PHILOSTRATE LE JEUNE
récents* me dispensent d'insister sur nos regrets à cet égard et d'accorder à Philostrate plus de place qu'il n'en doit occuper dans le plan d'un Essai sur F histoire de la critique. En résumé, ses descriptions de tableaux ne sont ni ce que nous appelons un livret, encore moins un Salon, ni un traité théorique de la peinture, et le sentiment historique est ce qui manque le plus à ce prétendu juge en matière de beaux-arts.
Son homonyme et successeur dans la même famille, celui qu'on désigne d'ordinaire sous le nom de Philostrate le jeune, semble, à première vue, plus curieux d'une érudition sérieuse ; mais on revient vite de cette impression favorable quand on lit la préface qu'il a mise en tête de ses hriages. Aussi de ce morceau n'extraierons-nous que la page suivante, et encore en avouant que plus d'une phrase nous y semble obscure, soit par le mauvais style de l'auteur, soit par le mauvais état dans lequel le texte nous est parvenu :
« ... L'objet de la peinture est des plus beaux et des plus importants ; il faut en effet que celui qui veut arriver au premier rang dans cet art ait parfaitement observé la nature humaine, qu'il soit en état de saisir les différences des mœurs, même sur un visage
* E. Bertrand, Un critique d'art dans l'Antiquité, Philostrate et son école, Paris, 1881 ; A. Bougot, Philostrate l'Ancien, une galerie antique de soixante-quatre tableaux, Paris,
*- Il
muet, la forme des joues, le caractère des yeux, l'expression des sourcils, en un mot tout ce qui touche à l'état moral. Une fois qu'on sera maître de tout cela, la main pourra représenter au plus juste l'action propre à chacun, un homme fou, par exemple, ou en colère, un homme pensif ou joyeux, emporté ou amoureux; en un mot elle exprimera ce qui convient à chaque caractère. Or, la fraude ici est chose agréable, et l'on ne peut en rougir ; car s'approcher des choses qui n'existent pas, aussi bien que si elles existaient, et s'y laisser attirer jusqu'à les tenir pour réelles (et il n'y a point de mal à cela), n'est-ce pas un charme, et un charme innocent? Or, des auteurs anciens et habiles me semblent avoir écrit longuement sur la justesse du dessin en pointure, donnant pour ainsi dire les lois de la proportion des membres ; on ne peut pas, en effet, exprimer bien exactement les mouvements de l'âme, si l'on ne respecte pas les proportions naturelles du corps ; car un corps difforme et sans proportion ne comporte pas des mouvements naturels et réguliers. 11 suffit de réfléchir pour voir qu'il y a entre cet art et la poésie une certaine parenté, et que l'un et l'autre ont la même manière de concevoir. Les poètes, en effet, mettent sur leur scène les dieux eux-mêmes et tout ce qui a de la grandeur, de la majesté, de la séduction ; ainsi la peinture exprime dans ses tableaux ce que les poètes expriment par le langage. Mais pourquoi traiter à nouveau un sujet sur lequel tant d'autres ont rivalisé de talent ?.. . »
Pour revenir à Philostrate l'ancien, la pauvreté de son livre sur la peinture s'explique trop bien par le caractère de ses deux autres écrits, la Vie du