‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 72 sur 194 · OBJET DE LA POÉSIE 24Î · texte numérisé non relu

OBJET DE LA POÉSIE 24Î

figure d'Hélène * ; par Phidias, lorsqu'il modelait son Jupiter ou sa Minerve « d'après un type accompli du beau, résidant au fond de son âme, sur lequel il tenait ses regards attachés, et qui conduisait son art et sa main^ » Puisque le poète n'imite pas la réalité même, mais le général, le vraisemblable, le possible ; puisqu'il n'a pas son modèle hors de lui, c'est donc dans sa propre pensée qu'il le trouve ^ Cela s accorde très bien avec cette théorie de l'art créateur exposée dans la Métaphysique, avec le peu de mots qu'Aristote a écrits sur le beau, au chapitre septième de la Poétique et dans divers passages de la Politique et de la i^/etap/iysique \ Partout, en effet, où il distingue le beau moral, celui qui est dans l'action et le mou-

* Cicéron, De Inventione, II, 1 ; voyez aussi C. F. Hermann Sur les Etudes des artistes grecs (en allem., Gœttingue, 1847), p. netsuiv.

» Cicéron, Orator, cap. ii : « Nec vero ille artifex, cum faceret Jovis formam aut Minervœ, contemplabatur aliquem e que simihtudinem duceret ; sed ipsius in mente insidebat species pulchritudinis eiimia quœdam,quam intuens in eaque defixus ad UJius similitudinem artem et manum diric»'ebat »

» Platon, Jimée, p. 28 A : « L'artiste qui, i'œil fixé sur être immuable et se servant d'un pareil modèle, en produit 1 Idée et la vertu, ne peut manquer d'enfanter un tout d'une beauté achevée. » Dans sa Dissertation De notione Utur^aEro; apudAristotelem(Gœttingue, 1836), g 14, M. Abeken devine que te le est 1 idée d'Aristote, mais il n'a pas rassemblé tous les textes qui confirment son opinion.

♦ Poétique, chap. vu ; Métaphysique, XIIL 3 ' XIÏ 7- Po-'

l.t.que,VIU; VIII, 3; Rhétorique^; 9. Cf. UcVe"' Sur a Danse, chap. lxx. '

vemenl, du beau intellectuel, celui qui est dans les choses immuables (èv-roî; à/,ivr.Tot;), il lui assigne constamment deux caractères : Tordre ou la symétrie, et la détermination ; il le place donc en dehors et au-dessus des réalités, comme une vertu qui s'y ajoute pour les rendre belles, et dont 1 absence produit l'effet contraire. Dans la Rhétorique, il lui échappe de dire que la poésie est quelque chose de divin ou d'inspiré « ; dans le préambule de son ouvrage sur la Musique, il attribue à cet art une nature divine et céleste ^ ; enfin dans ses Problèmes, signalant les caractères de la mélancolie, compagne trop habituelle du génie, il nous parle d'un poète, fort inconnu d'ailleurs, Maracus le Syracusain, qui ne composait jamais mieux que lorsqu'il était dans le délire \ Nous voilà encore une fois tout près des doctrines de VIon, du Phe^ dre et du Banquet. Ce n'était pas la peine de proscrire si sévèrement les idées de Platon, pour être sitôt ramené, par une irrésistible logique, à les rétablir, presque sans changement, dans la plus haute région de Tart. Platon et Aristote reconnaissent tous deux une beauté que l'artiste crée

1 "Evôsov T, TTotïîffi;. Rhétorique, III, 7. . Fragment cité par Plutarque, Sur a Musique, chap. xxii. et^dont le stvle est peu conforme à celui des grands ou-

'râg s authentiquas d'Aristote. Pl"^-^^"^/^,:!:^;i■J ^ tromper par l'œuvre de quelque faussaire ? Voyez plus haut,

« Voyez plus haut, p. 220.

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