DISCIPLES DE SOCRATE
questions qui nous occupent, des livres spéciaux dont on doit regretter la perte. Ainsi, selon Diogène Laërce, Criton avait écrit, sans doute en forme de dialogue, des traités Sur la Poésie, Sur le Beau ■ Simmias de Thèbes, Sur fArt, Sur la Musique, Sur la Poésie épique, et un quatrième ouvrage intitulé : Qu'est-ce que le Beau?; Simon, le célèbre cordonnier, qui sténographiait en quelque sorte les conversations familières de Socrate', Sur la Poésie, Sur la Musique, Sur le Beau, et peut-être Sur les Principes du Goût {-^tf, xpt«<oç) ; Giaucon d'Athènes, un dialogue intitulé Euripide, dont on peut rapprocher la prétendue lettre de Denys, le tyran de Syracuse, Sur les Poèmes d'Épicharme ^ Le même historien de la philosophie rapporte ' que' les Cyniques soutenaient l'identité essentielle du beau et du bon, et il fait honneur aux Cyrénaïques » d'une observation bien des fois répétée depuis, notamment par Aristote : selon Aristippe et ses partisans, « la vue et l'ouïe seules ne sont pas une cause de plaisir ; nous aimons entendre ceux qui imitent des lamentations funèbres, non pas ceux
» S"idas et Eudocie, à l'article Denys U Jeune. ' VI, 9, 12 et 103.
\\- PI f°" ^^- nT^*^' Poétique, ciiap. ,„ ; Rhétorique, I. 11 , Plutarque, De la Manière d'écouter les poètes, chap u • Questions symposiaques, V, 1. «=», cuap. m ,
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qui se lamentent réellement. » On pourrait recueillir encore çà et là dans les orateurs altiques, entre autres dans Isocrate* et dans Lycurguc', des jugements ou des remarques ingénieuses sur la poésie et sur les poètes. Mais il nous tarde d'arriver enfin au premier monument considérable que nous offre l'histoire de la critique chez les anciens, au svstème de Platon.
La philosophie de Platon n'offre pas, en général, un ensemble de parties très rigoureusement liées entre elles. D'abord il ne l'expose que sous forme dialoguée, et, dans ses dialogues, où il ne prend jamais de rôle personnel, on ne voit pas clairement auquel des interlocuteurs il a confié la défense de ses propres opinions. Parmi ces interlocuteurs, Socrate lui-même, le plus naturel et le plus ordinaire interprète de la pensée de son disciple, use fort souvent des libertés de celte forme
* Busiris, chap. xvi (vanité de certaines fictions, blasphèmes des poètes, leur punition) ; Évagoras, chap. m (avantages de la versification sur la prose); sur TAlUance, chap. v (plaintes contre l'excessive liberté de la comédie) ; à Nicoclès, vers la fin (comment les hommes préfèrent la poésie qui les amuse à celle qui les instruit). Il se promet même (Panathénaïque, chap. xii) d'écrire un jour sur la poésie, promesse que son grand âge ne lui a pas permis de remplir) ; il paraît du moins qu'il avait écrit une Rhétorique, que les anciens ont souvent citée (voyez E. Gros, Préf. de la Rhét. de Philodème, p. xli). Comparez le jugement de Platon sur Isocrate, à la fin du Phèdre.
- Contre Léocrate, chap. cii.
PLATOX joo
toute dramatique pour se jouer dans les distinctions subtiles, pour exagérer certains arguments pour couper court à une discussion embarrassante' au moyen de quelque plaisanterie, et pour se reti-' rer d un débat sans conclure ; en un mot, il a ou ce qu. est plus vrai, Platon a, sous son nom,' des' op.n.ons de circonstance et des ruses de dialectique à travers lesquelles il est souvent difficile de retrouver le fond sérieux de sa doctrine. Heureusement ces difficultés ne touchent pas aux princpes généraux du Platonisme. La critique platonicenne en particulier, dans ce qu'elle a de plus original et de plus élevé, se rattache à la grande tlieorie des tdees et de la réminhcence. On la trouve exposée dans plusieurs dialogues avec une clarté qu. ne permet ni le doute ni Imcertitude. Comme d ailleurs 1 ordre chronologique des ouvrages de Platon est trop peu déterminé pour nous permettre de tracer une histoire de ses doctrines, rien ne nous empêche de suivre ici un ordre tout rationnel et de commencer par la métaphysique de l'art pour descendre de là aux développements et aux applications secondaires'.
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Dans le système de Platon, toute notion qui ne vient pas directement de l'expérience et de l'observation dont nos sens sont les organes, a une origine supérieure à nous, antérieure à notre vie présente. Quand une de ces vérités nous apparaît, on devrait dire qu'elle reparaît. Notre conscience l'avait seulement oubliée, elle la reconnaît : c'est une empreinte que l'âme a jadis reçue et qui redevient sensible par la réflexion*. L'âme en effet n'est immortelle que parce qu'elle existait avant cette vie. Avant son alliance avec le corps qu'elle habite aujourd'hui, elle vivait dans le monde des purs esprits, face h face avec la beauté, la bonté et la vérité suprêmes, unies en la personne de Dieu. Puis, à travers de mystérieuses migrations, elle a rencontré cette prison où nous la voyons maintenant enfermée, ce tombeau du corps * où elle gémit, ces organes à qui elle communique une sorte de vie, mais qui tombent en dissolution et en pourriture quand elle les abandonne. Jadis, dans ce monde éthéré, que nos sens n'aperçoivent pas, l'âme, légère de toute sa pureté, avait des ailes qu'elle agitait avec bonheur et qui la portaient sans peine au trône de son souverain maître. C'é-
* Voyez surtout le Ménon, et, sur l'origine pythagoricienne de ces idées, l'Examen d'un passage du Ménon, par V. Cousin (Fragments philosophiques, p. 144, éd. 1847).
* 2i5pta-o-waa, jeu de mois intraduisible en français, et sur lequel ont souvent insisté les philosophes platoniciens.
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