ÉCRIVAINS ROMAINS, ÉLÈVES DES GRECS
tous les esprits cultivés reposait sur un fond de doctrines helléniques. Réciproquement, et malgré leur répugnance pour la langue du peuple vainqueur, les Grecs s'habituaient souvent à la parler et à l'écrire. Les noms mêmes de plusieurs écrivains nous cachent tour à tour des personnages grecs sous leur forme romaine et des personnages romains sous leur forme grecque. Les historiens Appien et Arrien, 'A-juT^iavoç et'Aopiavo;, se rattachent originairement aux familles romaines Appia et Arria. Lucien, Aouxiavo;, le plus élégant des atticistes, porte un nom dérivé du prénom italien Lucius. Il en est de même du rhéteur Cassius Longin, dont le nom n'est autre que celui d'une ancienne famille républicaine. L^annaliste Dion Cassius Gocceianus, né à Pruse en Bithynie, réunit aussi, ne fût-ce que dans son état civil, les souvenirs de la Grèce et ceux de Rome. Nombreux aussi sont les auteurs romains que j'appellerais volontiers bilingues^ d'après Horace *.
A leur tête, Cicéron, qui se vantait d'avoir mis la Grèce en émoi ^ par le succès du récit en grec de son consulat ; puis Mécène, que son ami Horace ap-
» Horace, Satires, I, 10, 30 : Canusini more bilinguis.
« AdAtticum, II. 1 : Quanquam ad merescripsitjam Rhodo Posidonius, se, nostrum illud ÛTrôixvvjpia cum legeret, quod ego ad eum, ut ornatius de iisdem rébus scriberet, miseram, non modo non excitatum esse ad soribendum, sed etiam plane deterritum. Quid quaeris? conturbavi graecam nationem.
pelle : « docte sermones utrhisque linguœ »* ; puis cet ami de Pline le Jeune, Arrius Antoninus% excellent écrivain dans la langue de Callimaque comme dans celle d'Horace ; puis Favorinus le rhéteur, galloromain de naissance, devenu avec Plut arque un des plus féconds écrivains hellènes de la belle société de Rome; Cornélius Fronton, le précepteur de Marc-Aurële ; Marc-Aurèle , son élève, qui parlait aux Romains dans leur propre langue sur les affaires et les intérêts de son temps, mais qui prend la langue de Zenon et de Chrysippe pour s*adresser, dans ses mémoires, à la postérité.
Hyginus, l'affranchi de la famille des Jules, Phsedrus, affranchi également d'un César, sont surtout connus par leurs noms d'origine grecque, bien qu'ils paraissent avoir toujours écrit en latin. Deux siècles plus tard, Lucius Apuleius, africain d'origine, atteste au début de ses Métamorphoses qu'on lui a d'abord appris le grec et qu'il s'est acquis laborieusement la connaissance pratique de la langue romaine. Tertullien, s'il n'était pas de race hellénique, écrivait l'une et l'autre langue ; on sait par son propre témoignage qu'il avait rédigé en grec un livre sur le baptême, un livre sur les spectacles, un troisième peut-être sur l'usage du voile pour les vierges. Voilà donc
« Odes, 111,8,5.
« Pline le Jeune, livre IV, lettres 3 et 18.