‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 31 sur 194 · CRITIQUE DE LA MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA MYTHOLOGIE

un repas, le corps de Pélops, fils de Tantale : « Tant de fables mensongères trompent les mortels par Tattrait d'un ingénieux langage! la poésie, ce charme de la vie humaine, donne souvent tant de crédit aux choses qu'il ne faudrait pas croire ! Les jours viennent, plus tard, dont le témoignage fait luire la vérité ; mais il convient à l'homme de ne rien raconter que d'honnête sur les dieux... » Aussi ne veut-il pas qu'un dieu soit, dans ses vers, « appelé glouton, » et il invente, pour expliquer la disparition du jeune Pélops, une fable qui, du reste, nous semble être encore moins que la première à l'honneur de ceux que le poète veut justifier*.

Une fois que la nouvelle sagesse a trouvé son expression dans les grands systèmes de Thaïes, de Xénophane, de Pythagore, elle devient nécessairement hostile à la vieille mythologie. Par nécessité ou par convenance, elle lui fera bien encore çà et là quelques concessions. Parménide et Xénophane écriront en vers ; celui-ci-même chantera encore ses poèmes à la façon des rhapsodes ^ ; Parménide

* Olympique I, 28-53 Boeckh (44-85 vulg.). Voyez un exemple analogue, Olymp. IX, 30 et suiv., et, pour plus de détails, De Jungh, Pindarica (Utrecht, 1845), de Pindari sapientia, cap. i. Euripide, dans l'Iphigénie chez les Tauriens, V. 375, et dans l'Hercule furieux, v. 312, prête à ses personnages des idées presque semblables.

* Diog. Laërce, IX, 18. Cf. Bode, Histoire de la poésie grecque (en allem.), 1. 1, p. 488 (Leipzig, 1838), et V. Cousin, Fragments philosophiques, t. I, p. 1-72 (éd. 1847).

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se représentera ravi dans les airs par des Muses filles du Soleil jusquau trône de la Vérité, et offrira encore sa philosophie comme une sorte de révélation ; il y mêlera même quelques débris des superstitions populaires *. Empédocie invoquera aussi une Muse, « vierge aux bras blancs, aux riches souvenirs* ; » et il demandera aux dieux de préserver sa langue contre Terreur et l'impiété. Malgré toutes ces réserves, on sent au fond qu une grande lutte commence entre la raison et le symbolisme païen : c'est la lutte qui ne finira que par le triomphe du christianisme.

Or, dans cette réaction contre les dogmes religieux, comment procède Tesprit nouveau ? avec une tactique irréfléchie peut-être, mais qui a toutes les apparences de l'habileté. Pour être juste envers la mythologie, il fallait y reconnaître le libre travail de l'imagination populaire : le bien comme le mal n'y est pas l'œuvre spontanée d'une école de prêtres ou de poètes. Le peuple s'est fait à luimême ces dieux dont s'emparent ensuite le prêtre, pour les enfermer dans le sanctuaire, le poète, pour les embellir et pour en faire les héros de récits merveilleux. Xénophane attaquant la mythologie d'Homère, nous représente donc l'esprit hu-

* Voyez F. Riaux, Essai sur Pannénide d'Élée (Paris, 1840),

p. 207 et suiv. ^^ ^ - aa

« Fragments du poème Sur la Nature, v. 339 et suiv., éd.

Sturz.

