vous contentez pas d'approuver ; interrogez, si je ne suis pas assez clair. »

Singulière naïveté d'un sophiste qui se réduit au rôle de cicérone pour satisfaire la curiosité de quelques écoliers ! Ceux-ci n'étant guère soucieux (pas plus que ne le seraient chez nous des enfants du même âge) de savoir le nom des artistes, le temps où ils ont vécu, ce que chacun d'eux peut devoir à ses maîtres, Philostrale n'a pas souci de nous en rien dire. Nous voilà donc retombés, et c'est pour nous une véritable déception, en pleine sophistique, et réduits à chercher ailleurs non seulement des dates et des noms propres, mais les jugements d'un véritable critique sur les procédés de la peinture, sur ses rapports avec la poésie, sur ses progrès a travers les siècles. Ni la théorie de l'imitation telle que Font comprise Platon et Aristote, ni le caractère distinctif des écoles ne sont éclairés d'un jour nouveau par ces soixante-quatre descriptions qui se succèdent avec la monotonie d'un style ingénieux et raffiné. Des travaux

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