‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 44 sur 194 · PLATON. LA REMINISCENCE · texte numérisé non relu

PLATON. LA REMINISCENCE

rieux à la fois s'appelle extase et enthousiasme ; les modernes l'ont appelé amour platonique et l'on sait quel rôle il a joué dans le spiritualisme chrétien de la chevalerie*. Platon en a fait quelque chose de plus grand et de plus fécond encore ; c'est pour lui le principe commun de la philosophie et de la poésie. Ces notions, ces axiomes généraux que l'expérience ne peut nous apprendre, sont la vérité absolue, Tidéc pure, l'objet de la science par excellence. « Le propre de l'homme, dit Socrate dans le Phèdre, est de comprendre le général, c'est-à-dire ce qui, dans la diversité des sensations, peut être compris sous une unité rationnelle. Or c'est là le ressouvenir de ce que notre âme a vu dans son voyage à la suite de Dieu, lorsque, dédaignant ce que nous appelons improprement des êtres, elle élevait ses regards vers le seul être véritable. Aussi est-il juste que la pensée du philosophe ait seule des ailes ; car sa mémoire est toujours, autant que possible, avec les choses qui font de Dieu un véritable Dieu... L'homme qui fait un bon usage de ces précieux ressouvenirs, participe perpétuellement aux vrais et parfaits mystères, et devient seul véritablement parfait. Détaché des soins et des inquiétudes de ce monde, uniquement attaché aux choses divines, la multi-

* Saint-Marc-Girardin, Cours de Littérature dramatique (t. II, 1849), leçons xxxv et xxxvi.

Ti

tude l'invite à être plus sage ou le traite d'insensé ; elle ne voit pas qu'il est inspiré *. » La même pensée se retrouvera plus tard, sous la célèbre allégorie de la Caverne, au septième livre de la République : Des hommes sont enchaînés au fond d'une caverne qu'éclaire seulement un feu lointain ; et là ils ne voient que les ombres de ceux qui vivent sur la terre, ils n'entendent qu'un écho affaibJi de leurs voix. Arrachez un de ces malheureux à l'obscurité de sa prison, faites-lui contempler le spectacle du monde. Quand ses yeux, d'abord éblouis, se seront habitués à la véritable clarté des astres, quand ils auront embrassé l'harmonieux ensemble des phénomènes célestes, supposez qu'on le ramène dans son ancienne demeure, en vain il portera témoignage des merveilles qu'il vient de voir, on ne le croira pas, on traitera d'illusions maladives les brillants souvenirs qu'il apporte d'un autre monde. Eh bien, la prison souterraine, c'est l'univers visible; le feu qui brille dans l'ombre, c'est notre soleil ; le captif qui monte sur la terre et dont les yeux s'ouvrent à de nouveaux spectacles, c'est l'âme qui s'élève jusqu'à la souveraine

Ml y a encore dans cette partie de la théorie platonicienne des emprunts à la philosophie de Pythagore. Voyez V. Cousin, Antécédents du Phèdre (Fragments philosophiques, p. 126); Stallbaum, De Primordiis Phœdri Platonis (Leipsig, 1848), p. 14; Krische, Sur le Phèdre de Platon (en allem. Gôttingue, 1848), p. 61.

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