main lui-même dont la vigoureuse jeunesse méprise et repousse les songes poétiques de son enfance. Mais le rationalisme naissant ne pouvait, sans danger, dire tout haut de telles choses. La foule des croyants, fort attachée à ses idoles, aurait-elle compris qu'il lui fût permis de les détruire comme jadis elle les avait créées ? Sur ce point, en effet, Hérodote n'est que l'écho d'une opinion toute populaire, quand il nous donne, dans son deuxième livre, Homère et Hésiode comme les fondateurs de la théologie hellénique*. Les plus anciens témoignages de l'antiquité sur l'auteur de l'Iliade et de l'Odyssée s'accordent à nous le représenter comme un poète philosophe, tout à fait responsable de la moralité de ses récits. C'est bien ainsi que le considéraient Selon, quand, voulant le faire' mieux admirer des Athéniens, il prescrivait aux rhapsodes de suivre dans leurs chants Tordre historique des faits ; Pisistrate, quand il assemblait les rhapsodies éparses de l'Iliade et de l'Odyssée ; Aristophane et les autres comiques, quand ils cherchaient dans ces deux poèmes des sujets de parodie ; Thucydide, quand il invoquait le vieux poète comme le meilleur témoin sur les âges héroïques ; Isocrate et Lycurgue, quand ils louaient leurs concitoyens de ravoir choisi pour donner à la jeunesse des leçons de courage et de patriotisme. II en est

de même d'Hésiode. Il était donc bien naturel, lorsque la philosophie engagea la lutte avec les superstitions du paganisme, qu'elle s'adressât aux grands poètes comme aux véritables auteurs du mal qu'elle voulait détruire. A ce litre, Homère et Hésiode méritaient l'honneur des premières attaques. On instruisit régulièrement leur procès, ils eurent leurs accusateurs et leurs apologistes. Aujourd'hui les pièces de ce procès, qui dura plusieurs siècles, ont presque toutes disparu ; mais ce qui en reste suffit pour faire connaître la vivacité des débats, la variété des arguments produits de part et d'autre. Nous devons nous y arrêter quelques instants. La raison demandant compte à la poésie des fables dangereuses qu^elle accrédite et des mauvais exemples qu'elle propage, puis dépassant son but et condamnant jusqu'aux plus innocentes libertés du génie poétique, c'est un épisode peut-être, mais assurément un épisode intéressant de l'histoire que nous avons commencée.

Pythagore, selon Hiéronyme, l'un de ses biographes*, étant descendu aux enfers, y avait vu Tâme d'Hésiode enchaînée à une colonne d'airain et gémissante; celle d'Homère suspendue à un

1 Dans Diogène Laërce, VIII, 31. Platon, dans leX« livre de la République, p. 600 A, atteste cependant l'estime que les Pythagoriciens, en général, faisaient de la poésie d'Homère.

arbre et entourée de serpents : c'était la punition des impiétés dont ces poètes avaient rempli leurs ouvrages. Xénophane de Colophon avait écrit contre la théologie d'Homère et d'Hésiode des vers qu'il récitait lui-même et dont Sexlus Empiricus nous a transmis un fragment, où l'on voit Homère accusé de prêter aux dieux de l'Olympe tout ce que les hommes condamnent, le vol, le mensonge et Tadultère. Heraclite n'était pas moins rigoureux ; il voulait qu'on chassât bonteusement Homère et Hésiode des fêtes publiques*. Une pensée commune se cache sous toutes ces accusations, que Platon a développées avec éloquence et surtout avec les réserves d'une vive admiration pour le génie du poète : c'est le besoin d'épurer et de renouveler la morale en ruinant l'autorité des fables antiques. Mais, avec les fables, la poésie succombait sous l'anathème des philosophes. D'honnêtes apologistes vinrent à son secours. Ne pouvant sauver la lettre d'Homère, on l'interpréta de façon à ménager les deux partis; on chercha sous les vers du poète un sens différent du sens vulgaire, un sous-sens (OTrovoia), comme dit le grec avec une précision difficile à reproduire en français; c'est ce qui plus tard s'appela Yal/éffo^ ne', mot inconnu aux plus anciens philosophes.

* Diogène Laërce, IX, 1.

