LA CRITIQUE DANS LES COMÉDIES
même spectacle, plus instructif encore et plus animé.
^ 4. De la criti(|ue dans les comédies, depuis l'origine de la comédie grec«|ue jusqu'à Aristophane.
Les poètes dramatiques d'Athènes ne se bornaient pas à rivaliser de génie dans les concours ; ils s'adressaient aussi entre eux, dans leurs pièces, des conseils ou des critiques, sous forme d'allusions plus ou moins Iransparentes. Euripide, dans son Electre, se moque évidemment des moyens employés par Eschyle pour produire la reconnaissance d'Oreste et de sa sœur. * Dans sa Médée, il lance quelques traits contre les sophistes ses contemporains. Son Antiope contenait un long dialogue entre deux frères, Zéthus et Amphion, où étaient débattus contradictoirement les avantages de la culture de l'esprit et ceux de la gymnastique.^ Bien plus, avec cette préoccupation de lui-même qui lui fait souvent oublier ses personnages, il va jusqu'à donner, dans un de ses chœurs, la poétique de ces sortes de chants •* et des trop faciles
* Voir dans les Études de M. Patin sur les Tragiques grecs le développement de cette comparaison, t. I, p. 349.
* Ce dialogue a été souvent cité par les anciens.Voir Valckenaer, Diatribe in Eurip., c. vu et viii, et surtout un mémoire de M. H. Weil sur l'Antiope d'Euripide, publié dans le Journal général de l'Instruction publique, nos du 16 et du 20 octobre 1847. Cf. Patin, 1. c, t. I, p. 54, 55.
» Alceste, v.962. Cf.Médée, v. 421, 1081 ; Hippolyte, v.525.
digressions que s'y permet la poésie lyrique en dehors du sujet même de la tragédie. Un auteur ancien a déjà remarqué que les femmes composant le chœur de sa Danaé parlaient un langage qui ne convenait qu'au poète lui-même ; * c'est une inadvertance àoniV Hippolyte ,^ Y Andromaqiie^ offrent encore des exemples. Toutefois, les traits de ce genre se rencontrent rarement dans les tragédies grecques ; * c'est dans les comédies que la critique littéraire se développe à son aise : c'est là que nous devons surtout en étudier le caractère et les progrès.
Cinquante ans après le jugement solennel où nous avons vu Cimon décider entre Eschyle et Sophocle, le poète comique Phrynichus, dans une pièce qui concourut avec les Grenouilles d'Aristophane, représentait les Muses elles-mêmes réunies
1 Pollux, Onomasticon, IV, §111. Cf. Patin, Études sur les tragiques grecs, t. I, p. 59.
2 Vers 1105.
5 Vers 422, oij, du reste, l'adjectif 9'jpaïo; est une faute bien légère.
* Voyez encore, parmi les fragments d'Eschyle, ceux de la pièce intitulée Oswoot /j 'lo-OataoTat. Peut-être le Miya Aoàaa d'Ion était-il tout entier une satire littéraire. Dionysiadès, Fun des écrivains compris par les Alexandrins dans leur Pléiade tragique, avait, selon le témoignage de Suidas, écrit un poème intitulé XaoaxTïj|3s; i) 4>t>oxw,otw(y6ç, dans lequel « il caractérisait les poètes. » Était-ce, à proprement dire, un drame? je ne sais : mais la critique littéraire faisait certainement le fond de cet ouvrage. Quant à la rpuauKzi^ii rpctyro^ia. de Callias, les fragments qui en restent ne permettent pas de doute à cet égard ; voyez plus bas, pages 69 et 70.