‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 43 sur 194 · PLATON. — LA RÉMINISCENCE · texte numérisé non relu

PLATON. — LA RÉMINISCENCE

tait comme ces anges créés par l'imagination des pein res chrétiens et qui n'ont du corps humain que la partie supérieure, la tête pour comprendre Dieu et le cœur pour l'aimer, avec deux petites ails blanches pour fuir la terre et planer au plus haut du ciel. Ici-bas, les ailes de l'âme sont Japtives sous une lourde enveloppe de matière ; vainement elles frémissent et veulent sortir ; chez le vulgaire des hommes, elles ne le peuvent jamais • quelques êtres privilégiés ont seuls ce bonheur • ce sont les poètes, les philosophes et les parfaits amants. Quand une image de cotte beauté divine dont nous portons en nous le souvenir et le regret se présente à nos yeux dans quelque belle créa' ure, alors notre âme se rappelle plus vivemeut le heu de dehces d'où elle est exilée. « Une chaleur divine fait gonfler la tige de ses ailes qui s'eff-orcent de percer...; elle est dans le plus grand travail elle s agite avec violence et ressemble à l'enfant dont les gencives sont irritées par les efforts que font les premières dents pour percer. En effet ses ailes commençant à naître, lui font éprouver une Chaleur, un agacement, un chatouillement du même genre » Mais alors aussi commence pour l'âme un terrible combat. Dans son alliance avec le corps deux instincts contraires la sollicitent et la tour-' mentent, deux instincts que Platon compare poétiquement à des coursiers : a Le premier, d'une

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noble contenance, droit, les formes bien dégagées, la tête haute, les naseaux recourbés, la peau blanche, les yeux noirs, aimant Thonneur avec une sage retenue, fidèle à marcher sur les traces de la vraie gloire, obéit, sans avoir besoin qu'on le frappe, aux exhortations et à la voix du cocher. Le second, gêné dans sa contenance, épais, de formes grossières, la tête massive, le col court, la face plate, la peau noire, les yeux glauques et veinés de sang, les oreilles velues et sourdes, toujours plein de colère et de vanité, n'obéit qu'avec peine au fouet et à Taiguillon. Quand la vue d'un objet propre à exciter l'amour agit sur le cocher, embrase par les sens son âme tout entière et lui fait sentir l'aiguillon du désir, le coursier qui est soumis à son guide, dominé sans cesse, et dans ce moment même, par les lois de la pudeur, se retient d'insulter l'objet aimé ; mais Tautre ne connaît plus ni l'aiguillon ni le fouet; il bondit emporté par une force indomptable, cause les plus fâcheuses disgrâces à l'autre coursier et à son guide, et les entraîne à la poursuite d'une volupté toute sensuelle. » Ce sont ainsi de longs et laborieux combats, jusqu'au moment où l'âme, ce guide spirituel de la vie, triomphe pour toujours de ses grossiers désirs, et n'adore plus dans la beauté terrestre que la souveraine perfection dont elle est le reflet sensible. Cet état calme et glo-

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