* Xénophon, Banquet, III, 6 ; Plutarque. De la manière

EGOER

Théagène de Rhéglum, qui passe pour avoir le premier écrit sur ce sujet', el le célèbre Anuxagore, au milieu du V siècle avant 1ère chrétienne, puis Stésimbrote de Thasos et Métrodore de Lampsaque^ expliquèrent le» fictions étranges dont riliado et l'Odyssée sont remplies, en supposant qu'elles servaient de voile soit aux mystères de la physique, soit aux vérités de la morale. Amsi, pour eux, le combat des dieux au vingtième chant de l'Iliade n'était que le symbole d'une lutte entre les éléments du monde physique ou bien entre les vices et les vertus. Apollon, disait Théagène, est opposé à Neptune, comme le feu à l'eau ; Minerve à Mars, comme la sagesse à la folie ; Junon à Diane, comme l'atmosphère terrestre à la lune ; Mercure à Latone, comme la raison ou l'intelligence à l'oubli. Métrodore' soutenait, en général,

d-écoutêr les Poètes, chap. iv. Cf. Lobeck, Agiaophamus,

^' .*Sholiaste de Venise sur l'Iliade, XX, 67. Cf. Eusèbe, Préparation évang., X,2; schol. d'Aristoph. sur la Pa.x. v. 928. sur les Oiseaux, v. 822. ,

«'Xénophon, Banquet, III, 6 ; Platon Ion p. 530 ; Diogene Laërce, II, 24 ; schoUes de Venise sur Ihade, XV, 193 - Ce Métrodore pourrait bien n'être que le disciple d Epicure dont il sera question plus loin ; il serait alors d une d^te

beaucoup plus récente que ces P^^"^^^^^,, /^^^^f f . dé?^ mère. Cependant il faut remarquer que Métrodore est deja cité dans IVcm de Platon, à moins qu'on ne voie dans cette citation même une preuve que VIon est l'œuvre de quelque Platonicien plus moderne. ^ ., i. ,. 9R9 3 Tatien, Discours contre les Gentils, oh. xxi, p. ^o^»

éd. 1742.

que Junon, Minerve et Jupiter ne sont pas ce qu'imaginent ceux qui leur élèvent des temples ; que ce sont des substances physiques, des agrégats de matière ; et que tous les héros grecs et barbares sont des créations symboliques du même genre; Agamemnon, par exemple fc'est le seul trait particulier qui nous reste de ce système), était une image de l'air*. Certains interprètes recouraient à l'astronomie, étendant à tous les personnages mythologiques le rapport évident qu'offrent certaines légendes païennes, entre autres celle d'Apollon, avec l'histoire du ciel et les révolutions planétaires ^ Non content de personnifier dans Jupiter l'intelligence ordonnatrice du monde, Anaxagore voyait dans les flèches d'Apollon les rayons du soleil \ Une fois engagédans

* Hésychius, au mot Agamemnoji.'^

« Voyez la longue scholie, déjà citée, sur l'Iliade, XX, 67, p. 533, b, 13 (éd. Bekker), morceau qui se retrouve dans les Allégories homériques d'Héraclide, p. 479 des Opuscula mythologica de Th. Gale.

' Tzetzès, sur l'Iliade (publié par G. Hermann à la suite du Traité de métrique de Dracon), p. 67, 94, 105. Cf. Lobeck, Agiaophamus, p. 157. Peut-être quelques débris des explications d'Anaxagore se retrouvent-ils dans le petit ouvrage publié pour la première fois en 1531, avec le Banquet de Xénophon, par Obsopœus, puis à Stockholm en 1678, puis à Leyde en 1745, par J. Golumbus, avec une traduction latine et "des notes, sous ce titre : 'Ertroixo; (îeïjyvjfftç stc ràç xaô* "Oavjoov 7r>«vaçrot5 'Oâu(T(Téu(^ fiszci. rtvo; Osupix^iiQiTLuTépaz ftkoiro'j-ïiOdfTcx. xaiTÔ nxtQoy ffa^pôv, wç oTov ts, 06|!)a7rsuouffa, tvjç t<Î)v àvaytvwffxovTwv gvsxsv ufsksioLq. M. Westermann Ta compris dans sa collection des Scriptores mythicae historiae graeci (Brunswick,

celle voie périlleuse, on ne savait pas s'arrêter. Les faits les plus simples et les plus naturels étaient défigurés par de ridicules interprétations. Ainsi, dans la description de la toile de Pénélope, on imagina un jour qu'Homère avait trace es rëffles de la dialectique : la chaîne représentait les prémisses; la trame, la conclusion; et la raison avait pour symbole la lumière dont Pénélope éclairait son ouvrage*.

