‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 24 sur 194 · ALEXIS. LES ÉPICURIENS · texte numérisé non relu

ALEXIS. LES ÉPICURIENS

tueux pour qui la vie se passe entre les joies de la table et celles de l'amour, tous ces gastronomes qui ont divinisé Tart du cuisinier et du parasite. Là même, il est vrai, une pensée sérieuse du poète éclate quelquefois sous le cynisme ironique de son langage, comme dans cet admirable fragment du Professeur de débauche d'Alexis, qui rappelle la verve de Shakspeare :

« Quels contes est-ce que tu nous débites là? Et le Lycée et l'Académie et l'Odéon, niaiseries de sophistes, où je ne vois rien qui vaille ! Buvons, mon cher Sicon, buvons à outrance, et faisons joyeuse vie, tant qu'il y a moyen d'y fournir. Vive le tapage, Manès! Rien de plus aimable que le ventre. Le ventre, c'est ton père; le ventre, c'est ta mère. Vertus, ambassades, commandements, vaine gloire et vain bruit du pays des songes ! La mort te glacera au jour marqué par les dieux, et que te restera-t-il alors? ce que tu auras bu et mangé, rien de plus. Le reste est poussière, que ce soit la poussière de Périclès, de Codrus ou de Cimon* !»

Plus sévère dans sa morale, la Comédie Nouvelle, si elle s*est quelquefois jouée des Zenon et des Cléanthe, n*a pas épargné non plus Épicure et

' S* Paul,I Cor., XV, 32 : « Si les morts ne se réveillent pas* mangeons et buvons, car demain nous mourrons» ; Phil. III, 19 : « Le ventre, c'est leur dieu ! » Gf.Plutarque, Contre GolotèSi ch. 31*

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les Cyniques. Du reste, elle paraît avoir donné, en général, beaucoup moins d'importance à la critique littéraire ^ Mais nous avons une autre raison de ne point nous arrêter aux rares témoignages qui nous sont parvenus sur ce point : c'est qu'à Tépoque de Ménandre et de Philémon, la critique littéraire et la science du goût se sont largement développées chez les philosophes, dont il convient désormais d'étudier les doctrines. Seulement, avant de passer à cette partie de notre sujet, une question doit nous arrêter encore quelques instants.

I 6. De l'influence exercée par la satire comique sur les

poètes qu'elle attaquait.

Tant de satires ont-elles profité quelquefois aux écrivains, surtout aux poètes qui en étaient l'objet? La question semblera indiscrète peut-être; elle ne Test pas plus que tant d'autres sur lesquelles les débris du théâtre attique nous ont fourni jusqu'ici de si piquantes révélations.

Injurié par un satirique de son temps, le philosophe Xénocrate lui disait : « Je ne te répondrai pas ; la tragédie ne répond pas à la comédie quand la comédie l'insulte ^ » Si les poètes tragiques ne discutaient pas avec la comédie, du moins leur estil arrivé quelquefois de faire droit à ses critiques.

* Mcineke, Historia critica, p. 438.

• Diogène Laërce, IV, 10.

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