‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 73 sur 194 · ARISTOTE ET PLATON. L^IDÉAL · texte numérisé non relu

ARISTOTE ET PLATON. L^IDÉAL

avec des éléments de la réalité, d'après un modèle supérieur à la réalité. Seulement, l'un s'arrête à cette conception abstraite du beau ; pour comprendre sa pensée, il n'a pas besoin de la voir dans une image, il lui suffit de la concevoir, de la penser, comme il l'a dit lui-même *. Platon, imagination vive, en même temps que puissante raison, ne se contente pas de saisir la vérité dans sa pure essence ; il faut qu'il la personnifie et qu'il l'anime. Le beau est pour Aristote une idée, rien déplus ; pour Platon, c'est un être vivant, c'est un Dieu^ A cela se réduit, au moins dans la théorie sur le beau, toute la différence entre ces deux grands génies '\ Elle ne méritait pas, comme on voit, de les diviser *.

* Métaphysique, XII, 9.

- Voyez surtout le Discours de Diotime, dans le Banquet (t. VI, p. 316-318 de la traduction de V. Cousin).

^ Comparez, par exemple^ avec les belles allégories du Phèdre (résumées plus haut, p. 135), une page trop peu connue (Morale à Nicom., IX, 4), où Aristote oppose le calme intérieur et la sérénité de l'homme vertueux au trouble et aux douleurs du méchant : ce sont les mêmes idées, avec la seule différence du style propre au style figuré.

* Dans la Préface de ses Principes de Philosophie, Descartes, en parlant de Platon et d'Aristote, paraît avoir eu quelque sentiment de ces ressemblances intimes entre leurs principes.

5 6. Analyse et examen des principes de la Poétique dans Aristote. Deuxième partie : considérations sur les origines de la poésie et sur les rapports qui existent entre les divers genres de poésie ; erreurs d'Aristote sur ce sujet; comment elles ont contribué à l'influence même de ses préceptes sur les littératures modernes.

Après avoir défini les arts d'imitation et les avoir classés d'après leurs caractères essentiels, Aristote essaie de montrer les origines de la poésie et de déterminer la loi de son développement.

L'homme est de tous les animaux le plus disposé à l'imitation ; c'est par lïmitation qu'il fait ses premiers pas dans la vie, et cet instinct est en même temps pour lui la source de nombreux plaisirs. Comme le dit Boileau, traduisant Aristote :

Il n'est pas de serpent ni de monstre odieux Qui, par Tart imité, ne puisse plaire aux yeux.

A la vue d'une peinture, nous saisissons un rapport entre la copie et l'original ; cette découverte nous plaît. C'est de la môme façon que notre phisophe explique le charme particulier des métaphores dans le style poétique : une métaphore repose sur la ressemblance de deux idées ; cette ressemblance, nous aimons à l'apercevoir : cela flatte notre vanité *.

L'homme a un autre instinct, non moins puis-

« Poétique, cbap. xxir ; Rhétorique, I, 11 ; III, 10. Cf. surtout D« Parties des Animaux, I, 5.

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