Cette déplorable méthode reçut, dans les écoles grecques, surtout chez les stoïciens, des développcments plus puérils encore, s'il est possible, que les traits que nous en avons cités. Erreur pour erreur, mieux vaut encore l'opinion à laquelle le célèbre Évhémère a depuis attaché son nom, quoiqu'il n'en ait peut-être pas eu la première idée. Supposer que Jupiter et tous les dieux de l'Olympe furent des rois et des princes, bienfaiteurs de l humanité, divinisés après leur mort par l'admiration et la reconnaissance, c'était se tromper sans doute, mais c'était altérer moins profondément le caractère primitif de la mythologie grecque. Après les

1843). Au reste, le rédacteur de cet opuscule paraît eHr^^^ chrét'ien, à juger par quelques expressions comme ceHe c^. Ta T^; erapxô; èpp^fluara, qu'on trouve au chap. vui. U. ^. Basile, Delà Lecture des livres païens.

t Scholies sur rOdyssée, II, ^04 interpre lation dont lau leur n'est pas nommé, mais suit ^videmmeiU la méthode d A naxagore, s-il n'est pas A^^^J^^re lui-même Cf. V. Cou âin. Fragments philos., t. I, p. 321-3d0 (éd. 1847).

conjectures hardies de rÉvhémérismc, il n'y avait plus qu'un pas à faire pour atteindre la vérité sur cette question qui semble avoir si vivement préoccupé les consciences dans les premiers âges de la philosophie. Il fallait, ce qui paraît avoir été la doctrine d'Aristarque et d'Ératosthène*, regarder Homère comme un peintre fidèle, comme un historien des mœurs héroïques dont il était contemporain, et le décharger ainsi de tous les torts de ses héros envers la morale. Cette idée fort simple ne vint-elle à aucun de ceux qui défendirent Homère contre les attaques de Pythagore et de Xénophane? ou, si l'on y pensa, n'osa-t-on pas la produire, parce qu'elle faisait retomber toutes les fautes et toutes les erreurs du paganisme sur le peuple même, premier auteur de ces vieilles superstitions, et parce qu'elle impliquait une formelle négation du paganisme? A cet égard on n'ose rien affirmer, faute de témoignages historiques; mais on croira difficilement que Platon, un si grand poète et un si grand philosophe, une raison si sévère et une âme si religieuse, ait voulu être pris au sérieux dans tout ce qu'il écrit contre le divin Homère, et qu'il n'ait pas devancé sur un

* Euslathe, sur l'Jliade, p. 40; scholies de Venise sur l'Iliade, XIII, 521 ; XX, 67; Strabon, Géographie, 1. I, p. 23 et 25. Cf. notre notice sur Aristarque dans nos Mémoires de Littérature ancienne (Paris. 1862).

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tel sujet le jugement équitable des philologues

alexandrins.

Quoi qu'il en soit, ces subtiles controverses paraisscnt avoir vivement excité les esprits aux recherches de critique sur la forme comme sur le fond des poèmes d'Homère ; les plus doctes penseurs de ce temps y ont pris part, et il reste aujourd'hui encore des traces appréciables de leurs travaux. Outre les noms que nous avons déjà rappelés, Anaximandre, le célèbre physicien, est cité dans le Banquet de Xénophon avec Stésimbrote de Thasos, comme un de ceux qui pouvaient apprendre à leurs auditeurs le sens caché sous les paroles d'Homère. Platon range dans la même famille d'interprètes un certain Glaucon : c'est peut-être le même que le Glaucus cité deux fois dans les scholiastes de l'Iliade ' et que le Glaucus de Rhégium sous le nom duquel circulait un livre Sur les anciens Poètes et Musiciens, livre attribué aussi au rhéteur Antiphon. Aristote attribue plus nettement à un Glaucon de Téos un livre sur la déclamation théâtrale, livre qui témoigne de sérieuses observations sur cette partie de ^art^

1 Platon, Ion, l.c; Aristote, Poétique chapxxvxxv,; scholies de Venise sur l'Iliade, XI, 636 ; XVI, 414. Cf. Diogène Laërce, VIH, 52, et Richter, De ^schyli, etc. mterpretibus graecis, p. 31-33. L'argument des Perses d Eschyle cite Glaucus rioï r&iv At^xv/ou pQwv.

2 Aristote, Rhét., III, 1. Cf. Diogène Laërce, IX, 38, et Etienne de Byzance, s. v. 'ApéÔou o-oç.

PREMIERS ÉDITEURS d'hOxMÈRE 103

Phérécyde l'Athénien paraît avoir souvent, dans ses recherches sur l'ancienne Hellade, commenté et discuté des témoignages d'Homère. Antimaque de Colophon, poète lui-même, qui avait publié la plus ancienne édition proprement dite du texte d'Homère, est donné par Suidas comme un disciple de Stésimbrote, ce qui permet de lui supposer quelque prédilection pour la fameuse méthode des allégories. On peut placer à côté d'Antimaque, Euripide le jeune, autre éditeur d'Homère. Enfin, parmi les sophistes qui commencent à fleurir précisément vers cette époque, Protagoras et Hippias sont plusieurs fois signalés comme habiles à expliquer les poètes ; on les voit discuter le sens des mots difficiles et la valeur de quelques variantes. C'est vers le même temps que paraissent les premiers recueils de gloses (mots archaïques, étrangers, obscurs , pour quelque raison que ce fût), les premiers glossaires. La langue des âges héroïques, en vieillissant, devient moins intelligible et provoque les recherches d'où sortira bientôt une science nouvelle, la Gram-

maire

1 Sur ces premiers essais de critique verbale et de grammaire, voyez Classen, De Grammaticaî graecae primordiis (Bonn, 1829) ; Spengel, Artium scriptores, ab initiis usque ad editos Aristotelis de Rhetorica libros (Stuttgart, 1828); et surtout, Graefenhan, Histoire de la Philologie classique (en allem.}, 1. 1 (Bonn, 1843).

Au point où nous sommes arrivés, Texplication philosophique ou grammaticale d^Homère n'a guère produit de résultats solides; pourtant il est certain qu'elle a discrédité sans retour cette classe d'hommes qui, sous le nom à'Homérides, avaient longtemps passé pour les descendants mêmes d'Homère, pour les héritiers de son inspiration et les légitimes interprètes de sa science. Au temps de Socrate, les rhapsodes (car c'est ainsi que s'appellent désormais ceux qui font profession de réciter des vers en public) ne sont plus guère admis qu'à faire valoir par une habile déclamation les vers d'Homère qu'ils ont appris par cœur; on leur dénie le talent de les comprendre et de les expliquer. Une belle voix et une bonne mémoire font tout leur mérite ; ce sont d'ailleurs les plus niais d'entre les hommes. Tel est le jugement qu'en porte, à deux reprises, Socrate dans Xénophon*, et que Platon développe avec une spirituelle malice dans le dialogue intitulé Ion, œuvre d un faible mérite littéraire, mais d'une haute importance historique. Que veut en effet Socrate dans sa discussion contre le rhapsode Ion? Il veut prouver que le poète n'est rien, sinon l'interprète des dieux, le serviteur des Muses, et que le rhapsode, à son tour, n'est rien, s'il n'est un peu poète. Lorsque

> Banquet, III, 6 ; Mémoires sur Socrate, IV, 2, § 10.

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